En guerre contre la Covid depuis son «installation», en mars 2019, le docteur Mehsas tord le cou, dans cet entretien, à certaines idées reçues en essayant de remettre les pendules à l’heure concernant la consultation d’un médecin et d’éviter à tout prix l’automédication qui pourrait être désastreuse pour le malade. Suivons-le.

Propos recueillis par : Hamid Bellagha
Reporters : On assiste à une véritable boulimie concernant l’oxygène, souvent dans le cadre d’une automédication. Votre avis sur le sujet et surtout des conseils concernant cet oxygène…
Dr Saïd Omar Mehsas :
Tout sujet atteint par la Covid n’a pas nécessairement besoin d’oxygène. Il faut savoir qu’environ 80% des personnes contaminées guérissent le plus souvent sans aucun traitement, car asymptomatiques, ou tout simplement présentant des symptômes classiques, légers, qui n’inspirent aucune inquiétude.
Les 20 % qui restent auront des symptômes plus révélateurs, comme un semblant de grippe, diarrhée, maux de tête, courbatures, fièvre, etc. Parmi eux, il y a ceux qui doivent consulter un médecin qui, après quelques analyses, leur délivre un traitement en ambulatoire. Ces personnes, surtout ayant des maladies chroniques, comme le diabète ou l’hypertension, convenablement prises en charge, et s’il n’y a pas un problème respiratoire, dyspnée, oppression à la poitrine, peuvent aussi se faire traiter à la maison.
Mais la majorité de ces personnes se croit obligée de «s’approvisionner» en oxygène, qui par un concentrateur, qui par une bouteille, alors que la plupart, médicalement, n’en ont pas besoin, tandis que d’autres en détresse respiratoire, souvent sévère, peinent à se procurer le désormais célèbre oxygène.

Comment savoir, dans l’urgence, si l’on doit se soumettre à une oxygénothérapie, après avis médical, bien sûr ?
Pour éviter tout cela, je préconise que les personnes traitées à la maison se dotent d’un oxymètre qui permet de nous renseigner si l’on a un besoin en oxygène ou non. J’ouvre une parenthèse pour signaler qu’avant l’utilisation de l’oxymètre par le malade, il doit être testé sur une personne saine présentant facilement un 98 %. Ceci pour éprouver la fiabilité de l’appareil.
Pour mesurer, on utilise généralement l’index, mais avec le majeur, on aura de meilleures mesures. Après, il faut tester trois fois par jour le malade, matin, midi et soir, sachant qu’au réveil les chiffres sont bas naturellement. Si entre les mesures la chute des chiffres est importante, il faut encore consulter pour voir s’il y a urgence d’une oxygénothérapie ou pas, en ambulatoire ou à l’hôpital.
Celui qui a entre 95 à 98 % de mesure, ou plus, n’a pas du tout besoin d’oxygène, du jour de la confirmation d’une contamination à la Covid, jusqu’au 14e jour qui suit. Entre 90 et 95 %, notre malade, et sur conseil d’un médecin, peut se passer d’oxygène, car s’il est jeune et ne présentant pas de comorbidités, il passera les quatre ou cinq premiers jours de sa maladie sans encombre et retrouvera facilement ses marques respiratoires d’avant. Mais si après consultation, le médecin décide d’une oxygénothérapie, trois à cinq litres par minute suffiront amplement. Et là, notre malade pourra suivre l’évolution de sa guérison à l’aide de l’oxymètre, généralement au bout du troisième jour.
Autour de 88 à 90 %, le médecin peut décider aussi d’une oxygénothérapie, mais à la maison, pour ne pas saturer les hôpitaux qui devront traiter d’autres malades plus atteints par la maladie.
Il reste que l’extrême minorité des personnes contaminées devra passer par la case hôpital, car n’ayant pas découvert la maladie à temps, ayant tergiversé, présentant des maladies chroniques, n’ayant pas consulté, ou faisant de l’automédication.

En plus de l’oxygène, les corticoïdes, pour ne citer que cette classe de médicaments, sont pris de façon anarchique et très souvent inappropriée. Là aussi, il y a des règles à respecter, n’est-ce pas ?
Toute personne atteinte par la Covid n’a pas un besoin automatique de corticoïdes. Leur prise obéit à un protocole sanitaire, comme tout traitement médical, et la prise intervient seulement sur avis médical. L’indication principale est une réelle détresse respiratoire, avec des mesures respiratoires qui dépassent les 30/mn, un oxymètre qui nous affiche régulièrement moins de 90, une CRP élevée. Là, le médecin peut décider d’une corticothérapie. Tout comme il décidera la même chose le sixième jour après l’atteinte par le virus pour un sujet qui paraissait sans risques, mais qui voit les chiffres relatifs à l’oxygène dans le sang décliner dangereusement, ceci pour s’opposer à la soudaine inflammation généralisée, la tempête cytokinique, qui se manifeste généralement entre le sixième et le neuvième jour de la maladie.
De plus, les corticoïdes sont prescrits en fonction du poids du patient. La durée du traitement varie fréquemment de trois à dix jours, ou plus, en fonction de l’état du malade et c’est toujours le médecin qui décidera, tout en ayant un œil sur les chiffres de la glycémie et/ou la tension artérielle.
Je rappelle aussi que les corticoïdes peuvent avoir des effets néfastes sur la santé dans un cadre d’automédication, avec des séquelles qui peuvent être irréversibles.
L’automédication fait des ravages, allant dans le sens, malheureusement, de la complication de la maladie. Votre avis là-dessus…
Je le dis et le répète, il n’y a qu’un médecin qui peut dispenser un traitement pour la Covid. Il n’y a pas lieu de s’auto-prescrire des médicaments calqués sur ceux d’un parent ou d’un ami. Nous ne sommes pas égaux devant la maladie, nous ne pouvons donc pas avoir le même traitement chaque fois.
Avec des symptômes que l’on attribue à la Covid, on fait souvent fausse route car d’autres pathologies affichent les mêmes manifestations. Il faut consulter et c’est le médecin qui pourra personnaliser votre atteinte et vous prescrire le traitement adéquat, car il n’y a pas de traitement standard.
Le traitement sera en fonction des symptômes, de leur nombre et de leur persistance. A cela, il faut ajouter les personnes présentant des maladies chroniques qui doivent avoir une prise en charge spéciale et parfois un traitement tout aussi spécial.
Pour les symptômes légers, comme une fièvre non importante, de légères courbatures et une petite fatigue, là, et souvent, il n’y a pas lieu de traiter, à part un antipyrétique, un antalgique, quelques vitamines et une bonne dose de repos.
Mais pour les personnes hypertendues, cardiaques, diabétiques, insuffisants respiratoires ou rénaux, un traitement est nécessaire pour éviter des complications issues des maladies chroniques citées en plus de la Covid. Je ne donnerais pas de traitement, car, je le répète, il n’y a pas de traitement standard et le médecin traitant est le seul habilité à en prescrire en tenant compte des maladies chroniques citées plus haut, avec des médicaments qui peuvent tenir tête au virus.
On peut prescrire, mais pas toujours ni automatiquement des antibiotiques dans des cas particuliers qui le nécessitent.