Par Sihem Bounabi
Le secteur du e-commerce est marqué par un net recul du marché et «une croissance du marché informel par des paiements de livraisons en cash», a affirmé, hier, Djaouad Allal, expert en numérisation et Directeur général de l’entreprise Adex Technology. Soulignant qu’à l’heure actuelle, sur les milliers de transactions sur le net, seulement 258 sites de e-commerce exercent dans le formel.
Intervenant à la Chaîne III, sur les ondes de la Radio nationale, l’expert en numérisation explique qu’entre e-commerce et e-paiement, il existe un gap à déchiffrer. «Acheter en ligne ne veut pas automatiquement dire payer en ligne, puisqu’au moment de la livraison, le paiement peut se faire en cash, ce qui semble très pratiqué, notamment pour les produits passant plutôt par les réseaux sociaux que par des sites de e-commerce officiels», a-t-il souligné.
Djaouad Allal conforte ses propos que «lorsqu’on examine les chiffres de GIE monétique (Groupement d’Intérêt Economique), site référence en termes de statistiques, l’on se rend compte que les transactions du e-payement liées au e-commerce ne sont que de l’ordre de 11 milliards de dinars, dont 50% seulement passent par la téléphonie mobile». Ainsi, estimant que les «les chiffres n’ont de sens que s’ils sont comparés», il ajoute que «le retrait en cash étant de l’ordre de 1 728 milliards de dinars, l’on se retrouve à un ratio de moins de 1%».
Dans ce sillage, il clarifie ses propos en expliquant que «si beaucoup des produits commercialisés sont déclarés, une bonne partie en revanche émane du secteur informel dans ce e-commerce». Par conséquent, «Il s’agit donc d’argent qui émane du système bancaire, qui transite par le secteur informel et revient à la banque».
L’expert en numérisation émet l’hypothèse que la récente application de la TVA sur les transactions commerciales en ligne, jusque-là exonérées, et la limitation de l’importation sont des éléments qui ont eu un impact sur le recul du e-commerce formel.
Afin d’œuvrer à freiner la croissance exponentielle de l’informel dans le e-commerce, Djaouad Allal suggère la mise en place de mesures attractives, dont notamment l’exonération de l’activités du e-commerce et de mettre en place des mesures avantageuses et compétitives pour que les clients achètent par carte bancaire. En affirmant : «Je vous assure que si cela est appliqué tout le monde se mettra au paiement par carte bancaire d’autant plus que nous avons dix millions de cartes qui circulent sur le territoire national.»
Il argumente ses propos en soulignant que puisque les cartes bancaires et la connectivité existent, ce qui manque donc ce sont des mesures attractives pour passer de l’informel au formel.
Il assure à ce sujet que «le paiement par carte va beaucoup plus sécuriser le client final, sécuriser la traçabilité et décharger les sociétés de logistique, collecter du cash et éviter beaucoup de risques en termes de recouvrement et d’arnaques et limiter la circulation du cash».
Il explique aussi que les risques de la croissance d’un tel marché de l’informel pour les consommateurs sont les risques d’arnaque dont de plus en plus de plaintes arrivent au niveau des services de la cybercriminalité. Mais à cause d’une traçabilité quasiment inexistante, cela ajoute beaucoup de complexité à assurer les droits des citoyens.
Face à cette situation, il devient plus que nécessaire de réactualiser les lois qui régissent le e-commerce, souligne l’expert, en déclarant qu’«il faut une réflexion globale, en impliquant tout le monde, même ceux qui font la logistique, autour d’une table pour aboutir à un consensus global».
Pour rappel, à l’occasion du Premier Salon du e-commerce et des services en ligne, avant-hier à Alger, et qui se poursuit jusqu’au 23 septembre au Palais des expositions Pins-Maritimes d’Alger, le ministre de l’Economie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, Yacine El Mahdi Oualid, a assuré que «le Gouvernement consent des efforts considérables en vue d’adapter les différentes lois aux exigences du e-commerce». <