Hier était un grand jour pour beaucoup d’Algériens qui ont pu reprendre une vie presque «normale» en se déplaçant qui à la plage, qui aux parcs de loisirs et qui aux mosquées après la réouverture de ces lieux fermés depuis cinq mois en raison du confinement partiel imposé par la pandémie du nouveau coronavirus. Mais cette reprise ne doit nullement signifier «relâchement» et les citoyens devraient rester encore «plus sur leur garde» lors de leurs déplacements notamment dans lieux publics, insistent les médecins, qui préfèrent parler d’une courbe épidémiologique toujours dans la «phase plateau», relativisant la baisse des cas de Covid-19 des derniers jours.

C’est pourquoi, les appels à une «plus grande vigilance» se font encore plus pressants, les chiffres pouvant remonter à tout moment comme cela s’est déjà produit. C’est dans ce cadre que le docteur Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), relativise la baisse actuelle des cas. «Cette baisse est à prendre avec beaucoup d’attention. Il faudrait l’accompagner et ne pas baisser la garde, surtout après ce que nous avons vécu juste après le ramadan» avec le déconfinement progressif, estime-t-il.
Il alerte les citoyens en rappelant «la flambée des cas Covid-19 qui a suivi l’Aïd El Fitr et qui a fait que la situation de la pandémie ait évolué rapidement vers un niveau plus grave, plus compliqué, cela d’autant que cela fait à peine deux semaines que nous avons fêté l’Aïd El Adha». Une fête qui a «tout de même connu un déplacement de la population» et dont on peut dire qu’«il n’y pas eu vraiment de respect rigoureux des règles sanitaires et d’hygiène».
Ce qui fait dire au Dr Merabet qu’il y a, ainsi, une «crainte de retour d’une flambée» des cas Covid. «On entame la troisième semaine, j’espère que nous n’irons pas à un niveau plus élevé de la pandémie et que les chiffres continuent à se stabiliser, car nous sommes dans une phase plateau de la courbe épidémiologique et c’est tant mieux».
«Consolider la situation de stabilisation épidémique»
Ce qu’il faut maintenant avec la réouverture des plages mosquées et autres lieux, selon le président du SNPSP, c’est de «consolider la situation de stabilisation épidémique par le respect des mesures préventives», d’où son appel à la population à une «plus grande vigilance» lors des déplacements. «Il faut rappeler à chaque fois aux citoyens de se conformer au strict respect des gestes barrières. On ne le dit peut-être pas assez, mais il faut aussi que nos concitoyens sachent que le port obligatoire de la bavette ou du masque représente au moins 80% de la protection, surtout lorsque nous sommes dans un espace ouvert où il y a du monde ou dans un espace confiné». Cela doit aussi s’accompagner par le respect du maintien de «la distanciation physique et le lavage fréquent des mains quand c’est possible ou l’utilisation du gel hydroalcoolique», a encore noté Dr Merabet.
Selon lui, ce n’est pas le moment de négliger toutes ces mesures mais qu’au contraire, il faudrait «s’en accommoder et s’y habiter, car ce sont elles qui nous permettront de revenir à une situation normale, mais surtout de vivre normalement, d’autant que nous sommes à la veille de la rentrée sociale, avec la reprise des écoles, des universités, etc». Pour lui, «l’enjeu est le respect de ces mesures barrières. C’est un enjeu personnel et chacun de nous doit être responsable et mesurer à sa juste valeur les gestes barrières et les comportements qu’il faut adopter pour garantir une rentrée sociale sans problèmes et, surtout, une stabilisation de la situation épidémique et, pourquoi pas, sortir de cette situation d’ici quelques semaines».
Toujours à propos des chiffres en baisse, le Pr Nouredine Smaïl, chef de service épidémiologie au CHU Mustapha-Bacha et membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de veille de la pandémie de coronavirus, estime, lui aussi, qu’il ne faut pas s’en réjouir très tôt, indiquant que «la tendance baissière ne peut être confirmée au bout de quelques jours seulement» et qu’il faut «encore plus de temps pour l’affirmer».
Dans une déclaration à la Radio nationale, il n’a pas caché non plus son inquiétude à l’approche de la rentrée sociale, soulignant qu’«il faut dire aux gens que le coronavirus est toujours parmi nous et qu’il restera parmi nous peut-être jusqu’au début de 2021 ou peut-être plus, personne ne sait il restera encore combien de temps». C’est pour cela que lui aussi revient, avec insistance, sur la nécessité de se conformer aux mesures préventives,
Même si personne ne sait comment vont évoluer les chiffes de Covid-19 les prochains jours, ils sont actuellement une réalité. «C’est une situation que nous sommes en train de relever au niveau des établissements de santé. Effectivement, il y a une baisse de la tension relativement. C’est constaté au niveau du flux des malades puisqu’il y en a moins qui se manifestent au niveau des consultations, notamment aux urgences, et présentant des symptômes ou de signes de Covid-19», a indiqué le président du SNPSP. «Comparativement aux semaines précédentes, il y a, également, moins de cas compliqués et graves qui nécessitent d’être hospitalisés en réanimation. C’est un fait, nous avons tout de même relevé qu’il y a une régression par rapport aux malades qui présentaient des cas compliqués, la majorité actuellement ayant des symptômes plus ou moins légers», a-t-il fait savoir.
Cette situation est «assez intéressante pour nous en tant que professionnels de la santé puisque cela réduit la pression sur les conditions de travail, sur le personnel», a-t- il déclaré. En somme, cela «permet à tous les corps de la santé de souffler un peu, car il ne faut pas oublier que pour certaines wilayas, cela dure depuis six mois sans interruption, notamment à Blida et Alger». D’autres rappelle-t-il encore, sont «sous pression depuis le mois de mai ou juin, suite au déconfinement progressif entamé juste après le ramadan mais soufflent un peu eux aussi suite à la baisse du flux des patients. Si la flambée reprend, ils seront au moins plus aptes à lui faire face…». Ce sont autant de raisons qui font que président du SNPSP insiste sur «l’enjeu des gestes barrières». <