Quelques semaines avant la remise de son rapport annuel au président de la République, un document « en cours de finalisation », la présidente du Conseil national des droits de l’homme (CNDH) a fait hier sa première véritable sortie médiatique en étant l’invité du Forum d’El Moudjahid et après avoir répondu aux nombreuses questions des journalistes. Fafa Benzerrouki Sid Lakhdar s’est prêtée à cet exercice à l’occasion de la présentation des grandes lignes de pré bilan annuel du Conseil ainsi que pour répondre à quelques questions d’actualité.

Depuis son installation en mars 2017, le CNDH, a-t-elle déclaré, s’est attelé selon ses missions et prérogatives à l’observation, la sensibilisation ainsi qu’à la promotion du champ des droits humains et des libertés dans le pays. Il a procédé à des visites de terrain dans les écoles, les hôpitaux ainsi que dans les centres de détention pour s’enquérir du respect de la législation algérienne et internationale en ce qui concerne le droit des citoyens, quels qu’ils soient, au respect et à la dignité. Après avoir précisé que les visites et les missions de terrain du CNDH s’effectuent sans préavis et dans la surprise, « conformément à l’article 7 de règlement intérieur du conseil », sa présidente a indiqué que ses services ont reçu depuis près d’une année 848 plaintes et requêtes. 575 affaires ont été réglées, a-t-elle indiqué en précisant qu’il s’agit de problèmes liés au logement, à la santé et à des questions qui concernent l’administration pénitentiaire : des affaires qui en général « préoccupent l’opinion », a-t-elle ajouté. Par rapport aux recommandations des Nations unies en matière de respect des droits humains, la présidente du Conseil national des droits de l’Homme a affirmé que « 95% » de ces recommandations sans satisfaites par l’Algérie. Les 5% restants, a-t-elle fait observer, concernent « les lignes rouges » de la société algérienne comme « l’orientation sexuelle » ou la « question de l’héritage ». En ce qui concerne le déclassement de l’Algérie de la catégorie « A » à « B » en 2010 selon les normes internationales qu’on appelle également « Principes de Paris », Fafa Zerrouki Sid Lakhdar a fait savoir que l’objectif pour notre pays est de regagner le classement « A » lors d’une audition prévue en France les 15 et 16 mai prochains, glissant que cette catégorisation en question ne concerne pas le pays, mais les institutions et les organismes chargés des droits de l’homme. Revenant sur les questions d’actualité et des dossiers qui préoccupent actuellement le CNDH, la défenderesse des droits humains s’est dite particulièrement concernée par les « enfants nés sans identité ». « Il y a en moyenne 3000 enfants qui naissent sous X chaque année en Algérie », s’est-elle inquiétée en recommandant l’élaboration d’une loi protégeant les mères et les enfants, dont les pères ne sont pas identifiés. Il s’agit d’une atteinte aux droits humains et aux droits des mères et des enfants en pareille situation, a-t-elle déclaré.

Une loi pour l’obligation au test ADN
Le texte de loi auquel a fait appel la présidente du CNDH est de corriger « plusieurs défaillances » et mettre un terme à des injustices comme lorsqu’un père refuse de donner son nom à l’enfant dont il est le géniteur. « Lorsque j’étais présidente de la chambre administrative, j’ai eu à recevoir des mères célibataires qui se plaignaient de n’avoir pas pu obliger le parent à effectuer le test ADN pour prouver la concordance génétique », a-t-elle témoigné avant de faire remarquer que la demande du CNDH au gouvernement est de permettre aux mères célibataires de demander le test ADN dans le cas où le géniteur ne reconnaît pas sa progéniture. Sur ce point, Mme Benzerrouki Sid Lakhdar a insisté sur l’application de « l’article 40 du Code de la famille » stipulant que « le juge doit utiliser tous les moyens modernes pour affirmer l’identité de l’enfant ».
Selon cet article, a expliqué la présidente du CNDH, « le juge peut recourir aux moyens de preuves scientifiques en matière de filiation ». Pourtant, ce n’est pas suffisant, a-t-elle fait remarquer avant d’être plus claire : « Nous demandons au gouvernement d’élaborer une loi obligeant le père à effectuer les tests ADN, afin que la mère puisse donner un nom à son enfant », dira l’invitée du forum d’El Moudjahid, soutenant que lorsqu’une mère célibataire insiste à faire subir ce genre d’examens à une personne, c’est qu’elle est sûre qu’il s’agit du père de son enfant. Les chiffres récents du ministère de la Solidarité, de la Famille et de la Condition féminine, déjà évoqués par Mme Benzerrouki Sid Lakhdar en décembre dernier, font état d’une moyenne de 3000 enfants nés sous X depuis 2005 au moins. En 2016, avance la même source, 1600 enfants sont nés sans identité.
Interrogée sur l’affaire de harrag algérien, Mohamed Bouderbala, mort en Espagne dans la prison d’Archidona près de Malaga, la présidente du CNDH a rappelé que les autorités judiciaires ont ouvert une enquête et que les résultats ne sont pas encore connus : « On a besoin des faits réels pour pouvoir réagir », a-t-elle indiqué en soulignant que le CNDH va saisir par une correspondance son homologue espagnol. « Le CNDH attend d’avoir tous les détails de cette affaire pour pouvoir s’exprimer», a-t-elle précisé. S’agissant, enfin, de l’interdiction des marches dans la capitale, la présidente du CNDH a indiqué que son institution « entend proposer au gouvernement une loi qui régira le manifestations pacifiques, et qui abrogera de fait la note concernant la wilaya d’Alger ».