Dans le cadre de la relance du dialogue et de la concertation avec les partenaires sociaux, pour la prise en charge de leurs préoccupations et la finalisation du projet des statuts particuliers des travailleurs de la santé, le ministre de la Santé Abdelhak Saihi a clos le marathon des rencontres avec les syndicats du secteur avec l’audience accordée, avant-hier, mardi 6 novembre, au Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP). Au lendemain de cette rencontre, Dr Mohamed Yousfi, président du SNPSP salue vivement l’initiative du ministre pour la reprise du dialogue et aborde dans cet entretien les principaux points débattus avec le ministre de la Santé, dont la prime d’intéressement, les mesures incitatives au profit des médecins praticiens et le statut particulier des spécialistes de la santé publique, pour lesquels le ministre de la Santé s’est engagé à défendre les propositions du SNPSSP auprès du gouvernement et de la Fonction publique.

Entretien réalisé par Siham Bounabi
Reporters : Tout d’abord, comment s’est déroulée la rencontre avec le ministre de la Santé Abdelhak Saihi ?
Dr Mohamed Yousfi : La rencontre s’est déroulée dans de très bonnes conditions et dans une ambiance sereine. Nous avons d’abord réitéré nos félicitations au ministre et nous avons salué son arrivée à la tête du secteur. Nous travaillons avec lui depuis plus de 20 ans à différents niveaux de responsabilité et notamment sur les questions des réformes de la santé. C’est un responsable qui connaît très bien la situation du secteur et notamment le dossier des spécialistes de la santé. Sincèrement, on aurait aimé avoir ce profil de ministre bien avant, car beaucoup de dossiers auraient avancé dans le bon sens au vu de sa compétence, son honnêteté, la transparence et la mise en place effective du dialogue avec les partenaires sociaux à laquelle il a appelé bien avant qu’il soit ministre de la Santé. Il a toujours été partisan du dialogue constructif et d’un véritable partenariat avec les partenaires sociaux pour relever efficacement les différents défis du secteur de la santé. C’est important pour nous en tant que SNPSSP de le souligner, car nous avons travaillé avec beaucoup de ministres et c’est rare de pouvoir le faire avec un ministre qui a les compétences requises mais aussi l’honnêteté et la transparence avec ses partenaires.
Je tiens aussi à souligner que nous avons dénoncé auprès du ministre l’exclusion et la marginalisation des spécialistes de santé publique, ces deux dernières années, où nous avons été spoliés de nos droits. Nos dossiers n’étaient pas pris en considération, mais nous avons aussi été mis à l’écart au point où nous étions étrangers dans notre propre maison. Sincèrement, mardi, nous avions le sentiment que nous étions revenus dans notre maison avec de la considération. Je tiens à rappeler que le dialogue était entièrement rompu et les spécialistes ont vécu, ces deux dernières années, les pires situations depuis trente ans. Comme je l’ai souligné au ministre, on a eu une pandémie virale mondiale du covid mais on a également eu une pandémie administrative au niveau du ministère de la Santé, alors que les spécialistes étaient mobilisés en premières lignes sur le front de la lutte contre le covid. On a tenu à rappeler tout cela au ministre actuel pour lui dire que, tout en saluant la reprise du dialogue comme de véritable partenaires, il est important de consolider ce partenariat pour relever ensemble les véritables défis du secteur qui nous a attendent comme la mise en application des textes de la lois sanitaires de 2018 et de la carte sanitaire. Le ministre nous a assuré et s’est engagé sur le fait que les portes du dialogue étaient grandes ouvertes et il a donné des instructions au niveau local et central pour aller dans ce sens-là. Il attend aussi notre contribution sur ce que entreprend le ministère de la Santé en termes de concertation.

Quels sont les principaux points abordés par le SNPSSP lors de la rencontre avec le ministre de la Santé ?
Nous avons abordé plusieurs points qui résument les préoccupations et revendications des spécialistes. Le ministre s’est engagé à prendre en charge auprès du gouvernement tous les points que nous avons abordés et cela en fonction des priorités. Le premier point est la libération de la prime d’intéressement dont le ministre connaît très bien le dossier, son précédent poste était Secrétaire général du ministère de la Santé. Ce dossier est finalisé en termes de travail technique et cette prime d’intéressement attend depuis vingt ans le feu vert du Premier ministre pour être libérée. Le deuxième point concerne les mesures incitatives et l’abrogation du service civil. On a souligné au ministre qu’il y a eu sur ce dossier des directives du président de la République en 2020 et 2021. De plus, cela fait 20 ans que l’on propose ces mesures incitatives aux différents responsables du pays et on ne voit rien venir malgré les instructions du Président. De ce fait, on a demandé au ministre d’intervenir auprès du gouvernement pour que ces mesures incitatives puissent voir le jour rapidement. Le service civil pourrait être abrogé et disparaître de lui-même. On a demandé qu’au moins dans un premier temps, en termes de mesures incitatives, de généraliser la prime qui est faussement appelée ‘prime du service civil’ mais également de revoir les salaires dans l’intérêt des spécialistes mais également aussi et surtout dans l’intérêt des malades. Le troisième point abordé concerne la discrimination de l’imposition que subissent les spécialistes. Nous avons dénoncé cette situation scandaleuse de ne pas être égaux devant la loi, à savoir devant l’impôt. Il n’y a aucune raison pour que des primes et indemnités soient versées à deux corps différents par le même ministère et avec une imposition dont l’une à 10 % et pour nous à hauteur de 35 %.
Nous avons déjà saisi le ministère à plusieurs reprises et même la commission des finances de l’APN au moment des discussions pour l’adoption de la loi de Finances pour le règlement de cette situation, car il faut un décret rectificatif d’un article de la loi de finances 2010 qui consacre cette anomalie. Et enfin, le dossier du statut particulier sur lequel nous sommes très à l’aise.

Justement, à propos du statut particulier des praticiens spécialistes de la santé publique, est-ce que le projet de la révision du statut a été finalisé et validé par votre syndicat et le ministère de la Santé ?
Je tiens à souligner que, contrairement à d’autres corps, la révision du statut particulier des spécialistes est finalisée et remise à la Fonction publique en 2011. Cette récente révision est pratiquement la même, nous avons juste actualisé un ou deux points. C’est pratiquement les mêmes articles à amender, que ce soit en termes de glissement catégoriel, mettre fin aux discriminations de la rémunération des postes supérieurs ou des conditions d’accès aux postes supérieurs, ou même dans l’appellation des praticiens spécialistes en praticiens hospitaliers. On a insisté auprès du ministère que ces amendements, qui datent de 2011, sont l’œuvre d’un seul syndicat qui est le Syndicat des spécialistes de la santé publique et qui est le seul qui représente les spécialistes depuis près de trente ans. Lors de la réunion avec la commission chargée du dossier de la révision des statuts particuliers de la santé, le 27 octobre dernier, où nous avons été informés des réserves émises par la Fonction publique et que même certains amendements ont été annulés sans aucune argumentation, dans la semaine qui a suivi, nous avons répondu au ministère que nous maintenons notre position. Le ministère est tout à fait d’accord avec nous concernant les amendement nécessaires et s’est engagé à défendre cela auprès de la Fonction publique.

Quels sont les autres points abordés et les défis qui restent à relever ?
Nous avons également abordé les différentes entraves aux activités syndicales. Le ministre a dit clairement que la loi doit être appliquée sans dépassement de la part de certains gestionnaires et que tous les problèmes d’entraves syndicales, s’ils ne sont pas réglés au niveau local seront présentés au niveau du ministère pour être pris en charge. Le ministre nous a également confortés dans le rôle du syndicat en tant que partenaire dans tous les domaines du ministère de la Santé et notamment dans le domaine scientifique. Il a salué l’initiative du SNPSSP, qui est un des rares syndicats à avoir une activité scientifique régulière depuis 18 ans et qui contribue à la formation médicale continue. Il nous a encouragés à continuer dans ce sens. Le ministre nous a également conviés à être des partenaires dans tout ce qui concerne les réformes de la santé en apportant nos propositions afin de relever les défis qui attendent le secteur de la santé et cela dans un esprit de concertation et de dialogue responsable et constructif.