PAR INES DALI
L’Algérie a décidé d’ouvrir ses frontières aériennes à partir du 1er juin de et vers une seule destination dans un premier temps, la France l’occurrence, en attendant d’autres dessertes. Cet unique choix pour une première étape est loin de satisfaire les ressortissants algériens installés ou bloqués dans d’autres pays. Ils se posent des questions et veulent comprendre pourquoi sont-ils privés de pouvoir rentrer au pays en même temps que ceux qui se trouvent en France. Serait-ce dû à une difficile gestion du flux des voyageurs par rapport à la situation épidémiologique ? A-t-on peur d’introduire d’autres cas de Covid-19 et de ses variants alors qu’un protocole sanitaire est mis en place ? Le Dr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l’EPH de Boufarik (Blida), estime que «sur le principe scientifique, en tant que spécialiste, le protocole sanitaire est le même pour les voyageurs qui viennent de pays qui ont des situations épidémiologiques identiques».
Pour lui, il est clair maintenant que le protocole sanitaire va, bien sûr, changer lorsque les voyageurs viennent d’un pays où il y a une épidémie très importante avec beaucoup de variants. «D’ailleurs, même le ministère de la Santé a parlé de mesures spécifiques des voyageurs qui viennent de pays comme l’Inde, la Turquie. Mais pour les voyageurs qui viennent de France, d’Italie, d’Espagne ou encore d’Allemagne ou de Grande-Bretagne, normalement il n’y a pas de problème puisque, chez eux, actuellement, l’épidémiologie est la même, en régression, même si ce n’est pas au même niveau qu’en Algérie», a indiqué Dr Yousfi, notant qu’étant donné que la situation épidémiologique est identique dans ces pays, le protocole sanitaire est le même.
Il relèvera, toutefois, que la décision de n’ouvrir l’espace aérien que de et vers la France est «une décision qui relève des pouvoirs publics». Il poursuit qu’ouvrir les frontières maintenant seulement pour la France et non pour les autres pays qu’il a cités «ne repose pas sur le côté scientifique ou épidémiologique». En revanche, «qu’on traite différemment les voyageurs qui viennent de France ou d’Inde, là c’est d’accord, parce que la situation épidémiologique particulièrement en termes de variants est différente», a-t-il fait remarquer.
Pour notre interlocuteur, une autre lecture peut aussi être faite concernant le choix de la France comme premier pays pour rétablir les vols. «Peut-être parce qu’il y a un nombre beaucoup plus important des ressortissants algériens en France qu’ailleurs, c’est probable que ce soit cela la raison». D’ailleurs, en février dernier, a-t-il rappelé, il y avait trois vols de rapatriement de Paris alors que les vols vers d’autres pays avaient complètement disparu. Il suppose également que la décision de ne pas avoir un très grand flux de voyageurs est «peut-être dû au côté logistique, peut-être pour une meilleure capacité de contrôle sanitaire». «Mais le protocole appliqué pour les pays européens dans leur ensemble, à part la Turquie, c’est le même», a-t-il insisté.
En tout état de cause, il dit confirmer que «d’un point de vue scientifique, on peut recevoir des voyageurs pratiquement de tous les pays européens». Et au Dr Yousfi de noter que généralement, en Europe, la vaccination a considérablement avancé, notamment en Grande-Bretagne, un pays dans lequel la décrue de l’épidémie a commencé avant les autres.
Le Dr Yousfi, qui est également président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSSP), qui avait estimé le taux de vaccination en Algérie à 1% il y a environ un mois, affirme qu’il ne peut pouvoir en donner un autre actuellement, car celui donné auparavant était en fonction des doses de vaccins qui avaient été réceptionnées, car «on pouvait supposer que ces doses ont été toutes, ou du moins en grande partie utilisées.
Maintenant, il y a des doses qui ont été livrées vendredi dernier et il ne peut y avoir une estimation plus ou moins proche de la vaccination. «Je dirai que nous sommes peut-être aux environs de 2% au maximum», a-t-il dit, tout en expliquant cela par le nombre de doses reçues jusque-là.

Déficit communicationnel
Là encore, il relève le déficit en communication sur le volet vaccination. «On ne peut pas donner le chiffre réel de la population vaccinée. Ce sont normalement les autorités sanitaires qui doivent le communiquer», a-t-il regretté. Sur ce point, il y a lieu de relever que seul un chiffre approximatif de «10.000 personnes vaccinées dans la capitale depuis janvier» révélé par Redouane Fekhakh, directeur d’un centre sanitaire de proximité Bouchenafa à Sidi M’hamed, dans une intervention à la Radio nationale. Pour le chef de service des maladies infectieuse de l’EPH de Boufarik, le ministère de la Santé devrait «communiquer sur le calendrier vaccinal, nous dire ce qu’il prévoit de faire pour que nous puissions, nous les praticiens de la santé, savoir ce que devons faire à notre tour».
A la façon dont se passent les choses actuellement, «il est clair qu’ils n’ont aucune visibilité», a-t-il tenu à souligner. «Et vu que nous avons raté le coche au début de la stratégie vaccinale par rapport à d’autres pays, nous sommes maintenant prisonniers de l’arrivée des doses, avec des fournisseurs qui n’ont pas respecté leurs engagements, comme c’est le cas pour le vaccin russe Sputnik V. Les doses contractuelles qui restent n’ont pas été livrées jusqu’à présent, malgré le paiement par avance, chose que le ministre a lui-même reconnu», a déploré notre interlocuteur.
Il a soutenu, par ailleurs, que les nouvelles quantités reçues ne sont pas suffisantes du moment que pour limiter la pandémie, il nous faut au moins 30 millions de doses afin de pouvoir réaliser l’immunité collective.
L’Algérie prévoit un total de 40 millions de doses pour vacciner 70% de la population et, dans ce cas, «on est encore loin du compte», a conclu Dr Yousfi. <