Le sommet de l’Otan, qui se tient jusqu’à aujourd’hui à Madrid, ne sera pas un pain béni pour le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez. Cet évènement, pourtant considéré comme décisif en raison de la confrontation montante entre l’Alliance atlantique, le camp occidental et la Russie, n’affaiblit pas l’onde de choc de Melilla.

Indicateur de l’écœurement général de ce qui s’est déroulé aux abords de l’enclave espagnole et qui s’est soldé par la mort d’une vingtaine de migrants, la réaction très sévère des Nations unies. «Je veux dire à quel point nous avons été choqués par (…) la violence à la frontière entre le Maroc et l’Espagne en Afrique du Nord», a déclaré son porte-parole Stéphane Dujarric. Les personnes qui migrent ont des droits humains et ceux-ci doivent être respectés et nous les voyons trop souvent bafoués», a-t-il ajouté, précisant que ce recours excessif à la force est «inacceptable» et avait été constaté par l’ONU «des deux côtés de la frontière».
Les Nations unies ainsi que l’Union africaine ont demandé une enquête sur les circonstances de la mort des migrants, vingt-trois selon un bilan officiel. La déclaration accusatrice du porte-parole de l’ONU est intervenue après que de nouvelles images vidéo sur le drame de Melilla ont circulé sur les réseaux sociaux, confirmant la réaction disproportionnée des forces de sécurité marocaines face aux 2 000 personnes qui tentaient de franchir les barrières séparant l’enclave de la ville de Nador. Ces nombreuses images ont montré des actes de brutalité à leur égard. «Je n’ai pris connaissance de ces informations et de ces images qu’après avoir fait ces déclarations» samedi, s’est alors justifié le Premier ministre espagnol, hier mercredi, promettant une «collaboration totale» de son gouvernement avec les enquêtes sur la mort des migrants. «Je déplore la perte en vies humaines», a déclaré tardivement le chef du gouvernement dans une interview à la radio Cadena Ser, mettant de nouveau en avant «le droit de Ceuta et Melilla», les deux enclaves espagnoles en territoire marocain, «à des frontières sûres» et accusant «les mafias (…) qui se livrent au trafic d’êtres humains». «Je déplore les morts survenues à Nador», a affirmé M. Sánchez. Samedi, une journée après les évènements tragiques de Melilla, il avait félicité le Maroc pour sa «collaboration» et avait apporté un soutien très appuyé aux forces de sécurité espagnoles et marocaines. «Il faut faire confiance aux institutions», s’est-il ravisé mercredi. Mais, a-t-il dit, la «tragédie» de vendredi «est le dernier acte d’un drame commencé bien avant», c’est-à-dire dans les pays d’où sont originaires ces migrants. «Ce que nous devons faire, c’est travailler au Soudan, qui est le pays d’où vient une grande partie» des migrants ayant tenté de pénétrer à Melilla. «Les principaux responsables sont les mafias (…) qui se livrent au trafic d’êtres humains», a-t-il encore déclaré.
Mardi 28 juin, après l’annonce d’une enquête par le «Défenseur du Peuple» (ombudsman), la justice espagnole a annoncé l’ouverture d’une enquête sur la mort des 23 migrants. Le ministère public espagnol a annoncé avoir «demandé l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur ce qu’il s’est passé», quelques heures après que l’ONU eût exigé une enquête indépendante sur ce drame, le plus meurtrier jamais enregistré aux frontières entre le Maroc et les deux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Le Parquet espagnol a motivé sa décision par «la gravité des faits survenus, qui pourraient affecter les droits humains et les droits fondamentaux des personnes». A Rabat, une cinquantaine de migrants ont manifesté mardi devant le bureau du Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) contre le traitement «inhumain» infligé par les forces de l’ordre marocaines et pour réclamer le statut de réfugiés. «Où sont les droits des réfugiés au Maroc ?», était-il inscrit sur les pancartes des protestataires. «A Nador, nous avons été battus d’une manière inhumaine», a déclaré à l’AFP Omar, un migrant soudanais qui a fui «la guerre et la prison» dans son pays. «Nous ne nous sentons pas en sécurité ici, nos vies sont en danger», a-t-il ajouté. «Le 24 juin est un jour noir. Il y a eu des bousculades puis les forces de l’ordre ont battu beaucoup de nos frères», a témoigné Ahmed, un Erythréen, dénonçant une «boucherie». «On veut savoir ce qui s’est passé pour qu’on puisse l’expliquer aux proches des défunts», a-t-il plaidé. «L’Union européenne, ses pays membres et le Maroc sont responsables de ce désastre», a estimé La Plateforme des associations et Communautés subsahariennes au Maroc (P. ASCOMS) dans une pétition publiée mardi. Le chanteur malien Salif Keita, comme bon nombre de personnalités africaines, s’est dit ulcéré après avoir vu les images des migrants réprimés par les forces de sécurité marocaines.