Face à la hausse de la fièvre inflationniste, la Banque d’Algérie s’en lave les mains, faisant observer que la dépréciation de la monnaie nationale n’est pas à la source de cette inflation.

La masse monétaire qui était à l’origine des tensions inflationnistes de 2012, année des grands « rattrapages salariaux », n’est pas non plus la cause qui fait monter en ce moment, et depuis plusieurs mois déjà, le mercure de l’inflation. C’est du moins ce que laisse entendre le vice-gouverneur de la Banque centrale, Djamal Benbelkacem, qui n’a pas hésité à démentir les thèses avancées jusqu’ici par nombre d’économistes qui pensent dur comme fer que la dépréciation du dinar est l’un des facteurs favorisant la forte inflation observée durant l’année 2016. Economistes et analystes financiers ont recensé au moins trois facteurs ayant contribué fortement à la hausse de l’inflation ; la baisse des subventions, la baisse de la valeur du dinar et les restrictions à l’importation. D’autres économistes craignent que les tentations de création monétaire qui taraudent les esprits des responsables politiques risquent d’aggraver la donne en 2017. Ainsi donc, pour le responsable de l’autorité monétaire, les causes du mal sont à chercher ailleurs, plutôt que dans l’érosion de la valeur de la monnaie nationale. Pour une inflation qui risque de bondir davantage cette année, tant les facteurs favorisant subsistent encore, Djamel Benbelkacem «ne croit pas que la baisse du dinar en soit à l’origine ». Nous ne sommes non pas plus dans la même configuration que 2012, lorsque la hausse de la masse monétaire a fait grimper le taux de l’inflation à des niveaux proches des deux chiffres. « En Algérie, la masse monétaire n’a augmenté que de 0,13% en 2015, contre 12 à 15% par an lors des années précédentes », a-t-il argumenté. Ce n’est pas la première fois que la hausse de l’inflation fait sortir de leurs gonds les plus hauts responsables de la Banque centrale. Ces derniers ont tendance plutôt à pointer du doigt un déficit d’organisation dont souffrent les marchés et une mauvaise régulation des produits et consommables entrant dans le calcul de l’inflation. Dit autrement, les causes de l’inflation sont à chercher chez qui revient la mission de réguler le marché et les prix. Dans le viseur, le ministère du Commerce est à nouveau interpellé. En décembre 2015, lorsque la Banque d’Algérie a été mise en cause dans la hausse de l’inflation en glissement annuel 2014-2015, les mêmes arguments ont été avancés. « L’insuffisance de l’offre, l’expansion des disponibilités monétaires détenues par les ménages, l’évolution des prix mondiaux des produits de base importés, du reste baissière, ne sauraient être à l’origine de l’ampleur de l’inflation en 2015. Il conviendrait plutôt d’en rechercher les causes profondes dans les dysfonctionnements du marché et notamment dans celui des produits agricoles frais caractérisé par une traçabilité limitée des transactions, la multiplication des intermédiaires ainsi que par sa faible régulation », lit-on dans une précédente note de la Banque centrale. S’il est vrai que le marché local des produits agricoles frais souffre de dysfonctionnements criants, ils ne sauraient expliquer à eux seuls une inflation qui a atteint en décembre dernier le taux de 6,4%. Pour 2017, alors que les ingrédients favorisant l’inflation de 2016 subsistent encore, à savoir le renoncement graduel à la politique des subventions, la dépréciation du dinar et les restrictions à l’importation, il est à craindre que la hausse de certaines taxes, dont la TVA et la TIC, ainsi que les tentations de création monétaire (planche à billets) ne jouent le rôle de facteurs aggravants. Quant à la valeur réelle de la monnaie nationale, Djamal Benbelkacem a relevé que le dinar est encore surévalué aux yeux des institutions internationales comme le FMI. « Mais nous raisonnons sur le moyen terme. L’on veut arriver à une valeur du dinar stable, mais pas de manière conjoncturelle », a-t-il dit A propos de la situation économique, Djamal Benbelkacem s’est montré hier rassurant lors de son intervention sur les ondes de la chaîne III de la Radio nationale. Pour lui, l’Algérie n’est pas en butte à une crise financière. « Je ne pense pas qu’on soit en crise financière », a-t-il estimé reconnaissant toutefois que la baisse des cours des hydrocarbures s’est soldée par un « énorme impact sur la fiscalité pétrolière» et par conséquent sur l’économie nationale, ce qui a « occasionné un déficit budgétaire » assez important. Il rappellera que « ce sont les politiques économiques, durant les années 2000, qui ont permis de constituer des réserves de change assez importantes à même de réduire le choc d’une récession ». Djamal Benbelkacem a, dans le même contexte, fait état de la constitution, durant cette période, d’un Fonds de régulation des recettes qui a permis à l’économie d’avoir une « capacité de résilience importante», permettant la poursuite d’une croissance « vigoureuse ». Il a affirmé que le niveau des importations de biens, qu’il chiffre entre 56 à 57 milliards de dollars, a chuté de « 7 à 8 milliards de dollars » pour s’établir à 49 milliards, ce qui a permis de rendre moins important le déficit du budget de l’Etat, par rapport à celui de 2015.
Citant la loi de Finances de 2017 instituant un Plan de cadrage étalé de 2017 à 2019, le même responsable y relève un autre moyen de consolider et de pérenniser cet effort budgétaire estimant par ailleurs que sur les trois années à venir, le pays restera confronté à un double défi : le premier concerne l’ajustement pour maintenir la balance des paiements en équilibre, « parce que nous dépensons plus qu’on ne produit ». Le second défi, selon lui, consistera, paradoxalement, à ne pas trop ajuster, afin que la dépense publique ne « diminue pas trop et n’ait pas un impact négatif sur l’activité économique, la croissance et l’emploi ».