La situation épidémiologique qui affecte les activités non-Covid risque de se compliquer davantage avec la hausse des cas et si les gestes barrières continuent d’être ignorés, d’autant que les variants font de plus en plus parler d’eux et incitent les spécialistes à appeler les citoyens à redoubler de vigilance plutôt que de faire preuve de négligence.

PAR INES DALI
Les pouvoirs publics ont également un rôle important à jouer en matière de contrôle du respect des mesures sanitaires de prévention. Un contrôle qui, pour l’heure, semble avoir complètement disparu, alors que la dissuasion est également un outil de lutte contre la pandémie de la Covid-19, selon le Dr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik, dans la wilaya de Blida.
La hausse des cas confirmés de coronavirus, qui s’est installée bien au-dessus des 100 cas par jour et s’est même rapprochée des 200 (187 cas mardi) n’est pas sans effet sur les hôpitaux et sur le personnel médical qui aspire à un peu de répit après une année sans relâche de prise en charge des malades Covid. Dans certains hôpitaux, les activités non-Covid sont justement affectées, car elles n’ont pas pu reprendre leur cours d’avant la pandémie, comme c’est le cas à l’EPH de Boufarik, qui est la structure de santé de référence Covid, étant la première du pays à avoir reçu et soigné ces malades. Le nombre des contaminations qui est en train de remonter est bien ressenti dans cet hôpital.
«Il y a une augmentation des cas qui est progressive, mais qui est tout de même ressentie au niveau de l’hôpital», nous a déclaré le Dr Yousfi, qui déplore une telle situation après la relative accalmie. «Aujourd’hui, nous sommes passés à 30 malades, alors qu’il y a à peine une semaine on tournait avec 10 ou 15 malades au maximum», a-t-il fait savoir. En fait, l’hôpital de Boufarik avait «un taux d’occupation des lits d’hospitalisation autour de 10 à 15% et maintenant ce taux est autour de 25 à 30%», selon notre interlocuteur.

Inquiétude sur le type de contamination
Le plus inquiétant pour les personnels soignants, c’est que lorsque les cas confirmés de Covid-19 sont hospitalisés au début, ils ne sont répertoriés que d’après les tests de la PCR car l’opération de séquençage nécessite plus de temps, environ trois ou quatre jours de plus, selon Dr Yousfi. Les médecins et autres soignants ne savent donc pas s’ils ont affaire à un malade porteur de la souche initiale de Covid-19 ou porteur de l’un des deux variants. «Ceci est inquiétant car on ne sait pas quel type de malade nous avons en face et nous devons redoubler de vigilance devant le risque d’être contaminés par ces variants dangereux qui se propagent très très vite», soutient notre interlocuteur. «Le ministère de la Santé est d’ailleurs appelé à communiquer sur ces variants et à donner plus d’informations utiles pour les personnels soignants», a-t-il indiqué, expliquant que les médecins ont besoin de connaître la situation réelle de la pandémie dans le pays maintenant qu’il y a les variants britannique et nigérian connus pour leur rapide propagation.
«Par exemple, lorsqu’on nous annonce 200 cas par jour, il faudrait qu’on nous donne aussi le pourcentage des cas de variants par rapport au total des cas recensés. Il faut aussi qu’on nous dise à quel temps «t», c’est-à-dire quand, ces cas ont été détectés puisque le séquençage prend trois ou quatre jours. Et ça, c’est le travail de la tutelle ou du Comité scientifique mais pas celui de l’Institut Pasteur d’Algérie qui, lui, donne un nombre cumulé une fois par semaine dans un communiqué».
Pour le Dr Yousfi, qui est également président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP), les médecins ont besoin de plus de données et d’informations afin de pouvoir prendre les décisions adéquates, surtout que ces variants sont caractérisés par une «très forte contagiosité», citant à titre d’exemple le variant nigérian qui circule actuellement en Algérie. Et au Dr Yousfi de réitérer que «la tutelle devrait donner la part des variants en circulation dans le total des cas annoncés». La hausse des cas n’est pas sans affecter les activités non-Covid, notamment à l’hôpital de Boufarik alors que dans d’autres hôpitaux, un retour à la normale se fait progressivement. Le chef de service des maladies infectieuses en témoigne. «Nous sommes très affectés au niveau de l’EPH de Boufarik. Les activités non-Covid sont très impactées parce que c’est l’hôpital qui a le plus de malades en Algérie», a-t-il insisté. Cette structure a reçu plus de 4 000 malades qui ont été hospitalisés depuis une année et plus de 25 000 personnes suspectées de la Covid qui sont passées aux urgences. C’est dire le lourd fardeau qu’ont dû assumer les personnels de cet hôpital depuis plus d’une année, a-t-il noté.

Citoyens et pouvoirs publics, à chacun sa responsabilité
Durant cette année, tous les services de cet hôpital ont été réservés à la Covid, seuls les services de la maternité et les «urgences» sont restés non-Covid. «Récemment, avec la décrue des cas confirmés, on a libéré le service de chirurgie qui a commencé à reprendre son activité. Mais les malades des services de médecine interne et de l’infectieux sont pénalisés jusqu’à présent et ne sont pas pris en charge, alors que le service des maladies infectieuses prend en charge les malades de neuf wilayas !», a déploré le Dr Yousfi. Les lits d’hospitalisation sont toujours «réservés aux malades Covid au maximum, soit 90%» des lits. «Beaucoup de malades sont en effet pénalisés», a regretté le chef de service infectieux, citant, entre autres, les malades atteints d’hépatite, de VIH, etc., pour lesquels il ne peut y avoir d’hospitalisation en l’état actuel des choses. Non seulement les malades sont pénalisés, mais il y a lieu de noter que la hausse des cas impacte également le personnel sur le pied de guerre «depuis près de quatorze mois, soit depuis le 29 février 2020, date à laquelle nous avons reçu les premiers cas», a rappelé le Dr Yousfi. Au passage, il a tenu à lancer un appel aux citoyens qui ont carrément «abandonné les gestes barrières, surtout le port du masque, et ce, partout, dans les marchés, dans la rue, les transports publics, etc.».
Son appel va également aux pouvoirs publics qui doivent continuer d’assurer sa mission de contrôle, comme dans tous les autres pays du monde.
«On voit bien que le contrôle est absent, ce n’est pas comme avant. Dans tous les pays du monde, les citoyens sont récalcitrants, mais il y a normalement aussi les mesures dissuasives des pouvoirs publics à travers les amendes ou autre…», a tenu à relever le Dr Yousfi, soulignant que dans le cas contraire, la pandémie pourrait prendre une autre tournure, surtout que la vaccination continue d’être lente… n