La situation des services de réanimation à propos de laquelle a été tirée la sonnette d’alarme, ainsi que la vaccination et le déficit en communication qui l’entoure sans oublier les mesures sanitaires conditionnant l’entrée en Algérie sont autant de sujets sur lesquels le Dr Mohamed Yousfi a apporté des éclairages dans cet entretien accordé à Reporters.

Entretien réalisé par INES DALI
Reporters : Le constat ces derniers jours est que les services de réanimation dans les hôpitaux sont sous une forte pression et arrivent presque à saturation. Bientôt, ils ne seront plus en mesure d’assurer de lits pour les cas Covid. Qu’est-ce que cela traduit-il ?
Mohamed Yousfi : En effet, ces services reçoivent de plus en plus de malades Covid, car il y a de plus en plus de cas confirmés, donc plus de cas graves et plus de cas en réanimation. Cependant, il ne faut pas oublier que la situation aussi bien dans les services Covid que dans les services de réanimation au niveau des hôpitaux doit évoluer et que ceux-ci doivent s’adapter à la situation épidémiologique du pays. La directive de l’année dernière, dès l’apparition de la maladie chez nous, est très claire. Plus il y a de cas Covid, plus il faut réserver de services Covid dans les hôpitaux. Il en est de même pour les services de réanimation. Ce qu’il faut comprendre, c’est que le pays dispose de plus de capacités de réanimation que les lits qui lui sont actuellement réservés. Je m’explique : il y a beaucoup de services qui ont repris leurs activités initiales et qui disposent de services de réanimation. Dans le cas où le besoin se fait ressentir, et comme la directive de 2020 le stipule, ces services-là peuvent mettre à disposition des cas Covid les lits de réanimation dont ils disposent. Il y a aussi tout le personnel spécialisé comme les anesthésistes-réanimateurs, etc. qui peut être mobilisé.
Ce sont donc des services de réanimation entiers avec tout le personnel qu’il faut qui peuvent être convertis pour le Covid. Chez nous, à l’EPH de Boufarik, on n’a pas arrêté d’accueillir et d’hospitaliser les malades atteints par le coronavirus depuis février 2020. Notre personnel n’a pas arrêté le travail depuis une année et il n’a pas pris de repos durant la période de congé l’été dernier où on a dû faire face à la forte hausse de la pandémie en juillet. Si les cas continuent d’augmenter, il faudra s’adapter et utiliser plus de capacités existantes. Il ne faut donc pas faire l’amalgame entre la saturation des services de réanimation consacrés actuellement aux malades Covid et les capacités réelles, humaines et matériels, dont on dispose et qui peuvent venir en appoint en fonction de l’évolution de la situation épidémiologique.

La vaccination peine à prendre son envol et il est fait état de 17% de taux de vaccination, avec un afflux faible des citoyens dans les chapiteaux réservés à cet effet dans les places publiques comparativement à l’engouement des premiers jours, et ce, malgré la disponibilité des doses de vaccin actuellement. La réticence serait-elle due à ce qui se dit autour du vaccin AstraZeneca ?
Je ne comprends pas d’où vient le taux de 17%, comment est-il calculé. En prenant en considération les déclarations de la directrice générale de la pharmacie du ministère de la Santé, l’Algérie aura importé 5,5 millions de doses d’ici à la fin de juin. Nous ne sommes pas encore à la fin du mois, donc nous n’avons pas encore eu toute cette quantité, comme nous n’avons pas encore utilisé toutes les doses actuellement disponibles. Maintenant, je parle de l’objectif fixé de 20 millions de personnes à vacciner. On va dire que nous avons eu jusque-là 4 millions de doses et que nous les avons toutes administrées, cela voudra dire que nous aurons vacciné au maximum 2 millions de personnes sur l’objectif de 20 millions pour atteindre l’immunité collective. Nous sommes donc très loin de notre objectif fixé, car il s’agit d’atteindre une immunité collective et cela exige une vaccination massive. A supposer qu’on prenne en compte les 5,5 millions de doses totalisant toutes les quantités reçues jusqu’à fin juin, dans tous les cas, cela donne moins du quart qui aura été vacciné à cette échéance, et ce n’est pas suffisant.
Pour réussir une campagne de vaccination, il faut que les vaccins soient disponibles et il faut aussi une bonne communication et une bonne sensibilisation pour faire adhérer les réticents, notamment par rapport au vaccin cité. Je pense que tous les vaccins importés par l’Algérie sont efficaces, le russe, le chinois et l’AstraZeneca. Maintenant, pour ce dernier, c’est vrai qu’il y a eu un temps une courte période de suspension dans certains pays européens mais ils ont tous repris la vaccination avec, certains le limitant à une certaine catégorie d’âge, les 55 ans et plus. Mais tout cela doit être expliqué aux citoyens pour qu’ils comprennent et ceci passe par la sensibilisation et la communication au lieu de les laisser prendre les informations sur les réseaux sociaux, en proie aux fake news, etc. Le ministère de la Santé doit communiquer, or on ne le voit pas le faire. Il faut aussi expliquer et convaincre les citoyens que la vaccination est le seul rempart contre la pandémie de coronavirus, comme il faut leur dire que le vaccin n’empêche pas une personne d’attraper le coronavirus, mais il l’empêche de faire une forme grave de la maladie. Mais après les avoir convaincus, les citoyens doivent trouver le vaccin quand ils se dirigent vers les centres ou les chapiteaux. Normalement, les choses iront mieux cet été puisque la vaccination a bien avancé dans beaucoup de pays et il y aura, donc, plus de quantités de vaccins disponibles sur le marché, ce qui facilitera leur acquisition.

Certaines voix se demandent s’il ne faut pas rendre la vaccination obligatoire si la réticence persiste…
La vaccination n’est pas obligatoire et, jusqu’à présent, aucun pays ne l’a fait. On ne peut pas obliger les gens à se faire vacciner. Ce qu’il y a, dans les pays où la vaccination a avancé, c’est une condition pour accéder à certains endroits, comme les restaurants par exemple, où ce n’est permis que pour les gens vaccinés.

Il semblerait qu’il y ait une réflexion pour revoir le confinement des voyageurs entrant en Algérie après l’ouverture partielle de l’espace aérien et que la tendance serait vers sa suppression. Qu’en pensez-vous ?
Quand la communauté médicale a appelé à la mise en place de mesures sanitaires strictes au niveau des frontières, c’était basé sur des données scientifiques. Rappelez-vous que les trois variants détectés en Algérie ont été introduits par les frontières et que tout le monde s’était alors demandé pourquoi n’y avait-il pas eu de rigueur en la matière notamment au niveau des aéroports. Il faut savoir que ces mesures sont fonction de la situation épidémiologique dans notre pays et dans les pays d’où viennent les voyageurs. C’est indissociable.

Maintenant, on sait que les pays d’où viennent nos ressortissants, notamment la France, l’Espagne, etc., ont beaucoup avancé dans la vaccination. Certains voyageurs sont vaccinés et d’autres ont des tests RT/PCR négatifs de moins de 36 heures. Mais même quelqu’un qui a son test négatif, rien ne dit qu’il n’a pas contracté le coronavirus entretemps, sans le savoir, ce qui fait qu’il va le transmettre à sa famille et autour de lui…
A leur arrivée en Algérie, il faudra alors garder le test antigénique pour ces voyageurs et leur demander de rester confinés à domicile – la plupart viennent voir leurs familles – au moins durant le premier jour. C’est ce que font certains pays. Il a été annoncé que parmi les 12000 voyageurs entrés en Algérie depuis la reprise partielle des vols, seuls deux avaient le Covid-19, des cas légers, et dont l’un était vacciné. C’est un nombre vraiment minime.
J’insiste, toutefois, que les mesures sanitaires et le protocole au niveau des aéroports dépendent de la situation épidémiologique dans notre pays et dans les pays de provenance des voyageurs, car il n’y pas que nos ressortissants, il y a aussi les ressortissants étrangers qui travaillent en Algérie. Par exemple, ces jours-ci, des pays ont songé à repasser au confinement comme la Grande-Bretagne qui a connu une poussée du variant Delta ou encore le Portugal qui a enregistré une forte hausse des cas de Covid-19. Si nous devons recevoir des voyageurs de ces pays, il est clair que les mesures seront bien plus strictes pour eux en raison de la situation épidémique du pays de leur provenance. Il faut que nous restions vigilants en maintenant les précautions qui s’imposent en fonction de la situation.