La revendication principale est la protection du pouvoir d’achat, selon des syndicats.

Par Milina Kouaci
Comme il fallait s’y attendre, la menace de grève briguée par des organisations syndicales a fait réagir la tutelle qui a ouvert les voies du dialogue. Le ministre de l’Education nationale, Abdelhakim Belabed, reçoit aujourd’hui les syndicats de son secteur en vue de se pencher sur les questions pendantes.
L’ordre du jour est axé sur le statut particulier et l’installation de la commission mixte qui étudiera le statut particulier des travailleurs de l’Education promulgué en 2012. Un statut qui contenait des «incohérences et des injustices», selon des syndicats du secteur qui misent sur une révision de fond de ce statut.
Sur cette question du statut particulier, le président de la République a instruit, faut-il le rappeler, en mai dernier, le ministre de l’Education à l’effet d’engager un dialogue avec les partenaires sociaux dans le but d’améliorer la situation socioprofessionnelle des employés ainsi que d’ouvrir le débat sur la question du statut particulier des travailleurs de l’Education. Un mois plus tard, le ministère a demandé à chacun des syndicats de mandater deux représentants pour faire partie d’une commission mixte regroupant des représentants de partenaires sociaux et d’élaborer un nouveau statut particulier des travailleurs de l’Education nationale.
Nonobstant, «je ne pense pas que la commission mixte sera installée aujourd’hui, car dans son invitation, le ministère n’a convié que les secrétaires généraux des syndicats», dit le secrétaire général du Satef, Boualem Amoura.
Il indique qu’en 2015, les dizaines de syndicats existant à l’époque ont passé plus de deux mois pour s’entendre sur le règlement intérieur de ladite commission. Maintenant que nous sommes 25 syndicats, je me demande combien de temps on va prendre pour entamer le travail», ironise M. Amoura.
Ce dossier, rappelle le secrétaire général du Satef, a été étudié de 2015 à 2018, sans que des représentants de la Fonction publique et du ministère des Finances ne fassent partie de ladite commission. «On ne s’attend pas à grand-chose mais on souhaite que la commission mixte regroupe des représentants du ministère des Finances et de la Direction générale de la Fonction publique», dit M. Amoura.
Il explique que ce dossier ne constitue pas la revendication essentielle. Les syndicats du secteur insistent pour prendre en charge les revendications dans leur globalité et avance en priorité «l’amélioration du pouvoir d’achat des travailleurs de l’Education». Boualem Amoura soutient que «la situation est critique» et regrette l’absence de volonté politique pour améliorer la situation socioprofessionnelle des travailleurs. Les revendications concernent, entre autres, l’amélioration du pouvoir d’achat, l’augmentation du point indiciaire, le départ à la retraite anticipée ainsi que la revalorisation des primes et indemnités.
Le Satef n’est pas le seul syndicat sceptique. L’Unpef, qui s’interroge sur l’utilité de rediscuter à nouveau du même dossier, a décidé de ne pas faire partie de ladite commission. «Ce dossier a été pris en charge de 2015 à 2018. Sous Nouria Benghebrit, la commission a travaillé pendant trois années, le travail a été finalisé sans jamais connaître d’application sur le terrain», regrette le porte-parole de l’Unpef, Abdelouahab Lamri Zegar.
«Nous attendons du concret. Il y a un projet de statut particulier finalisé qu’il faut soumettre au gouvernement. Pourquoi refaire le même travail ex nihilo», se demande M. Zegar. Il indique que l’Unpef revendique un statut qui garantit «la justice et l’équité» entre tous les corps et paliers de l’enseignement sans distinction. Cependant, le syndicat est prédisposé à formuler des propositions qu’il soumettra à sa tutelle par écrit si besoin est.
Le secrétaire général du Satef se montre tout aussi critique. Il rappelle, pour sa part, que cette commission a travaillé une première fois en 2007-2008 et ensuite en 2011-2012 et une troisième fois, de 2015 à 2018, sans sortir avec un projet concret.
Sur un ton pessimiste, Boualem Amoura exige d’élaborer un statut particulier des travailleurs en prenant pour référence les normes internationales et la valorisation des diplômes.
«Les travailleurs du secteur sont en colère. Il y a une certaine ébullition dans le secteur et le ministère tente de jouer l’apaisement», estime M. Amoura. Il explique que les travailleurs de l’Education sont déterminés à aller jusqu’au bout de leur logique tant que les revendications ne sont pas satisfaites».
Accusant le ministère d’accuser un retard dans la satisfaction de leurs revendications, le Cnapeste annonce une grève cyclique à partir du 2 novembre prochain, tandis que l’Unpef et l’Organisation algérienne des enseignants de l’éducation (Majal) ont décidé d’une grève dans le cadre de la CSA. «La CSA va se réunir ce jeudi afin de trancher la date et la nature des actions à entreprendre», fait savoir M. Amoura.
Les syndicats de l’Education dénoncent l’érosion du pouvoir d’achat, l’augmentation des prix des produits de consommation et réclament la mise en place d’un statut particulier pour le secteur de l’éducation, la publication des textes d’applications du décret présidentiel 266-14 avec effet rétroactif depuis sa délivrance en 2014 ainsi que l’augmentation du budget de fonctionnement des écoles pour une meilleure gestion. Ils défendent le droit des travailleurs à une retraite proportionnelle et sans condition d’âge et exigent la révision des salaires et des primes des enseignants et du personnel.
A l’évidence, l’ouverture des voies du dialogue entre la tutelle et les syndicats est de nature à ramener du calme dans un secteur en ébullition permanente, ce qui s’est répercuté négativement sur la réalisation des programmes pédagogiques surtout avec l’application des restrictions induites par le contexte de pandémie. <