Entre la journée d’ouverture et celle de la clôture, la semaine qui vient de s’écouler a été marquée par une évolution inédite sur les marchés pétroliers. S’affichant lundi à ses plus bas depuis 18 ans, soit tout prêt des 20 dollars, l’or noir a vécu une situation totalement opposée, vendredi, pour terminer la semaine largement plus haut, à plus de 34 dollars.

Autrement dit, d’un lundi noir, le marché est carrément passé à une semaine folle ponctuée par un vendredi d’espoir.
En fait, c’est surtout jeudi que les prix ont explosé à Londres et à New-York, où le Brent et WTI ont enregistré la plus forte hausse de leur histoire sur une séance. Vendredi, la tendance haussière s’est poursuivie, poussant les prix à des hauts sur lesquels aucun analyste n’aurait osé parier dans cette conjoncture de double crise, entre Covid-19 qui réduit sensiblement la demande mondiale et guerre des prix entre l’Arabie saoudite et la Russie qui ne laisse aucune chance à l’optimisme.
Ainsi, le Brent de la mer du Nord pour livraison en juin a clôturé la semaine à 34,83 dollars sur l’Inter Continental Exchange, gagnant 4,89 dollars et progressant de 16,33% par rapport à la clôture de jeudi. A New York, le baril américain de WTI pour mai a terminé à 28,97 dollars, en hausse de 14,42%, soit 3,65 dollars.
Donald Trump est encore passé par là, à travers de nouveaux tweets publiés jeudi sur son compte, promettant une réduction de la production russe et saoudienne. Une surprise pour les investisseurs à qui le Président américain a indiqué «espérer et s’attendre» à ce que l’Arabie saoudite et la Russie réduisent leur production «d’environ 10 millions de barils, et peut-être nettement plus». Trump a ajouté que cette baisse «pourrait même aller jusqu’à 15 millions de barils». Des informations sans grands détails, mais qui auront suffi à faire sortir les marchés de leur marasme et à donner un coup d’accélérateur aux prix. Ceci d’autant que la Russie et l’Arabie Saoudite n’ont pas tardé à afficher des dispositions assez claires allant dans le sens des coupes conséquentes évoquées par le locataire de la Maison-Blanche.
Moscou et Ryad semblent, en effet, vouloir enterrer la hache de guerre des prix et renouer avec leur coopération pour juguler l’hémorragie sans précédent des cours.
Une coopération qui se fera encore dans le cadre de l’accord Opep+, ayant expiré le 1er avril après avoir servi de cadre idoine à l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires pour réguler le marché et stabiliser les prix, depuis janvier 2017.
«Nous sommes prêts à une entente avec nos partenaires dans le cadre du mécanisme Opep+, et sommes prêts à coopérer avec les Etats-Unis à ce sujet», a déclaré le président russe Vladimir Poutine, vendredi, lors d’une réunion en visioconférence avec son ministre de l’Energie retranscrite sur le site du Kremlin. «Selon des estimations préliminaires, je pense qu’il est possible qu’il s’agisse d’une baisse (de la production de pétrole) d’environ 10 millions de barils par jour. Peut-être un peu moins, peut-être un peu plus», a-t-il précisé.
De son côté, l’Opep, dont le chef de file est l’Arabie saoudite, a confirmé, vendredi, la tenue d’une réunion exceptionnelle de ses membres et alliés, dont la Russie.
Mais la coopération dans le cadre de l’Opep+ pourrait être ressuscitée en l’ouvrant à d’autres membres, comme l’a déjà souhaité Moscou, en se disant prête à de nouveaux accords élargis à d’autres pays producteurs. Le nom de ces derniers n’a pas été cité, mais tout porte à croire que les Etats-Unis, premier producteur mondial, figurent dans la liste russe, d’autant que Washington est d’ores et déjà impliqué dans les efforts actuels visant à redresser le marché.
Les Etats-Unis se déploient ces derniers jours dans le rôle d’intermédiaires, s’inquiétant notamment des répercussions de prix trop bas sur les producteurs américains de pétrole de schiste. Mais le signe qui semble le plus augurer d’une coopération américaine dans le cadre de l’Opep+ élargi est venu du commissaire de l’autorité régulant la production du pétrole au Texas, Ryan Sitton, ce dernier ayant affirmé vendredi sur CNBC qu’il se tenait prêt à limiter l’extraction de pétrole dans cet Etat si cela s’inscrivait dans le cadre d’un accord international. Le Texas produit environ 40% du pétrole extrait sur le sol américain.
On est bien loin de l’époque où Trump menaçait l’Opep à travers ses tweets appelant à cesser les réductions de l’offre qui faisaient grimper les prix du brut. Par contre, on n’est pas loin des élections présidentielles aux Etats-Unis.