Par Khaled Remouche
Cette fin décembre marque trois ans, jour pour jour, de gestion du pays depuis l’investiture du chef de l’Etat. Une opportunité pour dresser un bilan objectif de gouvernance du pays, loin de toute prétention à l’exhaustivité. Le filet social, l’augmentation des exportations hors hydrocarbures, la dynamique start-up, la résilience des secteurs pharmaceutique et agricole figurent entre autres parmi les grandes réalisations. Cependant, l’économie reste encore tributaire des fluctuations des prix du pétrole, avec de sérieuses difficultés dans l’efficacité des dépenses publiques, le management des projets et l’intégration de l’industrie.
L’observateur de la scène économique nationale peut remarquer que de nombreuses réalisations ont été enregistrées durant cette période. Certaines ont marqué cette période, on peut citer parmi les plus importantes les progrès dans les exportations hors hydrocarbures, 5 milliards de dollars en 2021, plus de 6 milliards de dollars durant les 11 mois de 2022, un niveau sans précédent dans l’histoire économique du pays. Sur le plan de la santé, la gestion de la crise sanitaire a montré une mobilisation sans précédent du personnel sanitaire, des cadres de l’Etat et de l’Institut Pasteur, de l’industrie pharmaceutique, avec comme résultat à terme de la disponibilité des vaccins anti-Covid, des masques et des médicaments en quantité, malgré certaines tensions au début de la crise, ainsi qu’une augmentation de la production d’oxygène.
La crise sanitaire a montré également l’apport du secteur national de l’agriculture dans l’approvisionnement satisfaisant de la population en légumes, fruits et viandes rouge et blanche. Sur le plan financier, l’Algérie, pour la première fois depuis 2014, enregistre un solde positif de sa balance de paiements et une augmentation de ses réserves de change à 55 milliards de dollars prévu fin 2022. Ce qui lui donne un répit de trois ans, selon un économiste.
Bien qu’en retard, la promulgation de la nouvelle loi sur l’investissement et ses textes d’application et la finalisation de ceux de la nouvelle loi sur le hydrocarbures ouvrent des perspectives prometteuses en matière d’investissement national et d’investissement direct étranger. Le guichet unique de l’Agence algérienne de promotion des investissements enregistre déjà 300 projets d’investissement entre investissements nationaux et investissements étrangers de 2 milliards de dinars et plus. Après un retard de plus de trois ans, l’Algérie enregistre le projet de construction automobile Fiat en attendant d’autres constructeurs qui ont manifesté leur intention d’investir dans la filière, selon le ministère de l’Industrie. A cela s’ajoute une dynamique dans le secteur des start-ups et de l’économie numérique.
Sur le plan social, un filet est institué avec l’allocation chômage pour amortir l’impact de la crise sanitaire sur les jeunes sans emploi. Pour assurer la paix sociale, des augmentations salariales sont appliquées suivies de celles des pensions de retraite mises en oeuvre parallèlement à une baisse de l’IRG sur les revenus des salariés et des retraités. Le chef de l’Etat a également décidé une augmentation des salaires des fonctionnaires et des pensions de retraites ainsi d’une hausse de l’allocation chômage à partir de janvier prochain, et ce, afin d’amortir l’impact de la hausse des prix sur le pouvoir d’achat de la majorité de la population.
Mais durant le reste de son mandat, les deux prochaines années, le chef de l’Etat est également attendu sur d’autres préoccupations essentielles de la population et des opérateurs ainsi que d’un large cercle d’économistes nationaux dont les réponses sont jusqu’à présent insuffisantes.
Mettre fin à la désorganisation du marché intérieur
La première est sans doute la maîtrise du marché intérieur et la régulation du commerce extérieur. Deux talons d’Achille de l’économie nationale et qui sont en partie responsables de l’érosion du pouvoir d’achat de la majorité de la population. Désorganisation des circuits de distribution, multiplication des intermédiaires, absence de traçabilité des produits et des transactions, insuffisantes capacités de stockage des céréales, fruits, légumes et produits agro-alimentaires, réseau insuffisant de marchés de gros de fruits et légumes, de viandes.
La solidité de l’économie nationale est également pointée du doigt. Et pour cause, elle reste fragile, dépendante des fluctuations des prix du pétrole. Il suffit que les prix du pétrole baissent pour que l’économie soit grippée et que des décisions administratives de réduction des importations soient appliquées participant à l’érosion du pouvoir d’achat et à la pénalisation des producteurs nationaux.
Poursuite
des réformes
L’économie nationale est également en attente de l’application de véritables réformes qui puissent la rendre moins vulnérable aux chocs extérieurs : réforme fiscale, réforme de la fiscalité locale, réforme bancaire et financière, réformes sectorielles, réforme administrative, numérisation de l’administration et de l’économie, développement de l’économie numérique, progrès dans l’intégration de l’industrie.
Le développement local n’est pas en reste. La commune reste la base du développement économique et social du pays. La réforme des collectivités locales est donc attendue à brève échéance en vue d’une meilleure capacité d’absorption des enveloppes budgétaires, d’un meilleur management des projets et d’une meilleure organisation administrative en vue de répondre aux besoins de la population. L’autre attente est le contrôle et le suivi des grands projets. Le ministre de l’Habitat M. Belaribi semble montrer la voie. Depuis son forcing, ses visites inopinées, ses fermes instructions, l’Algérie a pu réceptionner à temps le nouveau stade d’Oran et le complexe sportif, ce qui a contribué à la réussite des Jeux méditerranéens d’Oran. Le fruit de ce contrôle et suivi soutenus a permis d’achever le nouveau stade de Baraki et d’atteindre un taux de réalisation avancé pour le nouveau stade de Douéra. Un exemple à généraliser.
L’immense retard dans des projets de voies ferrées de la rocade telles que les lignes Oran-Tlemcen, Thenia-Bordj Bou-Arréridj, Annaba- Ramdane-Djamel et de la quasi totalité des pénétrantes autoroutières ne semble pas inquiéter, ou du moins n’entraîne pas un tel suivi soutenu.
Les problèmes des expropriations et des réévaluations ne sont pas insolubles. Il suffit d’une volonté au plus haut niveau pour qu’ils soient résolus plus rapidement et qu’un contrôle et un suivi soutenus soient mis en oeuvre pour que les travaux soient relancés avec une plus grande dynamique et que ces infrastructures soient enfin livrées.
Le grand retard dans la pétrochimie ne semble pas également inquiéter. Or, cette branche est l’une des voies pour aboutir à une plus grande intégration dans les secteurs comme les plastiques, peintures, automobile, textile. <