Le Directeur général des relations multilatérales au ministère des Affaires étrangères, Lazhar Soualem, a plaidé pour l’intensification des efforts internationaux face au crime de la traite des personnes, soulignant que l’Algérie pâtissait de ce fléau du fait des crises récurrentes dans la région. Dans une déclaration à la presse, en marge d’une Journée d’étude sur le thème «Non à l’exploitation des personnes», organisée par le Comité national de prévention et de lutte contre la traite des personnes, en coordination avec l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), M. Soualem a mis en avant l’impératif d’intensifier les efforts internationaux en matière de lutte contre le crime de la traite des personnes, expliquant que «l’Algérie pâtit de ce fléau du fait des crises récurrentes dans la région, un terreau favorable aux activités des groupes criminels», a-t-il soutenu. L’organisation de cette manifestation en dépit de la pandémie Covid-19 vise à «témoigner notre solidarité avec les victimes de la traite des personnes, souligner la gravité de ce phénomène transcontinental, et sensibiliser la société dans toutes ses composantes (institutions, société civile, secteur privé et corps de sécurité) sur ce fléau qui relève du crime organisé», a-t-il indiqué au sujet de cette rencontre, organisée au Centre international des conférences (CIC) Abdelatif Rahal, à l’occasion de la Journée mondiale de la dignité des victimes de la traite d’êtres humains (30 juillet). L’Algérie, a-t-il ajouté «pâtit du problème de la traite des personnes, car la région est le théâtre de crises récurrentes qui constituent un terreau favorable aux groupes et réseaux criminels qui injectent les revenus du crime organisé dans d’autres activités criminelles, tels que le terrorisme, les trafics d’armes et de drogue et la traite des personnes». Rappelant que «l’Algérie n’a eu de cesse d’appeler à se pencher sur les causes à l’origine de ces déplacements par milliers et à activer la coopération internationale», il a affirmé qu’aucun pays «ne peut faire face, seul, à ce crime qui connaît des proportions alarmantes». Qualifiant d’»hallucinants» les recettes de la traite des êtres humains, estimées à quelque 150 milliards USD/an, M. Soualem a souligné qu’il s’agit là, du troisième trafic criminel le plus lucratif dans le monde après celui des armes et des drogues. S’agissant des efforts de l’Algérie en matière de lutte contre ce fléau, M. Soualem a rappelé l’actualisation du code pénal, évoquant un projet de texte de loi en discussion, initié par le Comité national de lutte contre la traite des personnes en collaboration avec des départements ministériels.
Troisième trafic criminel le plus lucratif
Le Gouvernement est décidé à finaliser ce texte de loi avant de le présenter au Parlement pour adoption, a-t-il assuré. Créé en vertu du décret présidentiel numéro 16-249 du 26 septembre 2016, le Comité national de prévention et de lutte contre la traite des personnes, placée sous l’autorité du Premier ministre, est un point focal national qui veille à la sensibilisation de tous les acteurs nationaux à la nature et formes de ce crime étranger à la société algérienne. Il a cité, dans le même contexte, notamment l’organisation de journées de sensibilisation et d’études, la formation et la sensibilisation des parties prenantes (Sûreté et Gendarmerie nationales, corps de la justice) en matière de prise en charge des victimes de ce crime, ainsi que la mobilisation des médias et de la société civile, qui constitue, pour M. Soualem, «un maillon important dans cette stratégie nationale». Quant aux missions du comité, il a cité la collecte des données liées au crime et à son évolution, l’élaboration d’un rapport annuel à soumettre aux hautes autorités du pays outre la proposition de mesures à prendre pour assurer une meilleure prise en charge des victimes de la traite des personnes. Les mesures concernent également les poursuites à engager contre les auteurs de ce crime et le démantèlement des réseaux organisée qui exploitent les victimes dans des actes criminels inhumains, telle que la prostitution, la mendicité ou le travail forcé. Lors de cette rencontre, à laquelle ont pris part des représentants de plusieurs ministères, de la société civile, du corps de la magistrature, des corps de sécurité ainsi que l’ambassadeur du Royaume uni, l’accent a été mise sur les répercussions psychologiques de ce crime «dégradant» sur les victimes. Dans ce sens, le président du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), Bouzid Lazhari a affirmé que «la traite des personnes porte atteinte au fondement de la dignité humaine», soulignant que ce fléau qui prolifère dans les environnements où les conditions de vie décente sont absentes est favorisé par le terrorisme et les crises qui secouent la région. Citant des rapports onusiens et américains, il a fait savoir que le nombre des victimes avoisinerait les 25 millions de personnes et que 800 à un (1) million de personnes sont pris au piège de ces réseaux criminels chaque année. A noter que le CNDH est membre du Comité national de prévention et de lutte contre la traite des personnes. Pour sa part, la présidente du Croissant rouge algérien (CRA), Saida Benhabiles a fait savoir, dans son intervention, que les enfants sont les premières victimes de ce crime. Lors des opérations de rapatriement des migrants clandestins, le CRA a eu à constater plus de 6000 enfants n’avaient pas d’accompagnateurs et étaient exploités dans la mendicité, a-t-elle ajouté. Rappelant que la dégradation de la situation sécuritaire dans les pays des victimes était souvent à l’origine des flux migratoires, la présidente du CRA, a tenu à saluer la volonté politique de l’Algérie à lutter contre ce crime, notamment à travers son arsenal juridique coercitif. n