Les locaux de l’agence culturelle Artissimo ont abrité, avant-hier vendredi, un débat passionnant sur et autour de l’ouvrage de Saphia Arezki, «De l’ALN à l’ANP, la construction de l’Armée algérienne 1954-1991». Paru récemment aux éditions Barzakh, ce livre propose une approche socio-historique de l’institution militaire dans notre pays et figure parmi les premières tentatives scientifiques et académiques à appréhender un sujet réputé imprenable sinon tabou.

Mais pour une tentative, c’est plutôt une réussite dans la mesure où son auteur a pu restituer trente-sept ans d’histoire de l’Armée algérienne depuis ses balbutiements, dans le feu de la guerre de libération, jusqu’aux grandes restructurations qu’elle connaîtra durant les années Chadli, en passant par la rupture opérée après la disparition prématurée de son prédécesseur, le président Boumediène.
Le débat qui a eu lieu à Artissimo est le deuxième après celui organisé, il y a plusieurs semaines, à la librairie l’Arbre à dires, à Alger. Il a tourné autour des questions portées par Saphia Arezki, jeune historienne dont la motivation première, pour écrire son premier livre, a été une thèse de doctorat présentée en France. Le déclencheur de son travail universitaire comme de la version «grand public» qu’elle en fit sortir est la question «comment devient-on militaire et officier supérieur de l’ANP ?» aux premières années de sa création. En réponse à cette question, la jeune historienne propose de retracer le profil et les parcours d’officiers de générations différentes venus d’horizons divers, ceux rendus incontournables par l’histoire contemporaine algérienne elle-même : des cadres militaires venus des maquis de la première heure de la révolution anticoloniale, des déserteurs ou en fin
de contrat avec l’armée française et des jeunes formés dans les académies et écoles militaires des pays amis comme la Chine, l’ex-URSS, l’Irak, l’Egypte, l’ex-Yougoslavie… De hauts officiers dont une partie, passage générationnel oblige, a déjà disparu alors qu’une autre est à la retraite depuis plusieurs années, indiquant que l’ANP a connu depuis les premières années de l’Indépendance un processus de transformation profond, qui s’est sans doute accéléré durant les années Chadli au terme desquelles le livre s’arrête, l’étude de Saphia Arezki se limitant à la séquence 1954-1991. «Après cette date, c’est une autre histoire de l’ANP qui commence», dira l’historienne.
C’est véritablement un «moment de rupture historique et générationnelle», dira l’historien Fouad Soufi durant le débat.