Les décisions prises pour contrer la propagation inquiétante de la pandémie de Covid-19, dont le réaménagement des horaires de confinement partiel à domicile et autres interdictions de toutes sortes de regroupements que ce soit dans les lieux publics ou dans le milieu familial, sont entrées en vigueur hier. Ces mesures prises à l’issue du Conseil des ministres de dimanche étaient «attendues au vu de l’ampleur de la propagation de la pandémie dans le pays», selon les spécialistes. Ils estiment, cependant, qu’elles restent «insuffisantes» et «pas assez strictes» et émettent des suggestions pour une plus grande efficience de la lutte contre cette maladie sur les plans de la sensibilisation et de la vaccination, entre autres.

PAR INES DALI
Estimant que le confinement est «plus qu’indispensable», le Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie, relève néanmoins que la durée de 10 jours du confinement partiel à domicile, les horaires de 20h00 à 06h00 ainsi que les autres mesures «ne sont pas assez strictes». «En tant que spécialistes, nous aurions aimé que la plage horaire du confinement soit élargie et que les activités et commerces non-essentiels soient inclus», a-t-il déclaré. «Il faut au moins trois semaines de confinement pour casser le rythme des contaminations», a-t-il argumenté, hier, sur les ondes de la Radio nationale.
Le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, a également salué les mesures de confinement qui étaient «attendues, car dictées par la hausse exponentielle des contaminations et les seules à même d’endiguer cette hausse». Il a, toutefois, émis des réserves quant à certaines décisions et estimé qu’«il aurait été plus intéressant qu’elles soient étendues à toute l’Algérie». Il a cité, dans ce cadre, le cas de l’interdiction des plages dans certaines wilayas et pas dans d’autres. Ne sont, en effet, concernées par la fermeture des plages que les wilayas citées parmi les 35 où ont été décrétées les nouvelles mesures.
Le Dr Bekkat Berkani ne comprend pas comment les plages sont interdites à Jijel et pas à Skikda ou à Annaba. Pour lui, une telle décision va certainement pousser les gens de Jijel, de Constantine ou même ceux de l’Algérois et d’autres régions du pays à se ruer tous vers les plages ouvertes… «Il aurait fallu étendre ce genre de mesures à toutes les plages», a-t-il dit, ajoutant que, «de toutes les façons, ce ne sera qu’une fermeture temporaire, le temps que la pandémie recule un peu».

«Des demi-mesures»
C’est ainsi qu’il enchaîne en soulignant que «la durée d’un confinement de 20h à 06h00 pourrait être de quinze jours, soit deux semaines, pour toute l’Algérie», commentant que les «les plages sont devenues de véritables clusters de Covid-19». Et au Dr Bekkat Berkani de conclure que «ce sont des demi-mesures qui font que, probablement, ça ne va pas servir à grand-chose». Il notera, néanmoins, qu’il n’est pas possible de revenir au confinement de vingt-quatre heures et approuve les mesures prises pour les commerces, notamment les restaurants et cafés qui doivent se suffire de la vente en mode «à emporter».
Les Algériens, selon lui, commencent à avoir «peur» et cela se voit au «port de la bavette qui est un peu plus visible qu’avant» car «la contagion est énorme, surtout avec le variant Delta». A ce propos, il y a lieu de noter que ce variant qualifié de «mortel» par les professionnels de la santé est celui qui prédomine dans les cas Covid actuellement en Algérie. L’Institut Pasteur d’Algérie (IPA) a annoncé ce dimanche qu’au «15 juillet 2021, le variant Delta a supplanté tous les autres variants circulant jusque-là, représentant 71% des virus en circulation». Pis. Si les mesures adéquates ne sont pas prises et si le relâchement constaté jusque-là se poursuit, le variant Delta peut représenter «un taux supérieur à 90% dans les semaines à venir», a mis en garde l’IPA.

«Avec le Delta, il faut vacciner 90% de la population»
Cette nouvelle donne très dangereuse dans l’évolution de la pandémie peut avoir des répercussions non seulement sur le nombre de cas qui continuera d’augmenter de façon exponentielle mais aussi sur le nombre de décès. Une situation que le Dr Bekkat Berkani qualifie de «gravissime» et à propos de laquelle aussi bien lui que le Dr Yousfi avancent qu’une accélération du rythme de la vaccination devient indispensable.
«Le variant Delta touche toutes les tranches d’âges, c’est pour cela que les stratégies vaccinales changent à travers le monde pour inclure les enfants à partir de 12 ans», a affirmé Dr Yousfi, selon lequel «il faudra vacciner 90% de la population pour atteindre l’immunité collective». Il y a lieu de rappeler que les autorités sanitaires ont parlé de la vaccination de 70% de la population en âge de recevoir l’antidote à fin 2021 pour arriver à l’immunité collective. Ce qui représente 20 millions d’Algériens à vacciner. A propos de l’obligation vaccinale ou du pass sanitaire, «tout doit être mis en place pour protéger la population», a répondu le Dr Mohamed Yousfi.
«La situation est déjà grave et avec le variant Delta, elle ne peut que s’aggraver davantage», a-t-il tenu à souligner, tout en appelant «à la conscience» et à la responsabilité collectives pour aider les professionnels de la santé à faire face à cette troisième vague». «La balle est dans le camp de tout un chacun», a-t-il noté, précisant qu’il s’agit aussi bien de la population algérienne qui doit respecter le protocole sanitaire et des pouvoirs publics qui doivent renforcer le contrôle et faire respecter les dispositions légales.
Ce n’est que de cette façon qu’ils peuvent, selon Dr Yousfi, venir en aide à la communauté médicale et paramédicale du secteur public qui se bat jour et nuit contre la pandémie dans les hôpitaux avec tous les problèmes rencontrés en matière de mise à disposition des lits d’hospitalisation et de réanimation, auxquels est venu se greffer de façon brusque et pressante celui de l’oxygène.
«Le secteur privé, la médecine universitaire, scolaire, du travail ou militaire doivent venir en aide au secteur public», a-t-il recommandé, appelant les hautes autorités du pays à mettre en place un cadre réglementaire qui oblige tous les acteurs à s’impliquer dans la lutte contre cette pandémie.