Reporters : Quelle lecture faites-vous des chiffres actuels des cas de la Covid-19 en Algérie ?
Dr Mohamed Bekkat Berkani : Il y a une inflexion de la courbe des cas confirmés. Ce qui est une bonne nouvelle. Si la tendance baissière se confirme, nous pourrons dire que l’épidémie est en train de basculer vers le bas. Avec les nouvelles mesures adoptées, dont celles de maintenir de confinement dans un certain nombre de wilayas et des horaires qui sont en fonction des cas déclarés, et surtout l’obligation légale du masque. Mais il faudrait que cette obligation soit respectée. Il faut respecter cette loi. C’est une loi sanitaire qui préserve la santé de toute la population. Il faut que nos concitoyens comprennent que le port du masque les protège eux ainsi que tout leur entourage, tous leurs contacts. Si un porteur sain ne porte pas le masque, il doit savoir qu’il risque de contaminer tous ceux qui entrent en contact avec lui. Il faut une prise de conscience accompagnée d’une responsabilité que nous avons envers les autres.

Vous parlez d’une courbe en inflexion, tendrait-on vers la fin de l’épidémie ?
Nous ne pouvons rien avancer pour le moment, car une évaluation ne peut se faire qu’après plusieurs jours et pas sur deux ou trois jours seulement de cette baisse constatée. C’est encore une situation qui reste à confirmer les jours à venir. Personne ne peut rien prévoir. Attendons de voir si la tendance baissière se confirme.

Justement, des écueils sont signalés par rapport aux diagnostics. Pourrait-on assister à la déclaration de plus de cas les prochains jours après la levée de ces écueils et un dépistage plus important ?
Je rappelle que l’Algérie a 26 stations de dépistage. Sur ces 26, il se peut qu’il y en ait qui ont rencontré des soucis ou une indisponibilité de certains produits de deux ou trois jours pour des raisons techniques. Il faut savoir que l’Algérie est le seul pays africain et probablement du tiers-monde qui possède autant de stations de dépistage, autant d’appareils et de tests de dépistage à disposition. Il y a des pays, par exemple, qui n’ont que deux stations de dépistage pour une population dont le nombre est à peu près similaire au nôtre. L’Algérie et l‘Afrique du Sud sont les mieux classées dans le continent africain. Il faut savoir que les difficultés techniques sont vite rattrapées. Quant à la question de savoir s’il y aura plus de cas après résolution des difficultés techniques pour certaines stations de dépistage, je pense qu’il n’est pas aisé d’y répondre et qu’il faudra attendre quelques jours pour le savoir.
Ce qui compte aujourd’hui, plus que jamais, c’est la compliance, c’est-à-dire le bon suivi, de la population. Il faudrait que nos concitoyens comprennent définitivement l’obligation et l’utilité de respecter les mesures de prévention dont le port du masque dans l’espace public. Il faudrait faire respecter cette loi, car nos concitoyens doivent saisir que plus ils se conformeront à cette loi de porter le masque, plus vite on endiguera la propagation du virus et, par conséquent, plus vite on sortira de cette situation de confinement.

La situation de confinement est, d’un côté, presque rejetée par une partie de la population en raison de ses conséquences sur le plan économique et social et, d’un autre côté, saluée par une autre partie qui reconnaît que c’est la seule solution qui permet de freiner la propagation de la Covid-19 et de préserver sa santé. A votre avis, comment pourrait-on trouver un équilibre entre ces deux aspects dans la perception du confinement ?
La responsabilité de l’Etat et des gouvernants, c’est-à-dire le Premier ministère, le gouvernement et le président de la République, doivent avoir en main tous ces éléments. D’abord « il faut préserver la santé des Algériens», comme l’a déjà déclaré le Président, alors, pourquoi penser que la priorité est à l’ouverture des magasins d’habillement, de chaussures, de la zlabiya, comme on l’a vu au Ramadhan, etc. Est-ce vraiment une priorité quand on sait qu’il y a des gens qui continuent d’être contaminés par le coronavirus et qu’il y en a d’autres qui y laissent leur vie ?
Ce qui serait à même de résoudre cette crise ou, du moins, de minimiser autant que faire se peut ses effets sur la vie économique et sociale, c’est de respecter convenablement ce confinement partiel ainsi que toutes les autres mesures de prévention qui l’accompagnent pendant quinze jours, à savoir port du masque obligatoire et respect de la distanciation physique, on ne le dira jamais assez. Qu’est-ce que cela coûte-t-il aux récalcitrants de se conformer pendant cette période, sachant qu’au bout de ces quinze jours les choses iront mieux sur tous les plans, économique, social et sanitaire. Si le confinement avait été convenablement respecté pendant le Ramadhan, je pense qu’on n’en serait pas à le prolonger encore.
Quand on arrivera, à titre indicatif, à 20 cas par jour, on pourra se dire qu’on s’en est sorti. Pour le moment, ce n’est malheureusement pas encore le cas, alors que la solution est entre nos mains, entre les mains de chacun de nous en tant que citoyens.

Que pensez-vous des derniers développements de la situation entre l’Organisation mondiale de la santé et les Etats-Unis après que ces derniers aient, notamment, annoncé qu’ils allaient rompre leur relation avec l’Organisation ?
Je pense que le président des Etats-Unis doit avoir ses raisons qu’il juge valables, dans la mesure où il a, semble-t-il, accusé l’OMS de ne pas avoir joué son rôle. Je pense, personnellement, que l’OMS a été dépassée par cette crise depuis le début, surtout lorsqu’on se rappelle ses atermoiements par rapport à la déclaration de la situation de pandémie. Le dernier fait en date est sa décision tout à fait unilatérale par rapport à l’usage de la Chloroquine et ses dérivés et qui est basée sur des travaux scientifiques que le Pr Didier Raoult a qualifiés de «foireux». C’est tout de même bizarre de recommander de suspendre «les essais cliniques», alors que chez nous, par exemple, ce ne sont pas des essais, c’est un traitement qui a donné des résultats probants. Et pas seulement en Algérie, puisqu’il est utilisé dans de nombreux autres pays. Un traitement dont on peut dire qu’il a épargné plusieurs vies et les a sauvées partout où il a été utilisé. Cette dernière sortie de l’OMS est bizarre. Il faudrait qu’elle s’explique un jour.
En tous les cas, une chose est sûre, dans l’actuelle structure de l’OMS, il y a probablement trop de conflits d’intérêt à l’intérieur. Elle gagnerait à être un peu plus indépendante et à avoir plus de prérogatives. Mais le plus important, c’est qu’elle soit plus indépendante notamment de la politique et de la finance.