Dix-huit migrants en situation irrégulière ont trouvé la mort vendredi, selon le dernier bilan des autorités marocaines. Treize d’entre eux grièvement blessés ont succombé à leurs blessures, a indiqué vendredi soir à l’AFP une source des autorités de la province de Nador.
Les victimes ont trouvé la mort «dans des bousculades et en chutant de la clôture de fer» qui sépare l’enclave espagnole du territoire marocain, lors d’ «un assaut marqué par l’usage de méthodes très violentes de la part des migrants», a souligné la même source.
Par ailleurs, 140 membres des forces de l’ordre ont été blessés, dont cinq grièvement. En outre, 130 migrants sont parvenus à entrer vendredi à Melilla depuis le Maroc. Un seul d’entre eux reste hospitalisé, selon des sources de la préfecture espagnole.
Mohamed Amine Abidar, le président de la section de l’Association marocaine des droits de l’homme, AMDH de Nador s’est refusé à chiffrer le nombre de morts, mais «pense que le bilan va s’alourdir». Selon M. Abidar, «la cause principale de cette catastrophe est la politique migratoire menée par l’Union européenne en coopération avec le Maroc».
Selon l’ONG Caminando Fronteras, spécialiste des migrations entre l’Afrique et l’Espagne, le bilan s’élèverait à 27 morts. L’association espagnole a exigé samedi dans un communiqué «l’ouverture immédiate d’une enquête judiciaire indépendante du côté marocain comme espagnol, ainsi qu’au niveau international pour faire toute la lumière sur ce drame humain».
A Madrid , une députée européenne du parti de gauche radicale Podemos, allié des socialistes au sein du gouvernement minoritaire de M. Sánchez, lui a fait écho samedi. «Une enquête est nécessaire pour éclaircir les faits et les responsabilités», a déclaré dans un tweet Idoia Villanueava, responsable de Podemos pour les affaires internationales.
Le gouvernement espagnol a dénoncé avec force samedi «une attaque» contre son intégrité territoriale et accusé des «mafias». Le Premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sánchez, a décrit ce drame comme un «assaut (…) violent et organisé de la part de mafias qui se livrent au trafic d’êtres humains, contre une ville qui est un territoire espagnol». «Par conséquent, il s’est agi d’une attaque contre l’intégrité territoriale de notre pays», a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse durant laquelle il a félicité la gendarmerie marocaine, «qui a travaillé en coordination avec les forces et corps de sécurité» espagnols «pour repousser cet assaut si violent».
Tout en reconnaissant que l’assaut des migrants avait été «violent», Eduardo de Castro, le président (maire) de Melilla et plus haute autorité politique de cette ville autonome, a ainsi dénoncé une «réponse disproportionnée» du Maroc à la tentative de passage en force des clandestins. «Le Maroc se permet certaines choses qui ne seraient pas acceptables» en Espagne, a-t-il dit.
Sur les lieux, le calme est revenu samedi à Nador, cité limitrophe de l’enclave espagnole, ainsi qu’aux alentours de la haute clôture de fer qui sépare le Maroc de Melilla. Il n’y a ainsi aucune trace de migrants en ville. Selon M. Abidar, de l’AMDH, ils se seraient «éloignés de peur d’être déplacés par les autorités marocaines», généralement vers le sud du pays. Un témoin a dit avoir vu plusieurs bus transportant des migrants hors de Nador.