L’ONG a rendu public hier son rapport annuel 2020 sur les droits humains dans le monde couvrant 149 pays et dans lequel a été pointé « une aggravation » des atteintes aux droits humains par le contexte de la pandémie de la Covid-19. En Algérie, elle s’inquiète notamment du traitement judicaire réservé aux activistes du Hirak et de la multiplication des féminicides.

PAR NAZIM BRAHIMI
L’Organisation non-gouvernementale Amnesty International a en effet rendu public, hier, son rapport annuel 2020 sur les droits humains dans le monde, couvrant 149 pays et dans lequel a été pointé «une aggravation» des atteintes des droits humains par le contexte de la pandémie de la Covid-19.
Le rapport d’Amnesty International constate également une augmentation des cas de féminicides pendant le même contexte sanitaire. L’organisation appelle dès lors les autorités algériennes à «garantir les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique et à protéger les femmes contre toutes les formes de violences».
C’est ce qui ressort du rapport présenté en visio-conférence par la directrice de la section Algérie de l’organisation non-gouvernementale, Hassina Oussedik, qui reproche aux autorités d’avoir «continué à arrêter et à poursuivre en justice des manifestants, des journalistes et des militants ou de simples citoyens pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté d’expression».
Amnesty International cite, dans ce registre, la mise en détention de certains, ce qui les a exposés au risque de contracter la Covid-19, reprochant aux autorités l’adoption « de nouvelles lois qui limitent encore davantage les libertés fondamentales des Algériens». Pointant ce qu’elle considère comme des «arrestations arbitraires et condamnations injustes», la même organisation estime que les autorités «ont profité de la crise sanitaire de la Covid-19 pour multiplier les arrestations des militants, de journalistes et de blogueurs pour avoir critiqué le gouvernement en ligne». Et d’ajouter que «d’autres personnes ont également été arrêtées pour avoir participé à des manifestations pacifiques. Des dispositions du code pénal, formulées en termes vagues, ont été invoquées pour engager des poursuites à leur encontre».
Amnesty International cite, à ce propos, la mesure de grâce présidentielle décidée le 18 février dernier par le président Tebboune «en faveur des détenus du Hirak», relevant que «du 19 au 25 février 2021, 59 personnes arrêtées arbitrairement pour avoir exprimé leurs opinions ou manifesté pacifiquement ont été libérées». Selon la même organisation, «d’autres sont encore en détention uniquement pour avoir participé au Hirak ou pour des publications sur les réseaux sociaux critiquant les autorités». Pour la directrice d’Amnesty International Algérie, «toutes les personnes détenues simplement pour avoir exprimé leurs opinions pacifiquement doivent être libérées immédiatement et sans condition».
Par ailleurs, Amnesty International dit également avoir recueilli des informations concernant les cas d’au moins trois militants arrêtés et placés en détention qui auraient été torturés ou subi des mauvais traitements. «Les autorités doivent veiller à ce que des enquêtes impartiales, indépendantes soient menées sur toutes les allégations de torture et d’autres mauvais traitements, que leurs conclusions soient rendues publiques et que les auteurs présumés de ces actes soient traduits en justice», estime-t-on.
Hassina Oussedik a indiqué, par la même occasion, qu’«aucune conclusion n’a été rendue publique à ce jour» depuis que les autorités avaient annoncé l’ouverture d’enquêtes sur les circonstances de la mort de Mohamed Tamalt, Kamel Eddine Fekhar et Ramzi Yettou. Sur le point relatif à la liberté de la presse, le même rapport a souligné qu’en 2020, les autorités «ont également continué à bloquer l’accès à plusieurs sites d’information ayant publié des articles sur la pandémie de la Covid-19 et les manifestations pacifiques» et «des journalistes ont également été arrêtés pour avoir couvert des manifestations pacifiques».
Pour la cheffe de la section algérienne d’AI, «les autorités doivent promouvoir et protéger la liberté de la presse et permettre aux journalistes de faire leur travail de façon indépendante, sans aucune entrave ou intimidation», estimant que «recevoir et communiquer des informations fiables est vital et revêt une importance capitale en période de crise sanitaire car il permet de sauver des vies. Le journalisme ne devrait jamais être un crime punissable».

Alerte aux féminicides
Pour l’ONG, il ne fait point de doute que la pandémie de la Covid-19 a aggravé les risques déjà importants auxquels se heurtent de nombreuses femmes en Algérie, s’appuyant sur le site Féminicides Algérie qui a recensé au moins 54 féminicides en 2020 et 14 depuis le début de l’année 2021, et au moins 6 782 femmes ont été victimes de violences en 2020, selon les chiffres de la police judiciaire.
Indiquant que «les associations de défense des droits des femmes se sont fortement mobilisées pour dénoncer les féminicides et les violences contre les femmes en Algérie, tandis que les autorités n’ont pris aucune mesure pour protéger les victimes de ces violations des droits humains», AI estime que le gouvernement «doit agir de toute urgence pour renforcer les services d’aide aux femmes victimes de violences et mener des campagnes de sensibilisation des citoyennes et citoyens contre les violences liées au genre, en collaboration avec les organisations de défense des droits des femmes».
Pour AI Algérie, «l’année 2020 a également été marquée par l’adoption d’une nouvelle Constitution», relevant que «malgré quelques avancées sur certaines questions des droits humains, notamment en matière de protection des femmes, elle ne garantit toujours pas l’indépendance de la justice et introduit des restrictions injustifiées des droits et libertés en conditionnant l’exercice de la liberté d’expression au respect des valeurs religieuses et culturelles».