Synthèse de Kahina Terki
Jamais une crise sanitaire n’a été aussi présente ni lourde d’impact dans le débat économique mondial. Alors qu’on considère avec une grande prudence que le pic du Covid 19 est derrière nous, les économistes continuent de bâtir leurs prévisions en fonction de la pandémie et surtout de la réalité des campagnes de vaccination dans les différents pays de la planète. Cette réalité, ce sont les experts du Fonds monétaire international (FMI) qui nous le rappelle à la publication de ses prévisions à l’occasion de ses traditionnelles réunions d’automne.
Mardi 12 octobre 2021, l’économiste en chef du Fonds a ainsi prévenu que la vaccination inégale dans le monde continue d’être un frein à la reprise complète de l’économie mondiale. «La pandémie n’est terminée nulle part tant qu’elle n’est pas achevée partout», a déclaré Mme Gita Gopinath qui prévient d’une révision «marginale» à la baisse du PIB mondial mais les perspectives ne sont pas bonnes pour tous les pays. Le FMI, a-t-elle, indiqué table désormais sur une hausse de 5,9% cette année contre 6% en juillet. Ce léger recul, indique-t-elle, «masque d’importantes révisions pour certains pays». «Les perspectives pour les pays à faibles revenus se sont considérablement assombries», observe-t-elle également.
Environ 58% de la population des économies avancées ont été entièrement vaccinés, contre 36% dans les économies émergentes et moins de 5% dans les pays pauvres, souligne le FMI. Les goulets d’étranglement qui sont apparus dans la chaine logistique ont désynchronisé aussi les chaînes d’approvisionnement mondiales, entraînant des blocages dans les ports, des pénuries pour toute une gamme de matériaux, en particulier les semi-conducteurs, et une hausse des coûts d’exportation.
Aux Etats-Unis notamment, les industriels peinent ainsi à augmenter leur cadence de production. Résultat, le FMI a abaissé la prévision de croissance 2021 de la première économie du monde à 6%, contre 7% en juillet. Mais elle l’a révisé en hausse pour 2022, à 5,2%, en prenant en compte les projets de dépenses de plusieurs milliards de dollars prévues par l’administration Biden. La Chine, deuxième puissance économique du monde va continuer de tirer la croissance mondiale (+8%, soit -0,1point) aux côtés des Etats-Unis et l’Inde (+9,5%, inchangée). A l’inverse, le Fonds a révisé en hausse sa prévision de croissance 2021pour la zone euro (+0,4 point à 5%) avec, en ce qui concerne les grandes économies du continent, France et Allemagne, des disparités de croissance : une hausse de son estimation de croissance pour la France qui a accéléré la vaccination de sa population (+0,5 point à 6,3%) et une baisse pour celle de l’Allemagne qui pâtit de la pénurie des semi-conducteurs (-0,5 point à 3,1%).
«Divergence dangereuse»
Pour la région Amérique Latine et Caraïbes qui a été durement touchée par la pandémie, les prévisions s’améliorent (+0,5 point à 6,3%) après une sévère récession (-7% contre -3,1% à l’échelle mondiale) enregistrée en 2020. Pour 2022, le FMI table sur une croissance mondiale inchangée à 4,9%. Toutes ces prévisions restent cependant très incertaines, reconnaît Gita Gopinath, rappelant que celles-ci reposent notamment sur un objectif de vaccination de 40% de la population mondiale d’ici la fin de cette année et de70% d’ici la mi-2022.
«Si l’impact du Covid devait se prolonger à moyen terme, le PIB mondial pourrait être réduit de 5.300 milliards de dollars au total au cours des cinq prochaines années comparé aux prévisions actuelles» de l’institution, a expliqué l’économiste en chef. Pour elle, la préoccupation la plus grande est «la dangereuse divergence» des perspectives économiques entre les pays. Le PIB des économies avancées devrait ainsi retrouver sa trajectoire d’avant la pandémie en 2022 et la dépasser de 0,9% en 2024. En revanche, celui des marchés émergents et des économies en développement (hors Chine) devrait rester 5,5% en dessous des prévisions pré-pandémiques en2024.
Ceci entraînera «un recul important de l’amélioration du niveau de vie» de ces populations. Par ailleurs, «les prix alimentaires ont le plus augmenté dans les pays à faible revenu où l’insécurité alimentaire est la plus aiguë, alourdissant le fardeau des ménages les plus pauvres et augmentant le risque de troubles sociaux», souligne Gita Gopinath. Le FMI estime néanmoins que l’inflation va retrouver ses niveaux d’avant pandémie d’ici le milieu de l’année prochaine, à la fois dans les économies avancées et émergentes. Pour l’institution, la priorité absolue reste le contrôle de la pandémie. «La communauté mondiale doit redoubler d’efforts pour garantir l’accès aux vaccins pour chaque pays, surmonter l’hésitation vaccinale là où il y a l’approvisionnement nécessaire», conclut Gita Gopinath. <