Les avocats exerçant à Alger ont exprimé hier leur colère suite à ce qui s’est passé jeudi lors du procès en appel de l’homme d’affaires et patron du groupe Sovac, Mourad Oulmi, où l’avocat Abdelmajid Sellini a eu un malaise et dont la réaction du juge n’a pas été du goût des robes noires qui appellent à un boycott des audiences à partir d’aujourd’hui.

Cette nouvelle montée au créneau des avocats de la capitale pour dénoncer ce qu’ils qualifient de «graves atteintes aux droits de la défense» risque de mettre en stand-by les procès programmés au cours de la semaine.
En effet, et si l’on se fie à l’action de contestation observée hier au niveau de la Cour d’Alger, dont les images et vidéos ont été fortement diffusées sur les réseaux sociaux pour dénoncer «une justice aux ordres» et exiger une «une justice libre et indépendante», c’est un front de tension qui s’ouvre.
Le ton utilisé et le discours produit par les avocats protestataires est, à ce titre, révélateur d’un ras-le-bol de ces derniers manifestement indignés par le traitement réservé à leur confrère et doyen de la corporation. L’incident a vite déclenché une avalanche de critiques et l’Organisation des avocats du Barreau d’Alger a décidé de boycotter les audiences à partir de ce dimanche et pendant une semaine, selon Me Hafid Tamert, membre de l’organisation.
«Il s’agit d’une action de protestation contre le juge de la Cour d’Alger, suite à un incident d’audience avec le bâtonnier d’Alger, Maître Abdelmadjid Sellini, pris, au cours de l’audience, d’un malaise qui a nécessité son évacuation en urgence à l’hôpital Mustapha», a précisé le même avocat, qui pointe le refus opposé par le juge à la demande formulée par Maître Sellini au sujet du renvoi du procès de son client Mourad Oulmi.
Pour sa part, l’avocat Saïd Salhi, de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, a indiqué que «la justice indépendante ne sera pas sans pouvoir judiciaire réel sous la loi et indépendante du pouvoir exécutif». L’avocat a expliqué, dans un post sur son compte facebook, qu’il s’agit d’un «boycott total du travail judiciaire pendant une semaine entière au niveau du Conseil de la magistrature d’Alger et de ses organismes à partir du dimanche 27 septembre 2020». Ajoutant que «tous les avocats sont convoqués pour une manifestation de protestation» le même jour au siège du Conseil de la magistrature d’Alger. Le même avocat a relevé que ses confrères comptent apporter une réponse directe à l’humiliation qu’a subie la profession d’avocat à l’occasion du procès en appel dans l’affaire du montage automobile.
De son côté, Maître Abdelghani Badi estime qu’il faut s’engager dans des actions publiques pour faire entendre et protéger «la voix des avocats et l’exercice de son métier en toute liberté et conscience». Ce qui n’est sans rappeler l’action d’envergure menée, il y a une année, par les robes noires à travers l’Union nationale de l’ordre des avocats (Unoa) pour dénoncer «les atteintes aux libertés et aux droits de la défense», particulièrement dans les procès des manifestants du mouvement populaire arrêtés et mis en prison. Dans l’explication des arguments sur lesquels a été articulé le choix d’une action de rue, les avocats ont relevé alors des atteintes aux libertés ainsi que les entraves que rencontrent les concernés dans l’exercice de leur métier. Pour l’Unoa, en application de l’article 2 de la loi régissant la profession, l’avocat «a pour mission de protéger et de défendre les droits de l’Homme, instaurer la justice et le respect du principe de souveraineté de la loi». La même organisation avait dénoncé, par la même occasion, «toute forme d’atteinte à la liberté d’expression, son musèlement, ainsi qu’à la liberté de manifestation pacifique et la liberté de déplacement…».