Reporters : Est-ce qu’il y a un travail de coordination avec les Affaires religieuses pour instruire les imams ?
Mohamed Bekkat Berkani : Il ne s’agit pas de coordination ni de seules instructions aux imams. Mais il y a des protocoles sanitaires qui ont été établis en commun il y a quelque temps, avant l’Aïd El Adha, avec tous les ministères, tous les secteurs d’activité. Il est clair que c’est sous certaines conditions que le Conseil de sécurité, présidé par le président de la République, a décidé l’ouverture progressive des mosquées en commençant par celles de plus de 1000 places. Il y a des conditions car c’est cela qui permettra de parer à l’afflux des fidèles et à la promiscuité à l’intérieur des mosquées.
Cela dit, les conditions seront déterminées par le Premier ministère pour exécution, étant donné qu’il faudra respecter les principes de distanciation physique et du port du masque obligatoire en plus d’un certain nombre de mesures sanitaires propres, comme, par exemple, ne pas allumer les climatiseurs pendant les offices, que chaque fidèle ramène son tapis de prière…

Quelles instructions seront données aux imams et comment vont-ils pouvoir les respecter ?
Ce n’est pas à nous de donner des instructions aux imams. Comme je viens de le dire, il s’agit de protocoles sanitaires établis en commun par le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus et les Affaires religieuses, ce sont des instructions générales et qui ont été déjà données au préalable, le rôle du Comité scientifique étant d’établir et de communiquer aux différents secteurs les règles à observer pour éviter la propagation du coronavirus. Quant au respect de l’ensemble de ces règles pas seulement par les imams mais par tous, seul l’avenir nous le dira.

Avez-vous prévu le cas de fidèles qui voudraient prier aux abords des mosquées le vendredi, étant donné que seules celles de 1000 places et plus seront ouvertes au début ?
La problématique se situe là : comment évaluer la capacité de la mosquée et y a-t-il la possibilité de faire la prière à côté ou aux abords de la mosquée. Je pense que ceci est faisable, car c’est le confinement à l’intérieur des mosquées si les gens prient les uns collés aux autres qui pose problème par rapport à la transmission du virus. Mais prier à l’air libre, en gardant la distanciation sociale, ça reste faisable. Mais il faut comprendre qu’on ne peut pas uniformiser une décision, chaque site a sa particularité.

Qu’en est-il des imams et des fidèles des petites mosquées qui s’estimeraient pénalisés et voudraient, eux aussi, faire leur prière dans les petits lieux de culte ?
Je pense que le plus important, c’est de garder la distanciation physique afin d’éviter de prier les uns collés aux autres et de porter un masque. C’est surtout cela qui doit être respecté.

Dans les mosquées concernées par l’ouverture, qui va se charger de la distribution du gel hydroalcoolique et veiller au respect du port du masque, sachant que les imams ne peuvent pas s’occuper de cela tout le temps ?
C’est une question à laquelle je ne peux pas répondre. C’est au ministère des Affaires religieuses de donner des injonctions aux imams, de leur dire de faire ceci ou cela, c’est à eux de s’organiser. Sinon, toutes les mesures sanitaires sont connues et c’est cela notre rôle au Comité scientifique.

La même appréhension quant au non-respect des mesures de prévention se posera au niveau des plages. Comment cela va-t-il se passer concrètement, sachant qu’il ne sera pas possible de mettre un camion de gendarmerie devant chaque site ?
Disons d’abord que les deux mesures d’ouverture des plages et des mosquées sont salutaires parce qu’elles viennent à point nommé. Nous avons d’abord une stabilisation, voire une baisse des cas quotidiens de Covid-19 comparativement avec d’autres pays et il faut dire que nous nous en sortons plutôt bien par rapport à eux, alors qu’eux, ils ont ouvert leurs plages, leurs lieux de culte.
Par conséquent, dans un pays comme le nôtre qui a 1200 kilomètres de côtes et où le seul loisir en été pour les citoyens est de fréquenter les plages, d’aller à la mer, il serait tout de même souhaitable et de bon augure de permettre, enfin, au peuple algérien d’aller en famille se changer les idées et passer des vacances, surtout après le confinement qui a duré des mois et des tas d’interdits. Aller à la plage est le seul grand loisir et plaisir de l’été et l’ouverture des plages est une mesure tout à fait salutaire et à saluer.
Quant au reste, ce n’est pas à moi de décider. Il faudrait que ce soit organisé, par exemple avec des préposés communaux ou la gendarmerie ou autre pour rappeler aux estivants de mettre leur bavette et de veiller à cela.
Il est clair que nous serons dépassés par le nombre, mais c’est une question d’organisation. Ceci dit, on remarque de plus en plus dans l’espace public, que ce soit dans la rue ou dans les magasins, que les gens portent leur masque, à part quelques exceptions, il y en a toujours. Mais en général, les gens commencent à s’habituer aux masques.

Nous savons qu’au niveau des plages, même la gestion des parkings est source de conflit. Commet cela va-t-il être géré à votre avis ?
Pour cela, je pense que c’est le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales qui doit gérer la question, l’organiser à travers les collectivités locales, les forces de sécurité locales. C’est le département de l’Intérieur qui organise et gère ce genre de situations.

Etes-vous d’accord avec ces nouvelles mesures, y a-t-il eu consensus au niveau du Comité scientifique ?
Le rôle du Comité scientifique est consultatif – sur le plan sanitaire – et non décisionnel. Les décisions sont prises par les plus hautes autorités de l’Etat en fonction de plusieurs facteurs. Le Comité scientifique veille à l’établissement des mesures préventives, des protocoles sanitaires pour les différents secteurs, etc. Ce n’est pas au Comité de dire qu’il faut fermer ou ouvrir tel ou tel lieu.

Qu’est-ce ce qui a prévalu dans le choix des décisions d’ouverture des plages et mosquées. A votre avis, est-ce pour des raisons socio-économiques ?
Oui, il y a les raisons socio-économiques, mais il faut aussi dire que l’Etat est soucieux du bien-être physique de la population mais aussi de son bien être psychologique. Pour l’ouverture des mosquées, je dirai que c’est un acte qui nous met en phase avec la religion. La religion est un élément psychologique, spirituel, qui nous manquait par rapport aux mosquées. Il y a aussi le bien être psychologique de pouvoir avoir des loisirs, et l’un des rares loisirs qui existent dans notre pays en été, c’est la plage. Tout cela est important et fait que l’Etat réfléchi au bien-être de la société.