Invité du forum Algérie-ECO, le directeur général des impôts a annoncé hier que des cadres de sa direction ainsi que des Douanes algériennes vont se constituer en « groupe de travail ».

Cette commission, puisque c’est ainsi qu’on peut aussi l’appeler, sera installée dans les locaux du ministère du Commerce, a indiqué le responsable, et sera chargée de discuter de « mesures » pour « protéger la production nationale » face aux produits de l’importation. Sur le manque à gagner en fiscalité que va engendrer la suspension de l’importation d’un millier de produits, décidée par le gouvernement, Mustapha Zikara a minimisé l’impact d’une telle mesure sur les recettes de la DGI qui va quand même procéder, selon lui, à évaluer l’impact de cette mesure.
M. Zikara, a par ailleurs, fourni une indication intéressante sur la contribution du secteur privé au financement du budget de l’Etat. Il a fait remarquer « quatre entreprises privées sont parmi les dix premières entreprises dans le pays qui financent le budget de l’Etat», avant de souligner que la dépense budgétaire s’appuyait de plus en plus sur les financements temporaires provenant des banques publiques et des entreprises, Questionné sur l’IRG (Impôt sur le revenu global) jugé « trop élevé » en Algérie, le DG des impôts a souligné que cet impôt générait l’essentiel des impôts directs non pas à cause de son taux mais en raison du nombre élevés des salariés. Un quart de la population algérienne, soit 10 millions de personnes, sont des salariés, a-t-il avancé en faisant remarquer qu’une baisse de l’IRG ne signifie pas systématiquement une hausse du salaire net.

 

En ce qui concerne l’impôt sur la fortune (ISF), proposé par le projet de LF 2018 avant d’être annulé par la commission des finances de l’APN, M. Zikara a assuré que cet impôt est « un impôt psychologique et de solidarité » et non pas un moyen de faire augmenter sensiblement les recouvrements fiscaux puisqu’il porte sur des personnes déjà imposées. « Il ne faut pas perdre de vue qu’une personne qui paye un impôt sur la fortune ou sur le patrimoine est d’abord une personne qui paye lourdement ses impôts, l’IRG étant, à lui seul, à 35% », a-t-il noté. Toutefois, il a précisé que cet impôt «a été seulement différé » pour deux ou trois ans mais « pas totalement abandonné ».

Hausse des prix du carburant, « pas aussi dramatique »

Selon lui, le report de l’ISF, à l’origine d’une polémique qui a duré le temps du débat sur la loi de finances, a été dicté par le souci des députés de permettre à l’administration fiscale de « gagner en équité et en efficacité durant deux ou trois ans », a-t-il soutenu. Les parlementaires de la « commission Finances », a-t-il dit, ont proposé de revenir avec ce dispositif (l’ISF) dès que l’informatisation des services fiscaux sera terminée et dès que la DGI sera entièrement prête » pour son application. « Elle va complètement disparaître de l’administration fiscale » à l’horizon 2020, a-t-il fait savoir.
A propos de la hausse des prix des carburants, qui fait déjà courir des automobilistes vers les stations d’essence pour faire le plein avant le 1er janvier, le patron des impôts estime qu’elle aura un impact « négligeable » sur le pouvoir d’achat. « La hausse des prix des carburants n’est pas aussi dramatique comme veulent le faire croire certains », a-t-il déclaré en rappelant que beaucoup de secteurs, dont l’agriculture et la pêche, bénéficient de subventions sur le coût des carburants et celui du transport. Pour le transport en commun, il a rappelé qu’un « fonds spécial », alimenté par la taxe sur les véhicules neufs, est destiné à soutenir le transport en commun et absorber, par conséquent, l’impact des augmentations des tarifs des carburants.
M. Zikara a noté, à ce titre, que la loi de finances, même si elle vise l’amélioration des recouvrements et des recettes fiscales, reste une « loi de solidarité » qui tient compte des directives du président de la République pour ce qui est de la préservation du pouvoir d’achat. Il a fait remarquer que, parallèlement à la hausse de certaines taxes, la LF a d’autre part « renoncé à des recettes » à travers des exonérations ou des réductions fiscales destinées à encourager la production nationale. Quant à la hausse des prix de certains produits, constatée depuis quelques mois, le DGI a pointé du doigt la spéculation pratiquée par des commerçants qui augmentent spontanément les prix en faisant croire aux consommateurs que la loi de finances en était l’origine.