L’Ecole supérieure d’hôtellerie et de restauration d’Alger (ESHRA) vit depuis plusieurs semaines un climat de crise entre le Directeur de l’établissement et les étudiants.

Ces derniers sont en grève de cours depuis le 15 août dernier, un mouvement enclenché par les 4e années, c’est-à-dire par ceux qui sont en fin de cycle de formation, avant d’être rejoints par les 3e années, puis, l’ensemble du collectif.
A l’origine du conflit, une situation administrative que les étudiants considèrent comme «anormale» et surtout comme «préjudiciable» à l’obtention de leurs diplômes de fin d’études. La délégation qu’ils ont désignée pour les représenter explique que la question se rapporte au statut et au «cahier des charges» relatifs à la direction de l’établissement. Elle affirme que, n’étant pas titulaire d’un doctorat, le nouveau directeur «nommé en février 2020» n’est pas en mesure de valider les diplômes. Sa signature n’est donc pas une garantie de reconnaissance par les futurs employeurs, ainsi que le ministère de l’Enseignement supérieur, leur tutelle.
Outre cette raison, que «nous avons tenté d’expliciter, mais sans succès auprès de la direction de l’établissement», il y a la décision du directeur, Abdelatif Zaïd, un ancien Directeur de l’Ecole nationale supérieure du tourisme d’El-Aurassi (ENST), de «remplacer une partie du corps académique» de l’école par un nouvel encadrement «extérieur à l’établissement» et qui n’a aucun rapport avec le domaine de l’hôtellerie. D’après un membre de la délégation, cette décision de mettre fin à des enseignants et des encadreurs qui connaissent bien les étudiants en fin de cycle pour les avoir suivis depuis leur entrée à l’école constitue une «aberration pédagogique avérée».
Les anciens encadreurs étaient sous contrat d’une année qui n’a pas été renouvelé. Les nouveaux n’ont pas encore commencé à travailler en raison de la grève et ne semblent pas en situation d’apaiser le climat actuel : «Les 4e et 3e années ont été accompagnés et encadrés depuis le début par un personnel enseignant et formateur qu’on a remplacé par des personnes que nous ne connaissons pas et qui nous ne connaissent pas. Comment voulez-vous qu’on établisse avec eux une relation pédagogique normale et pratique sachant que tout est imbriqué dans notre programme de formation», s’interroge un des étudiants rencontrés sur place.
La délégation des représentants des étudiants, dont il fait partie, se désole du fait que «même la doyenne du corps académique et spécialiste des TIC dans le secteur de l’hôtellerie, qui connaît tous les étudiants en fin de cycle, a été remplacée». Son successeur, s’étonne-t-elle, Djamel Eddine Zouakh, est un ancien Directeur de l’Ecole nationale supérieure des sciences de la mer et de l’aménagement du littoral (ENSSMAL). Ce responsable, nous est-il rappelé, «a fait l’objet d’un mouvement de protestation des étudiants et des enseignants à l’ENSSMAL en 2013 avant qu’il ne soit remplacé au début de l’année 2014». Quoi qu’il en soit, après trois semaines de grève, émaillées d’incidents avec le personnel de sécurité qui a empêché les étudiants grévistes de regagner l’école, la situation a peu évolué. Après la levée d’interdiction d’entrée au site d’hébergement, les étudiants ont pu regagner leurs chambres qu’ils payent, mais n’ont pas repris les cours. Le blocage pédagogique se poursuit. Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, qui représente la tutelle de l’établissement, se dit incompétent pour régler le conflit et que «cela ne dépend pas de lui».
Selon la délégation des représentants des étudiants protestataires, des responsables du ministère leur auraient conseillé de solliciter l’arbitrage de la Société d’investissement hôtelière (SIH), partenaire de l’école, mais ses responsables n’ont pas jugé opportun de s’exprimer sur le dossier.
A l’heure où nous mettions sous presse, l’école demeure paralysée. Les étudiants déclarent avoir «perdu trois semaines de cours». Ils craignent de ne plus être en mesure de suivre le programme trimestriel arrêté pour être achevé à la fin du mois de novembre prochain. Et ce avec des «conséquences plus sérieuses» pour ceux qui sont candidats à des stages pratiques à l’étranger et ceux qui, en fin d’études, sont détenteurs de contrats de travail. Pour les deux catégories, les représentants des étudiants entendent solliciter l’intervention de la Présidence. Affaire à suivre.