Une refonte en profondeur du système de la santé en Algérie, notamment avec la révision de la loi sanitaire de 2018, réclamée depuis des années par les professionnels du secteur, était hier au centre de l’intervention du Docteur Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), sur les ondes de la Radio nationale. Il met ainsi en exergue le fait que la pandémie de la Covid-19 a «levé le voile sur un système national de santé complètement dépassé dans son organisation».
S’exprimant dans l’émission «L’Invité de la Rédaction» de la Chaîne III de la Radio algérienne, le président du Syndicat national des praticiens de la santé publique estime qu’il devient urgent dans le contexte sanitaire actuel préoccupant de s’atteler «sérieusement à ce problème, d’autant, qu’on a perdu assez de temps».
Tout en saluant la volonté du Président de la République de réformer ce «secteur archaïque», Lyes Merabet estime que cela «doit être suivi rapidement par des actes concrets sur le terrain», d’autant qu’à chaque fois que l’on annonce des réformes, «on se pose les questions : Est-ce que c’est sérieux cette fois ? Est-ce que l’on va aller de l’avant ?». Ajoutant que l’«on espère que les sorties médiatiques du président de la République sur ce sujet soient cette fois une garantie pour revoir en profondeur un système de santé obsolète». Concernant, la gestion des malades atteint de la Covid-19, le Docteur Lyes Mérabet considère que lorsque des malades se retrouvent à l’hôpital, c’est que «nous avons échoué, en amont, au niveau préventif pour éviter qu’il y ait trop de personnes à recevoir dans les structures de soins».
Par ailleurs, afin d’améliorer le système de santé, l’intervenant met en exergue la nécessité «d’institutionnaliser un système de formation continue des praticiens, mais aussi, celle des gestionnaires d’établissements hospitaliers et d’asseoir les jalons d’une recherche scientifique médicale «qui n’a jamais existé». Il souligne également la nécessité de «s’émanciper de cette dépendance quasi-totale vis-à-vis de l’étranger, en matière de médicaments, de vaccins et d’équipements».
Revoir la politique salariale du secteur public
Sur un autre registre, il estime que l’amélioration du système de santé en Algérie passe aussi par une révision de la politique des salaires. Il déclare à ce sujet que «nous demandons la création d’une fonction publique sanitaire et hospitalière. Ceci afin de se détacher du cadre général de la Fonction publique qui reste figé». Expliquant que le «cadre n’arrive pas à s’adapter aux spécificités du secteur de la santé. Tant par rapport aux qualifications requises qu’aux horaires de travail et à une situation de crise sanitaire comme celle-ci».
Le président du Conseil national des praticiens de la santé publique souligne ainsi la nécessité de revoir la politique des salaires des professionnels de la santé qui exercent dans le secteur public tel que cela est déjà pratiqué à travers de nombreux pays dans le monde. Une fonction publique dédiée au secteur de la santé et qui la rende «efficiente et efficace» et «permettra d’apporter de l’attractivité par rapport au salaire et au plan de carrière des professionnels de la santé», affirme-t-il. Sur ce sujet précis, Dr Lyes Merabet se désole qu’«en 2020, il n’est pas normal que le salaire d’un généraliste, qui commence sa carrière, soit de 50 000 dinars, et un spécialiste à 60 000 dinars. Et après vingt-cinq ou trente ans de carrière, s’il fait le choix de rester dans la Fonction publique, le généraliste se retrouve avec à peine 100 000 dinars et le spécialiste autour de 140 000 dinars».
En plus de la révision de la loi sanitaire de 2018, le Dr Lyes Merabet a aussi soulevé la nécessité de revoir les lois de la Sécurité sociale qui n’ont pas été revues depuis 1983 et les deux textes essentiels qui permettent le remboursement des frais de la tarification et de la nomenclature qui n’ont pas aussi été revus depuis 1987. Il estime sur ce point que «le fait de contractualiser l’acte entre la Sécurité sociale et le secteur public et privé de la santé permettra de garantir l’accès aux soins de l’assuré social et de ses ayants-droit».
Au final, l’intervenant sur les ondes de la Radio nationale a encore une fois réitéré son appel pour que la Covid-19 et le burn-out soit reconnus comme des maladies professionnelles. n