de la gestion de la pandémie »

Entretien réalisé par Sihem Bounabi
Reporters : Tout d’abord, est-ce que la situation épidémiologique est toujours stable et que l’accalmie se confirme dans le temps ?
Dr Mohamed Yousfi : L’accalmie se poursuit avec une situation épidémiologique qui se stabilise et où on enregistre entre 0 et 2 ou 4 cas par jour depuis maintenant plus de deux mois. C’est donc le calme plat d’un point de vue épidémique. C’est la tendance actuelle dans la plupart des pays même si dans certains il y a encore le virus qui circule. Mais même dans ces pays, que ce soit en Asie ou dans des pays européens, le virus est en train de régresser. Il s’agit surtout du variant Omicron et des sous-variants B4, B5, qui y circulent. Le constat fait par les spécialistes à travers le monde c’est que même si ce variant et ses sous-variants sont plus contagieux, ils sont moins virulents.
Pour preuve, toutes les mesures de prévention, dont le port masque, ont été levées dans les transports et les lieux clos dans plusieurs pays ; ce qui prouve que même si le virus continue de circuler actuellement on considère que l’on peut vivre avec.
Malgré cette accalmie, les spécialistes n’éliminent pas à 100% l’émergence d’un variant qui pourrait être dangereux. Tant que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a pas annoncé la fin de la pandémie, la vigilance reste de mise tout en vivant avec le virus. Et lorsqu’on dit vigilance, il s’agit essentiellement de vaccination.

Justement, quel est votre commentaire sur la campagne de vaccination qui est en berne en Algérie depuis quelque temps et est-ce que vous préconisez la poursuite de la vaccination contre la Covid ?
Il est toujours important aujourd’hui de vacciner les personnes âgées et les malades chroniques afin de les protéger contre un risque de contamination à la Covid-19, car ils ont des risques de complications beaucoup plus importants que le reste de la population. Le constat amer est qu’en Algérie la campagne de vaccination est en berne depuis des mois et, même au plus forts des 3e et 4e vagues. Dans les autres pays même s’il y a aussi un constat de ralentissement de la vaccination. Ils ont atteint dans les pays développés des taux de 80 à 90 % de la population vaccinée. Chez nos voisins le taux est supérieur à l’Algérie, puisque nous avons eu la confirmation qu’au Maroc, il a atteint 60% et en Tunisie, il a largement dépassé 50%, alors que chez nous, on arrive à peine à dépasser les 30%.

Comment expliquer cette réticence des Algériens à se faire vacciner ?
Il y a plusieurs éléments qui peuvent expliquer cette réticence, notamment la stratégie de la campagne de vaccination par rapport au ministère de la Santé, le fait que les pouvoirs publics n’ont pas été fermes concernant l’obligation de vaccination pour certaines catégories de professionnels, dont ceux de la santé, la désinformation notamment à cause des défaillances de la stratégie de communication sur la vaccination. Lorsque l’on rassemble tous ses éléments, c’est logique que l’on arrive à un faible taux de la population algérienne vaccinée. Malgré cela, en tant que spécialistes, on continue à préconiser le vaccin surtout pour les personnes les plus vulnérables, car même pour l’Omicron, il y a un risque qu’il soit virulent lorsqu’il contamine un sujet âgé ou un malade chronique.

La Covid-19 était le thème principal du Congrès international d’infectiologie, organisé par la Société algérienne d’infectiologie que vous présidez, pourriez-vous nous donner plus de détails sur cette rencontre scientifique ?
Le Congrès international d’infectiologie s’est déroulé dans de très bonnes conditions du 13 au 15 mai à Oran, effectivement, avec pour thème principal « la Covid-19 » qui a été abordé sous tous ses aspects, qu’ils soient cliniques, de prise en charge des malades, de son impact et de ses conséquences. Deux autres thèmes ont également été abordés, en l’occurrence l’antibiothérapie des infections liée aux soins et les infections d’inoculation.
Je rappelle que ce congrès a été reporté à deux reprises, ces deux dernières années, à cause de la Covid, parce que, d’une part, la Société algérienne d’infectiologie tenait à relever le défi du déroulement de l’événement en présentiel et, d’autre part, du fait que les infectiologues étaient les plus exposés, et en première ligne de la lutte contre la pandémie de la Covid-19.
Cette rencontre a rassemblé des spécialistes en infectiologie, dont des infectiologues mais aussi des internistes, des réanimateurs, des virologues, des microbiologistes, des épidémiologistes de plusieurs wilayas du pays mais aussi des invités, des experts étrangers, de France, de Tunisie, du Maroc et du Tchad. Ainsi, il y a eu une participation très importante d’Algériens et d’étrangers, que ce soit en présentiel ou en vidéoconférence avec un niveau d’interventions et de conférences très haut suivi par des débats de qualité et d’intéressants échanges d’expériences. Il y a eu, également, un symposium des laboratoires pharmaceutiques sur les trois thèmes principaux mais, également, sur le VIH et l’hépatite virale. En plus des différentes interventions et conférences orales, il y a eu aussi 125 communications affichées sur la plateforme numérique.

Quel a été le principal constat ou recommandation concernant la pandémie de la Covid lors de ce congrès ?
A travers l’échange des expériences, en attendant la synthèse des travaux de ce congrès, le premier constat est que, malgré l’existence d’un plan pour lutter contre les épidémies qui existe sur papier, sur le terrain, et surtout en Algérie, on s’est retrouvés avec d’énormes problèmes et des difficultés qui ont été rapportés par les intervenants. La recommandation essentielle est qu’il est crucial de tirer des leçons de ces dysfonctionnements et de ses anomalies pour être mieux armés pour d’éventuelles épidémies à l’avenir.
Il s’agit surtout de revoir les mécanismes de prise en charge des malades d’un point de vue organisationnel et de coordination qui sont les deux principaux points qui ont été défaillants dans cette lutte contre la pandémie. Il est aussi important de revoir les anomalies de gestion pour qu’elles ne puissent plus exister, d’autant plus que l’OMS a soulevé le risque que l’on soit appelés à affronter d’autres épidémies à l’avenir.

Et concernant les deux autres thèmes, en l’occurrence les infections associées aux soins et les infections d’inoculation ?
Il a été principalement posé la problématique des infections associées aux soins au niveau des structures de santé et l’utilisation souvent abusive des antibiotiques et ses conséquences de résistances. Lorsqu’on utilise mal les antibiotiques et de manière anarchique, les conséquences sont catastrophiques car ce sont des armes que l’on va perdre.
Concernant l’antibiothérapie, les experts ont insisté d’abord sur une meilleure formation des prescripteurs dans l’utilisation des antibiotiques. Il est vraiment important que les praticiens soient mieux formés au niveau de l’université en formation continue sur le bon usage des antibiotiques et, ensuite, il faut absolument appliquer et respecter la réglementation et les procédures concernant l’hygiène dans les structures hospitalières. Ceci notamment en concrétisant sur le terrain les comités d’antibiotiques qui pourtant existent sur papier. Il faudrait également réactiver le comité de lutte contre les infections nosocomiales. C’est ainsi que l’on pourra diminuer les infections liées aux soins et préserver notre capital d’antibiotiques. On est en train de perdre de plus en plus, à cause des résistances, l’efficacité des antibiotiques au point où il y a des impasses thérapeutiques.
Quant aux infections des inoculations avec ses différentes variétés d’infections, cela concerne notamment les infections dues aux morsures, comme la rage, la fièvre due aux tics des chiens et la peste que l’on a eu quelques années au niveau d’Oran.
Je trouve que c’est inacceptable que l’on ait encore des cas de rage en Algérie, où en moyenne, il y a 15 à 20 cas par jour. Je tiens à alerter que la rage est mortelle.
Là aussi, les intervenants ont recommandé le respect de la réglementation en termes d’applications des directives du ministère de la Santé concernant les morsures, avec une concertation avec les départements ministériels. Là, également, il y a des efforts importants à faire, notamment de la part des collectivités locales pour lutter contre les chats et les chiens errants mais aussi au niveau de la santé, en renforçant le circuit de la prise en charge du malade, victime de morsures en procédant rapidement à la vaccination car c’est la seule manière de lui sauver la vie. n