L’Organisation non gouvernementale (ONG), Amnesty International, a épinglé les pays riches dans son rapport sur la situation des droits humains durant l’année 2021 à travers le monde. Pour cette organisation, les pays riches se sont appuyés sur les multinationales pour duper les gens avec des slogans creux et de fausses promesses annonçant une reprise équitable
après la pandémie de la Covid-19.

PAR NAZIM BRAHIMI
Sans complaisance à l’égard des riches du monde, Amnesty International a considéré que nous sommes devant « l’une des plus grandes trahisons de notre époque », pointant plutôt une aggravation des inégalités mondiales.
Le rapport annuel d’Amnesty International, rendu public ce mardi 29 mars 2022, a expliqué que parmi les causes principales de ces inégalités figurent notamment l’avidité toxique des grandes entreprises et l’égoïsme national brutal, ainsi que la négligence des gouvernements en matière de santé et d’infrastructures publiques. « 2021 aurait dû être une année de guérison et de redressement. Au lieu de cela, elle est devenue un incubateur d’inégalité et d’instabilité croissantes, qui auront des conséquences terribles pour les années à venir », a déclaré Agnès Callamard, la secrétaire générale d’Amnesty International à la présentation dudit rapport. La responsable a relevé, que « l’un après l’autre, tous les responsables des pays ont promis de « reconstruire en mieux » afin d’agir sur les inégalités de longue date qui ont exacerbé l’impact de la pandémie.

Trahison et cupidité
Or, en réalité, ils ont joué une farce tragique de trahison et de cupidité, en étant de mèche avec les grandes entreprises, relevant que « si le monde entier en a été le théâtre, ce sont les populations les plus marginalisées qui en ont subi les pires effets, notamment celles en première ligne de la pauvreté endémique ». Les rédacteurs du rapport pointent dans ce registre la responsabilité, voire l’escroquerie, des pays puissants.
« Lors des sommets du G7, du G20 et de la COP 26, les responsables politiques et économiques ont apporté un soutien de façade à des mesures qui permettraient d’améliorer nettement l’accès aux vaccins, de mettre fin au sous-investissement dans la protection sociale et de lutter contre les conséquences du changement climatique », est-il écrit dans le document. Estimant que les dirigeants des grands groupes pharmaceutiques et des géants technologiques ont tenu de beaux discours sur la responsabilité des entreprises, Agnès Callamard a considéré qu’à « ce moment charnière, le décor était planté pour une reprise impliquant de vrais changements en faveur d’un monde plus égalitaire ».
C’est ainsi que les pays riches tels que les Etats membres de l’UE, le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont accumulé plus de doses de vaccin que nécessaire, tout en fermant les yeux lorsque les grands groupes pharmaceutiques ont fait passer les profits avant les personnes en refusant de partager leurs technologies pour accroître la distribution des vaccins, selon le même rapport qui accable aussi les groupes pharmaceutiques, citant Pfizer/BioNTech et Moderna, qui ont projeté, en 2021, des bénéfices allant jusqu’à 54 milliards de dollars américains, et pourtant, moins de 2% de leurs vaccins ont été envoyés à des pays à faible revenu.
Mais pour AI, les géants pharmaceutiques n’ont pas été les seules grandes entreprises à compromettre le redressement pour gagner plus d’argent, puisque les sociétés du numérique, comme Facebook, Instagram et Twitter, ont laissé le champ libre aux informations erronées au sujet de la pandémie de Covid-19, ce qui a favorisé le développement de l’hésitation vaccinale. Faisant remarquer que « de nombreux pays du Sud ont subi de plein fouet les conséquences de l’entente entre les grandes entreprises et les gouvernements occidentaux », le rapport a indiqué également qu’avec moins de 8 % de sa population pleinement vaccinée à la fin de l’année 2021, l’Afrique affiche le taux de vaccination le plus bas du monde, en raison des stocks insuffisants fournis au dispositif Covax, au Fonds africain pour l’acquisition des vaccins (AVAT) et par le biais de dons bilatéraux.
Sur un autre registre, le rapport d’Amnesty International a indiqué qu’en 2021, des conflits ont éclaté ou persisté en Afghanistan, au Burkina Faso, en Ethiopie, en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, en Libye, au Myanmar et au Yémen, dans lesquels toutes les parties belligérantes ont commis des violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains.

Détention provisoire et féminicides
En ce qui concerne l’Algérie, Amnesty International s’est déclarée « fortement préoccupée par l’utilisation de la justice pour museler la dissidence et par le laxisme face aux féminicides ». Le rapport considère que « le recours abusif à la détention provisoire a des incidences conséquentes sur les droits fondamentaux des justiciables, cela enfreint les normes internationales et la loi algérienne qui consacrent le droit à un procès équitable ».
Et d’ajouter que « le non-respect de ce droit signifie porter atteinte au respect du principe de présomption d’innocence, aux droits effectifs de la défense et au droit à la liberté. Aussi, la Constitution algérienne prévoit en son article 44 le caractère exceptionnel de la détention provisoire ». Pour Hassina Oussedik, directrice d’Amnesty International Algérie, il y a une « discordance entre les textes de loi et la réalité est inadmissible. C’est pourquoi, nous appelons à une réforme en profondeur de la législation et de la pratique des acteurs judiciaires, afin de réduire l’utilisation abusive de la détention provisoire ». S’agissant des féminicides, AI estime qu’ils ont pris de l’ampleur en « raison de l’absence d’une réaction forte des autorités, de l’impunité et de l’indifférence de la société vis-à-vis de toutes les formes de violences contre les femmes ». En 2021, au moins 55 femmes ont été tuées dans différentes wilayas, selon les chiffres de Féminicides-dz. La Gendarmerie nationale a fait état de 8 000 cas de violences contre les femmes durant les huit premiers mois de l’année 2021, tandis que la police a recensé 6 930 cas de violences, s’alarme l’ONG.
Dans son rapport, AI estime également que la France « fait partie » des 67 pays au monde qui ont « adopté, en 2021, des lois qui restreignent la liberté d’expression, d’association et de réunion », citant « la promulgation, fin juillet 2021, de la loi sur la prévention du terrorisme, qui entérine notamment les mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance (Micas) ».