L’organisation appelle le gouvernement à cesser d’«invoquer de fausses accusations de terrorisme pour poursuivre en justice militants pacifiques et journalistes».

Par Salim Benour
Dans un communiqué rendu publique hier, l’ONG de défense des droits humains a appelé les autorités algériennes à «mettre fin aux accusations de terrorisme pour poursuivre des militants et des journalistes pacifiques». Amnesty International constate que les «autorités algériennes recourent de plus en plus à des accusations de terrorisme formulées de manière vague pour poursuivre des journalistes, des défenseurs des droits humains et des militants politiques, et pour criminaliser les organisations politiques en les qualifiant de «terroristes». Il s’agit d’une «nouvelle répression contre l’opposition, estime l’ONG.
«En juin, la définition du «terrorisme» a été modifiée afin de permettre de poursuivre les militant•e•s pacifiques et les voix critiques. Les journalistes Hassan Bouras et Mohamed Mouloudj sont les dernières cibles de cette nouvelle tendance inquiétante (…) Les autorités algériennes durcissent leurs méthodes visant à réduire au silence la dissidence pacifique en s’appuyant sur des accusations liées au terrorisme pour diaboliser et discréditer les militant•e•s pacifiques et les journalistes. Ce n’est qu’un écran de fumée pour dissimuler la répression sévère exercée contre le militantisme», a déclaré Amna Guellali, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International.
L’ONG «demande aux autorités algériennes de libérer immédiatement Hassan Bouras et Mohamed Mouloudj et d’abandonner ces charges infondées. Il est abject que ceux qui souhaitent exercer leur droit à la liberté d’expression soient poursuivis de manière aussi systématique. «Rien ne laisse supposer que Hassan Bouras ou Mohamed Mouloudj ont fait quelque chose de mal si ce n’est exercer leur droit de s’exprimer librement. Il est clair que les autorités se servent de manière éhontée de la législation antiterroriste pour réduire au silence la dissidence», a ajouté Amna Guellali.
Les deux journalistes attendent leurs procès. Hassan Bouras ; arrêté le 6 septembre dernier à El Bayadh, sa ville de résidence, est détenu à la prison de Kolea, près d’Alger. Mohamed Mouloudj ; arrêté le 12 septembre, est incarcéré à la prison d’El Harrach à Alger. Les juges d’instruction du tribunal de Sidi M’hamed ont ordonné leur placement en détention provisoire les 12 et 14 septembre, respectivement, dans l’attente des conclusions de l’enquête sur les accusations de «diffusion de fausses informations», «atteinte à la sécurité nationale» et commission d’un «acte terroriste» – une infraction passible de la peine de mort, rappelle Amnesty. n

Examen aujourd’hui du dossier du journaliste Mohamed Mouloudj
La chambre d’accusation de la Cour d’Alger procédera aujourd’hui à l’examen du dossier du journaliste Mohamed Mouloudj en détention provisoire.
C’est ce qu’a indiqué hier Maître Ouali Sofiane, membre du collectif d’avocats, lequel a précisé que la chambre d’accusation statuera sur «l’appel de la décision du juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’hamed de placer le journaliste sous mandat de dépôt».
Journaliste au quotidien Liberté, Mohamed Mouloudj a été arrêté le 12 septembre après une perquisition de son domicile. Il a été placé, deux jours plus tard, le 14 septembre, sous mandat de dépôt pour «diffusion de fausses informations», «atteinte à l’unité nationale» et «appartenance à une organisation terroriste» conformément aux articles 79, 87 bis et 196 du code pénal.
La même Cour a programmé, pour la même journée, l’examen du dossier de Fodil Boumala mis sous mandat de dépôt par le juge d’instruction près le Tribunal Sidi M’hamed après sa présentation le 16 septembre, rappelle le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).N. B.