Pour la troisième fois consécutive, la célébration de la Journée internationale de la femme intervient dans un contexte national particulier, marqué par la persistance de la demande de changement politique dont la gent féminine est un acteur central.
Cette célébration intervient aussi au moment où la question de la place de la femme dans la société, dans l’espace public et dans la sphère politique, est plus que jamais essentielle dans les débats et les forums publics.

Le rendez-vous n’est, cependant, pas sans rappeler l’abominable multiplication d’actes de féminicide enregistrés en Algérie ces derniers mois, ce qui n’est pas sans susciter de sérieuses et légitimes inquiétudes sur la recrudescence de ce phénomène et les réactions d’excuses ou de circonstance – toutes aussi violentes – qu’on lui trouve au milieu d’un courant important de l’opinion algérienne. Mais, à l’évidence, comme lors des deux précédents 8 Mars 2019 et 2020, la célébration de 2021 est à la fois un marqueur et un indicateur des luttes démocratiques en Algérie, en ce que la question relative aux droits des femmes et à sa liberté et son émancipation se trouve imbriquée et étroitement liée à celle de la quête d’un Etat de droit.
S’il est établi que les batailles pour les droits de la femme sont indissociables des luttes démocratiques, il ne fait point de doute que des mesures électoralistes, voire populistes, risquent de passer pour des acquis du combat féministe, alors qu’il s’agissait plutôt de vraies fausses victoires. C’est le cas de la loi organique du 12 janvier 2012, adoptée en application de l’article 31 bis de la Constitution, telle qu’amendée en 2008, selon laquelle «l’Etat œuvre à la promotion des droits politiques de la femme en augmentant ses chances d’accès à la représentation dans les assemblées élues».
Il s’agit, du point de vue formel, d’une reconnaissance constitutionnelle qui consacre le renforcement de la participation des femmes aux assemblées élues et contribue à la promotion de l’égalité entre les sexes. Cette loi-parité a donné lieu à une présence jamais connue de la gent féminine à l’APN, qui comptait 147 députées pour la mandature 2012-2017, soit une moyenne de 31,6 %, alors qu’il n’était que de 7,7 %. Mais ce nombre baissera à 118 pour la mandature 2017-2022, suspendue depuis trois semaines par la dissolution de l’Assemblée décidée par le chef de l’Etat.
«Pour beaucoup, la loi sur les quotas s’est transformée au fil du temps en contrainte ou en acte de complaisance sans retour de compétences pour certaines formations politiques qui se voient tenues de présenter des femmes sur leurs listes sans que cela traduise une conviction profonde», selon des spécialistes. Pour Belkacem Benzenine, chercheur au Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Oran) et auteur d’études sur la place des femmes dans la vie politique dans les pays arabes, «le renforcement de la représentation des femmes dans les assemblées élues est considéré comme une évolution démocratique, mais une évolution qui s’impose selon la logique, la stratégie et les objectifs propres au pouvoir».

Le poids des mentalités
Certaines voix pointent une sorte de «progression» à deux vitesses illustrée par des avancées, sinon une évolution dans les textes, mais qui butent sur «des mentalités qui ne suivent pas». Ce qui s’est répercuté sur «un surplace» des luttes pour l’émancipation de la femme. «Les choses ont certes évolué positivement pour les femmes sur le plan juridique. Mais cette évolution dans les textes demeure bridée par des mentalités et des attitudes sociales empêchant une avancée réelle sur ce registre», observe un universitaire.
En effet, c’est à partir de 2005 que de nouvelles lois ont été promulguées permettant une protection contre les violences physiques et psychologiques. C’est dans cette finalité qu’a été promulguée la loi n°15/19 du 30 décembre 2015 qui criminalise la violence conjugale, le harcèlement de rue, le viol entre époux et la dépossession des biens de la femme par l’époux. Agresser son conjoint ou son ancien conjoint est passible d’une peine allant jusqu’à vingt ans de prison, en fonction des blessures de la victime, et si l’agression résulte par la mort de la victime, son auteur encourt la prison à perpétuité. Sans compter les amendements criminalisent également le harcèlement sexuel dans les lieux publics.
Sauf que ce cadre juridique qui promeut les droits des femmes bute, à la fois, sur la non-application des lois, mais aussi sur des mentalités réfractaires à l’idée du progrès, ne cessent de relever des féministes et des militants politiques. A ce titre, Dalila Djerbal, sociologue et membre du réseau Wassila, désigne ce qu’elle considère comme «un décalage entre les principes généraux d’égalité inscrits dans la loi fondamentale du pays et les pratiques toujours discriminatoires à l’égard de la gent féminine».
Hier, à la veille de la célébration du 8 Mars, deux figures du combat pour les droits des femmes, l’universitaire Fatma Oussedik et la syndicaliste Soumia Salhi, ont signé une contribution intitulée «Pour un manifeste des femmes algériennes», dans laquelle est retracé le long combat de la femme algérienne et suggéré la nécessité de lui donner une perspective qui tiendrait compte du contexte politique et social.
«Si l’on admet que les violences institutionnelles, juridiques, physiques, morales et symboliques sont légion dans notre pays, si l’on observe la diffusion de messages sur les réseaux sociaux incitant à la violence contre les femmes qui portent des tenues jugées indécentes, si l’on compte les féminicides commis à travers tout le pays, on peut comprendre l’urgence de notre combat, le devoir pour les femmes algériennes de s’organiser», ont écrit les deux militantes.