Le torchon brûle à nouveau entre Européens et Américains sur le dossier iranien. Après avoir critiqué la sortie, début 2018, des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, les Européens rééditent leur coup en faisant bloc contre les Américains sur leur décision de durcir les sanctions contre l’Iran.

En effet, la Haute représentante de l’Union européenne et les ministres des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni ont rejeté la décision américaine de ne pas proroger les dérogations concernant le commerce de pétrole avec l’Iran, et exprimé leur «regret et préoccupation». «Nous, Haute représentante de l’Union européenne et ministres des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, prenons note avec regret et préoccupation de la décision des Etats-Unis de ne pas proroger les dérogations concernant le commerce de pétrole avec l’Iran», a indiqué une déclaration commune rendue publique hier. Les signataires de la déclaration parmi les Etats de l’Union européenne ont également relevé «avec préoccupation» la décision de ne pas renouveler intégralement les exemptions concernant certains projets de non-prolifération nucléaire dans le cadre du Plan d’action global commun (Joint Comprehensive Plan of Action, JCPoA), estimant que la levée des sanctions relatives aux questions nucléaires est un «élément essentiel» du Plan d’action global commun. «Elle vise à avoir un impact positif non seulement sur les relations commerciales et économiques avec l’Iran, mais surtout sur la vie des citoyens iraniens», ont-ils expliqué, regrettant «profondément la réimposition de sanctions par les Etats-Unis après leur retrait du Plan d’action global commun. Fidèles à leur position, les Européens se disent «profondément convaincus» que ce Plan est «essentiel» pour accroître la stabilité et la sécurité dans la région du Moyen-Orient, et qu’ils lui portent «attachement constant», estimant qu’il est un «élément crucial» du régime global de non-prolifération nucléaire et «essentiel pour notre sécurité nationale et européenne partagée». L’UE et les MAE des trois pays persistent et signent, convaincus que le Programme d’action commun «fonctionne et remplit son objectif, comme l’a confirmé l’Agence internationale de l’énergie atomique dans 14 rapports». Ils ont exprimé leur détermination à «poursuivre les efforts, avec d’autres partenaires européens, pour permettre la poursuite du commerce légitime avec l’Iran, notamment par l’opérationnalisation de la structure Instex». Une manière de réitérer leur attachement à l’accord sur le nucléaire iranien, faisant ainsi, une fois de plus, bloc contre les décisions qu’ils ont qualifiées d’unilatérales prises par l’administration Trump. Les Européens sont allés jusqu’à quêter un mécanisme en mesure de contourner les sanctions américaines contre les pays commerçant avec l’Iran afin de pouvoir maintenir les échanges commerciaux avec ce pays. La réaction des Européens fait suite à la décision, vendredi, des Etats-Unis d’imposer de nouvelles «restrictions» au programme nucléaire civil iranien pour renforcer leur «pression maximale» contre Téhéran, tout en renouvelant les autorisations pour trois projets en cours dans le cadre de l’accord de 2015, dont Donald Trump s’est retiré. Les Etats-Unis ont décidé de durcir davantage les sanctions contre l’Iran, en mettant fin aux dérogations accordées à huit pays importateurs de pétrole iranien et en demandant à l’Arabie Saoudite de produire davantage de brut pour combler le déficit induit par le renforcement des restrictions sur le pétrole iranien. Vendredi, les Etats-Unis se sont attaqués également à l’accord sur le nucléaire iranien, ce qui a fait sortir les Européens de leur silence.
«A compter du 4 mai, toute assistance pour étendre la centrale nucléaire de Bouchehr au-delà de son réacteur existant», construit par la Russie, «sera passible de sanctions» américaines, a annoncé la porte-parole du département d’Etat américain Morgan Ortagus dans un communiqué.