La problématique de l’équité dans l’accès des vaccins entre les pays riches et les pays pauvres, ainsi que le constat effarant de la course aux profits financiers des grands laboratoires pharmaceutiques internationaux, qui détiennent le monopole sur la distribution des vaccin anti-covid, a été abordée, hier, par le docteur Mohamed Bekkat-Berkani, président de l’Ordre des médecins.

Par Sihem Bounabi
Intervenant sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale, Dr Mohamed Bekkat-Berkani a ainsi souligné que « les pays riches doivent comprendre que leur sécurité, malgré leur richesse économique, dépend du bien-être et de la sécurité des pays pauvres, sinon, à travers les interactions qu’il y a aujourd’hui dans le monde moderne, personne n’est à l’abri de ce genre de pandémie».
Le Dr Mohamed Bekkat Berkani a salué la position du Chef de la diplomatie algérienne, Sabri Boukadoum, présent au Sommet du G20, pour « rappeler aux puissants de l’économie mondiale, la noblesse du devoir envers les pauvres du monde ». Il affirme que « le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, a parfaitement raison de mettre l’accent sur cette situation paradoxale, dénoncée par l’OMS même », mettant en relief « un monopole flagrant et agressif par certains laboratoires, détenteurs de la propriété de brevets de vaccins, faisant fi de tout esprit humanitaire pour faire chanter des pays qui n’ont pu avoir accès, par pauvreté, au vaccin ». Le président de l’Ordre des médecins a insisté sur une réelle prise de conscience humanitaire, mettant en relief que « le monde est devenu un seul et unique pays, personne n’est à l’abri. Par conséquent, pour le confort de l’humanité, il y a une responsabilité réciproque de tous les pays, où nous avons tout intérêt à ce que ce type d’affection hautement transmissible soit prévenu par des actions globales ». La logique voudrait, pour assurer une sécurité sanitaire afin de préserver l’humanité, que « les détenteurs de laboratoires industriels garantissent la disponibilité de ce remède, afin de vaincre la pandémie, partie de Yuan jusqu’au plus petit archipel dans le Pacifique », estime-t-il, en insistant, encore une fois, sur le fait que les «producteurs ou utilisateurs de vaccin doivent avoir la latitude de se procurer le vaccin pour la sécurité de tous, surtout que les pauvres ne peuvent pas, pour des raisons économiques, se le procurer car ils ont d’autres priorités ».
Dr Mohammed Bekkat-Berkani s’est désolé que les « laboratoires développés font, aujourd’hui, du profit, une arme économique, voire un outil de pression ». Toutefois, avec une note d’espoir, il exprime son soulagement que les pays producteurs commencent à prendre conscience de « l’intérêt que l’ensemble de l’humanité soit protégée sans discrimination », notamment exprimé par les positions des dirigeants de certains pays riches à l’occasion du Sommet du G20. Il estime dès lors que ces dirigeants « doivent savoir que les pays à faibles revenus ont d’autres besoins que de courir derrière des vaccins excessivement chers par rapport à leurs bourses respectives ». Ajoutant dans ce sillage : «On ne vit pas en autarcie sur cette planète et le monde développé doit savoir que la priorité des temps modernes est de prendre en charge l’humanitaire d’abord. » Il enchaîne en martelant que «si nous nous évertuons à aller conquérir des espaces dans le cosmos, pour essayer de préserver l’espèce humaine, il faut d’abord penser en des sentiments nobles pour préserver et protéger l’espèce humaine d’extinction ».
Dressant le bilan de la puissance financière de ces pays, l’intervenant sur les ondes de la Radio nationale affirme que «si le monde est réorienté vers l’économie et la finance, il faut savoir que les places financières à travers le monde n’ont jamais été aussi fortes que maintenant ». Réitérant encore une fois l’importance de réfléchir la sécurité sanitaire de manière globale, Dr Mohamed Bekkat-Berkani estime que « ces puissances doivent comprendre que l’infiniment petit qu’est la fraction virale est là pour nous faire comprendre notre humilité, et étant être humain, cette fraction peut menacer le monde ». Il insiste sur le fait que «ce petit virus nous a donné une leçon d’humilité ». Et ajoute que « si on veut préserver l’espèce humaine, il faut que les laboratoires qui courent après le profit, doivent faire bénéficier les pays faibles, il y a menace sur l’humanité toute entière », soulignant encore une fois qu’« il faut insuffler de l’humanisme dans les nations ».
Par ailleurs, abordant la question de l’enjeu crucial de l’autonomie en termes d’accès aux médicaments des Algériens, dont la dépendance au produits importés menace la sécurité sanitaire, démontrée durant la crise sanitaire de la pandémie de la Covid-19, le président de l’Ordre des médecins a salué la création d’un ministère dédié à l’industrie pharmaceutique, dont les missions sont capitales pour la santé des Algériens. Il estime, à ce sujet, que dans un contexte où l’Algérie paye en temps de crise économique une facture qui frôle les 4 milliards de dollars, que « Lotfi Benbahmed, le ministre chargé de l’Industrie pharmaceutique, est nommé à juste titre à ce poste pour donner une substance et une contenance à cette industrie ». Cela avec pour principal objectif « d’assurer une autonomie en fabricant 50% de nos besoins en médicaments et en vaccins». Affirmant qu’«il est grand temps que l’Algérie garantisse son indépendance médicamenteuse, ne serait-ce que dans le volet des maladies chroniques et la Covid ». n