Même si l’adhésion à son action de protestation, la première du genre après une rentrée scolaire laborieuse dans un contexte sanitaire porteur de légitime inquiétude, a été «disparate» d’un établissement à un autre et d’une wilaya à une autre, l’Unpef aura marqué sa montée au créneau pour réclamer plus de moyens dans la prévention contre la propagation de la pandémie en milieu scolaire.

Le choix du débrayage était-il nécessaire dans ce contexte de crise sanitaire ? Pourquoi l’Unpef tenait-elle à cette action alors qu’elle était dans les prévisions de l’Intersyndicale – dont elle fait partie – et qui a dû renoncer après la mobilisation d’une «enveloppe exceptionnelle» pour plus de moyens de prévention ?
Autant d’interrogations auxquelles il n’était pas possible d’avoir une explication de la part d’une Unpef dont les porte-paroles sont atteints du nouveau coronavirus comme son secrétaire général, Messaoud Boudiba. Certains bureaux locaux de l’Unpef ont indiqué avoir enregistré avec satisfaction le succès de la journée de protestation nationale au vu de la «forte mobilisation des enseignants» à travers les établissements scolaires du pays.
A Skikda, le mot d’ordre a été «largement» suivi, selon une source locale. A Laghouat, le taux a dépassé les 95% alors que d’autres sources font état d’un suivi «mitigé, voire insignifiant», dans nombre de wilayas, où les établissements scolaires des trois cycles ont continué à fonctionner normalement. Si l’Intersyndicale de l’Education a décidé de surseoir à toute action de grève dans ce contexte de crise sanitaire, l’Unpef a décidé d’une action en solo, en appelant sa base militante à un mot d’ordre pour la journée d’hier. L’Unpef, qui se dit «agacée» et «stupéfiée», proteste contre les récentes déclarations du ministre de la Santé, concernant la responsabilité des enseignants dans la transmission de la Covid-19. Il défend également une plateforme de revendications socioprofessionnelles et exige entre autres «l’application immédiate du décret présidentiel 14/266 avec effet financier rétroactif depuis sa promulgation». Il appelle également à la révision de l’emploi du temps des trois paliers et l’allégement des séances, tout en maintenant le samedi comme jour de congé. Le même syndicat appelle les autorités à trouver des solutions en urgence pour héberger les enseignants exerçant loin de leurs lieux de résidence et à prendre en charge le dossier de la médecine du travail à travers l’implication de la Sécurité sociale dans la prise en charge de dépistage de la Covid-19.
L’Unpef, qui constate «l’incapacité» des collectivités locales à garantir les moyens de préventions sanitaires, demande dans un autre volet de détacher les écoles du premier cycle de la gestion des collectivités locales et de renforcer les budgets de fonctionnement des lycées pour faire face à l’épidémie. Elle appelle à concrétiser le protocole sanitaire pour protéger les fonctionnaires du secteur et ce, en dénonçant le «manque flagrant» de moyens humains et matériels, notamment au niveau du cycle primaire afin de freiner la propagation du coronavirus dans les établissements.
Lyes Cherrad, ancien membre de la Coordination nationale des enseignants du primaire, qui a rejoint la formation syndicale de l’Unpef cette année, a adhéré à cette action de son syndicat en raison du «manque» de moyens de prévention contre l’épidémie pour le personnel éducatif. Il dénonce la «non-désinfection» des salles de classes et «le manque d’hygiène», tout en pointant du doigt «l’opacité» de la tutelle concernant les contaminés du secteur.
Il y a lieu de rappeler que l’Unpef impute la responsabilité au ministère de l’Education et au gouvernement dans la situation du secteur et alerte des conséquences de la politique de la «sourde oreille» qu’adopte la tutelle vis-à-vis des revendications «légitimes» de la communauté éducative. n