La croissance économique en Afrique a atteint 3,4% en 2019, indique la Banque africaine de développement (BAD) dans son rapport 2020 sur « Les perspectives économiques en Afrique », publié jeudi.
Certes, ce taux est en dessous des 4% sur lesquels avait misé la BAD pour l’année dernière, toutefois il permet à l’économie africaine de résister aux perturbations que traverse l’économie mondiale et dont l’ensemble des régions à travers le monde pâtissent.
En fait, si le taux de croissance initialement prévu par l’autorité bancaire africaine ne l’a pas été, c’est parce que les cinq grandes économies de la région, à savoir l’Algérie, l’Egypte, le Maroc, le Nigeria et l’Afrique du Sud, ont vu leur rendement économique ralentir, provoquant la stagnation au niveau du continent. La croissance combinée de ces cinq pays représentait en moyenne 3,1 %, contre 4,0 % pour le reste du continent. Ce qui n’empêche pas pour autant la BAD de se montrer optimiste pour 2020, en tablant sur un sursaut qui hisserait la croissance africaine à 3,9%, alors que pour 2021, elle prévoit un taux encore plus élevé, soit 4,1%.
En attendant, la banque ne manque pas de se féliciter que pour la première fois depuis dix ans, les dépenses d’investissement, plutôt que celles consacrées à la consommation, ont représenté plus de la moitié de la croissance du PIB continental. « Si elle se confirme, cette évolution contribuera, de manière structurelle, à soutenir l’économie et potentiellement à accélérer la croissance à venir de l’Afrique, tout en augmentant la base productive actuelle et future du continent et en améliorant la productivité de la main-d’œuvre », souligne le rapport. Toutefois, la BAD s’inquiète de la quantité et la qualité du capital humain en Afrique. Ce capital est « beaucoup plus faible que dans les autres régions du monde », signale-t-elle, appelant « à une action urgente » pour assurer son développement.
Le rapport fait état également du besoin urgent de renforcement des capacités et apporte plusieurs recommandations en matière de politiques, notamment en demandant davantage d’investissements de la part des Etats dans l’éducation et les infrastructures pour maximiser les bénéfices à long terme de la croissance du PIB. L’une des autres exigences fondamentales, soulignée par le rapport, est le développement d’une main-d’œuvre capable de répondre à la demande pour faire face aux besoins de l’industrie. « L’Afrique doit développer les compétences dans les technologies de l’information et de la communication ainsi que dans les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques. La quatrième révolution industrielle imposera des exigences de plus en plus grandes aux systèmes d’éducation qui forment des diplômés possédant ce type de compétences », note la BAD. De plus, le maintien du taux de chômage à son niveau actuel, l’Afrique devra créer 12 millions d’emplois par an, anticipent les experts qui ont rédigé le rapport. « Compte tenu des prévisions de perturbations sur les marchés de l’emploi en raison de l’évolution rapide des technologies, il est urgent que les pays s’attaquent aux principaux goulots d’étranglement qui freinent la création de capital humain », écrivent-ils. Dans son rapport, la Bad relève également que la croissance africaine n’a pas été inclusive ces dernières années, empêchant ainsi l’éradication de l’extrême pauvreté des populations dans certains pays.
« Bien que de nombreux pays aient connu des épisodes de forte croissance, relativement peu d’entre eux ont enregistré une baisse significative de l’extrême pauvreté et des inégalités qui restent plus importantes que dans d’autres régions du monde », souligne-telle sur ce registre.