Véritable référence dans le domaine lorsqu’il a atteint le sommet du football mondial, Cristiano Ronaldo est devenu, ces dernières années, un piètre tireur de coup franc. Récit du déclin d’une facette du jeu de celui qui, pourtant, ne supporte pas l’imperfection. Développé par l’armée américaine dans les années 1970, le «Tomahawk» est un missile de croisière évoluant à une vitesse subsonique. Il y a dix ans, le terme a aussi intégré le vocabulaire footballistique : ce soir de février, Cristiano Ronaldo venait d’envoyer une ogive dans la lucarne de Diego Lopez, portier de Villarreal. La situation ? Un coup franc, excentré à gauche, à un peu moins de 30 mètres de la cage. La vitesse ? 101,5 km/h. Celui que l’on appelait encore «CR9» était un récidiviste. Par deux fois, en Ligue des champions – Mandanda s’en souvient encore – et à une autre reprise, en Liga, le Portugais avait scoré sur coup de pied arrêté. Lors de ses années mancuniennes, il avait développé une technique, que les Anglais avaient fini par appeler «knuckleball» (traduisez «ballon flottant»). Les médias espagnols, eux, voulaient donner un nom à la spécialité. Il y avait la Madjer. La Panenka. Après le match largement remporté par le Real (6-2), un journaliste de Canal+ Espagne avait interpellé le Madrilène : «Comment va-t-on appeler ces coups francs ? Cristianina ? Cristianazo ? Tomahawk ? « Tomahawk me plaît », avait rétorqué le Portugais.

Oui, Ronaldo était un spécialiste
A l’époque, le joueur de Madère était effectivement une référence dans le domaine. Avant de débarquer dans le plus grand club du monde, Ronaldo avait inscrit 150 buts au total, dont 17 – soit environ 11% – sur coup franc. Au soir de la correction infligée à Villarreal, à Santiago-Bernabeu, ce ratio avait grimpé au-delà des 20% (22,2% exactement) sur sa seule saison madrilène.
Le Ballon d’Or avait bouclé son premier exercice en Espagne avec six buts inscrits sur coup franc direct. Et n’avait même pas atteint le pic. Il avait fait mieux la saison suivante, avec sept «Tomahawk». Et autant en 2011/2012, puis 2013/2014. Ensuite ? Un déclin. Lent. Irrégulier, aussi. Mais perpétuel.
Depuis qu’il est un joueur de la Juventus, Ronaldo n’a pas converti le moindre coup franc. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Le Portugais a insisté. Beaucoup. Mais sur ses 40 dernières tentatives, aucune n’a fait mouche. En club, son dernier but inscrit sur coup franc remonte au… 16 décembre 2017, lors d’un match de Coupe du monde des clubs opposant le Real Madrid au Gremio.

Le choix de l’imprécision… et ses failles
Comment expliquer une telle disette ? Le multiple Ballon d’Or a-t-il fini par prendre l’exercice à la légère ? Quiconque connaît un peu le personnage sait que cette éventualité-là ne tient pas la route. Dans leur histoire, les ballons ont considérablement changé mais leur évolution, sur la décennie écoulée, n’a été que mineure. Et la préparation du joueur est restée la même : plusieurs grands pas en arrière, un autre sur le côté gauche, les jambes écartées, une grande respiration…
La technique, elle, a légèrement évolué. Là où la plupart des autres spécialistes de la discipline – de Platini à Beckham – misait sur la précision, Ronaldo, lui, a choisi l’imprévisibilité de la trajectoire du ballon pour tromper le gardien. Ainsi, il place toujours la valve du ballon vers lui. Il penche constamment le buste vers l’avant, afin de contenir la hauteur, et seule la surface du pied utilisée (une zone entre le coup de pied et la pointe) permet de faire décoller la gonfle.

La technique ou le physique : où est la cause ?
Par essence, cette méthode-là est sensiblement moins chirurgicale que les ballons «brossés». Et plus aléatoire. Mais elle est probablement plus létale. Ou plutôt, elle était. Dès l’été 2011, lors d’un amical face au Hertha Berlin, Ronaldo avait déployé une nouvelle technique de frappe, après analyse scientifique (oui, oui) de ses précédents échecs.
L’objectif ? Moins de puissance, avec une chute de la vitesse du ballon de 100 à 70 km/h environ. Mais plus de précision, en utilisant une autre surface de frappe, entre le coup et l’intérieur du pied. On l’a dit, son rendement n’a pourtant pas chuté à ce moment-là. Les chiffres indiquent plutôt un déclin autour de l’année 2014. La cause ne serait donc pas technique. Mais physique.
Souvenez-vous : cette année-là, CR7 avait souffert d’une lésion musculaire à la cuisse gauche, ainsi que d’une tendinite rotulienne au genou gauche. Cela a-t-il eu un impact considérable et irrémédiable sur une mécanique de tir si bien rodée ? n