Entretien réalisée par Sihem Bounabi
La Ventoline a subi de fortes tensions ces derniers temps en officine. Pensez-vous que ce médicament indispensable pour les asthmatiques sera désormais disponible après que le ministère de l’Industrie pharmaceutique a levé la contrainte administrative du document d’Algex ?
Messaoud Belambri : En effet, plusieurs conteneurs de Ventoline, bloqués au niveau du port justement à cause du document d’Algex, ont commencé à être libérés dès jeudi dernier suite à l’intervention du ministère de l’Industrie pharmaceutique. Et c’est une excellente chose, car vraiment, il y avait un fort risque de rupture de médicaments. Je tiens à souligné que ce n’est pas normal ce qui s’est passé, vu que le ministère de l’Industrie pharmaceutique est la tutelle des différents opérateurs du secteur et est justement dédié à réguler le marché du médicament et des produits pharmaceutiques avec tout l’arsenal juridique qui a été mis en place, soit 20 décrets et plus 39 arrêtés ministériels. Il y a aussi suffisamment d’outils mis en place sur les plans technique, réglementaire et organisationnel pour réguler le marché et assurer le contrôle des importations, de la distribution, de la production et d’approuver les programmes d’importations et de productions. Certes, c’est un dispositif complexe, mais très solide sur le plan réglementaire. Des prévisions sont faites sur les produits pharmaceutique que ce soit pour le marché de ville ou hospitalier – où il y a déjà une coordination au niveau de la PCH, de l’institut Pasteur et le ministère de la Santé notamment avec la direction générale pour la pharmacie et l’équipement de santé. De ce fait, il était totalement inutile d’instaurer de nouvelles restrictions ou de nouveaux outils de régulation à travers des autorisations administratives imposées par le ministère du Commerce qui ont eu un lourd impact sur toute la chaine du secteur du médicament.

Justement, quels ont été les impacts de cette procédure sur la disponibilité des médicaments en officine ?
Ce que l’on a eu comme impact visible et à effet immédiat, c’est le manque de disponibilité de la Ventoline, mais on risque de voir dans les prochains jours d’autres médicaments importés qui risquent de subir le même sort à cause du cumul de retard.
Pour le moment, les approvisionnements continuent de se faire de manière normale, mais on n’écarte pas la possibilité de voir d’autres produits connaître dans les prochains jours une rupture parce qu’ils devaient remplir les nouvelles procédures administratives imposées par le ministère du Commerce et qui ont duré plusieurs semaines, notamment à cause du ballotage des opérateurs entre les différents services.
Je tiens à souligner la période qui court de la fin mars et les mois d’avril et mai correspond à l’entrée en Algérie des médicaments et produits pharmaceutiques importés, puisque ces programmes d’importations annuels sont approuvés par le ministère de l’Industrie pharmaceutique entre octobre et décembre et trois mois après le lancement des commandes d’exportation, on commence à recevoir les quantités commandées. Ce qui explique que le résultat de l’imposition du document d’Algex s’est vite fait sentir car les quantités importées dans le cadre du programme annuel approuvé par le ministère de l’Industrie pharmaceutique se sont heurtées à la mise en place des nouvelles autorisations Algex/et du ministère de commerce et se sont ainsi retrouvées bloquées au port pendant plusieurs semaines. Il aura fallu toute une gymnastique entre les opérateurs, la tutelle et les directions commerciales des wilayas, dont relève les unités d’importation ou bien les unités de distribution, pour débloquer la situation. Je tiens à préciser que les opérateurs n’avaient pas affaire à une direction centrale au niveau du ministère du Commerce, mais aux directions de commerce des wilayas, chose qui n’est pas normal. Car, comment expliquer qu’un programme d’importation national doit passer par une direction de commerce locale avec toutes les lourdeurs bureaucratiques que cela implique !
On espère vraiment que les tensions sur la disponibilité des médicaments vont s’arrêter à la Ventoline et j’espère que les stocks disponibles auparavant vont pouvoir couvrir le retard qui a été provoqué par la réception des nouveaux lots importés.
A propos de disponibilité des médicaments. Le ministre de l’Industrie pharmaceutique a récemment indiqué que des tensions persistent sur 20 à 40 catégories de médicaments. Comment cela se traduit-il au niveau des officines ?
Certes des tensions persistent, mais il faut savoir que les choses se sont beaucoup améliorées. Et heureusement qu’il une coordination entre les différents acteurs du secteur, notamment la chaîne intermédiaire qui est la distribution et les pharmaciens d’officine à travers un système de communication permanent et un système d’alerte instaurés au niveau des pharmacies d’officine à travers le Snapo. Nous signalons quotidiennement aux services concernés, notamment à l’observatoire de veille sur la disponibilité des produits pharmaceutique, dès qu’il y a une menace d’indisponibilité de médicaments. C’est pour cela qu’actuellement, les ruptures durent de moins en moins longtemps. Je tiens à rappeler encore une fois que le suivi est indispensable, que cela soit par les pharmaciens d’officine sur le terrain ou par le respect des programmes d’importation et de production signés et accordés par le ministère des produits pharmaceutiques.
Concernant les tensions et les risques de rupture qui touchent encore près d’une quarantaine de médicaments, le constat est que les problèmes sont différents à chaque fois et à chaque catégorie de médicaments. Cela peut être un retard de dédouanement ou d’acheminement selon le pays d’origine, comme cela peut être dû à un problème de transport ou de matière première. Le plus important est de détecter rapidement où est la faille pour trouver des solutions et remédier aux problèmes.
Prenons l’exemple de la récente tension sur la Ventoline, dès les premiers signalements d’un manque sur le marché, nous avons pris attache avec le ministère de l’industrie pharmaceutique qui nous a affirmé que le programme d’importation a déjà été signé. L’étape suivante a été de s’adresser aux laboratoires concernés qui ont expliqué qu’effectivement le ministère a signé le programme d’importation, ce qui a permis d’importer la Ventoline selon les besoins du marché. Mais là où le bât blesse, c’est que les importations étaient bloquées au niveau du port parce qu’il y avait de nouvelles instructions administratives du ministère du Commerce et qui ont empêché la libération et le dédouanement de ces produits. Suite à ce constat, nous avons tiré la sonnette d’alarme avec d’autres opérateurs économiques pharmaceutiques et heureusement qu’il y a eu les démarches nécessaires de la part du ministère de l’Industrie pharmaceutique qui a permis de trouver rapidement des solutions à cette situation de blocage.
Pour revenir aux médicaments produits localement, vous avez récemment organisé à Oran une importante rencontre dédiée à la production nationale de médicaments et de produits pharmaceutiques, pouvez-vous nous en dire plus ?
Cette journée dédiée à la production nationale organisée par le Snapo a été marquée par une forte présence des professionnels du secteur avec notamment la présence de deux directeurs centraux du ministère de l’Industrie pharmaceutique, des différents laboratoires et producteurs de médicaments et produits pharmaceutiques étatiques et privés, de médecins spécialistes et on a même eu des observateurs du CNES (le conseil économique et social), une institution qui relève directement de l’autorité du Président de la République. Lors de cette rencontre, il y a eu des rapports détaillés sur les réformes réalisées en matière de réglementation et les objectifs tracés, notamment sur l’organisation il y a une dizaine de jours de l’Algérie du premier salon de l’industrie pharmaceutique en Afrique à Dakar. C’est un événement qui est appelé à se répéter au niveau d’autres pays d’Afrique. Cette rencontre a également été l’occasion d’échanges pour faire une évaluation globale de la situation de l’industrie pharmaceutique locale sur tout ce qui a été réalisé suite aux réformes entamées par le ministère de l’Industrie pharmaceutique, mais aussi de renforcer le partenariat entre les différents acteurs de la chaîne du médicament : les importateurs, distributeurs, producteurs, exploitants exportateurs et les pharmaciens d’officine.

A propos de l’efficacité des médicaments produits localement et des génériques, est-ce que vous constatez qu’il y a encore des réticences à ce sujet au niveau des pharmacies ?
Je tiens tout d’abord à souligner que les pharmaciens d’officine sont les meilleurs promoteurs et avocats de la production pharmaceutique locale. Aujourd’hui, on constate une très grande différence entre les premiers médicaments génériques fabriqués en Algérie au début des années 2000 et aujourd’hui.
Certes les débuts étaient difficiles, mais aujourd’hui, il y a de plus en plus d’adhésions des citoyens à ce type de traitement et ils sont de plus habitués au générique et aux produits locaux, il y a aussi de plus en plus de marques et de princeps qui sont produits localement. Je dirais même que la question de la qualité, l’efficacité et de la confiance ne se pose presque plus. C’est devenu tout à fait naturel et normal d’orienter et de conseiller le produit générique et le produit local.

C’est aussi le fruit d’un travail de longue haleine et de promotion de la production nationale de la part des pharmaciens qui ont prouvé durant toutes ces années leur implication dans la promotion du générique et de la production locale.
Quels sont les solutions que préconise le Snapo pour trouver des solutions aux difficultés économiques des pharmaciens d’officines ?
Il est temps de réformer sur un plan économique toutes les mesures et les dispositions qui conditionnent actuellement le médicament en Algérie. Notamment concernant le prix du médicament et les marges bénéficiaires. Cela nécessite une réforme parce qu’on ne peut pas travailler avec un décret qui date du mois de février 1998 et qui n’est plus en adéquation avec les données et les conditions actuelles, ni avec les réformes et les aspirations actuelles de notre système pharmaceutique. Tout a été réformé, il faut également réformer la politique des prix et des marges bénéficiaires et il est également indispensable d’adopter de nouvelles mesures notamment sur le plan fiscal en faveur des pharmaciens d’officine pour leur permettre de continuer d’accomplir leur mission de service de santé publique. n