Le phénomène de l’exode massif des médecins du secteur public, qualifié ces derniers jours de «saignée» et de «véritable hémorragie», a été confirmé, hier, par le Dr Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP).

Par Sihem Bounabi
«De plus en plus, les services du secteur de la santé publique, toutes spécialités confondues, sont dégarnis au profit du secteur privé et de certains pays», a-t-il déclaré à Reporters.
Il tient à souligner que cette déperdition impacte négativement la prise en charge des malades et le fonctionnement du secteur de la santé publique, «perturbant la qualité des soins et le niveau des trois paliers de soins, car le manque de personnel se fait déjà ressentir à différents niveaux», a-t-il déploré.
Concernant les raisons de cette saignée, Dr Lyes Merabet estime que c’est le résultat d’un cumul de plusieurs problématiques, dont notamment les «conditions socioprofessionnelles, financières et matérielles difficiles. Mais également, les insuffisances sur le plan de considérations sociales ainsi que des opportunités de formations continues et de recherches qui ne sont pas à la hauteur des aspirations du corps médical».
Concernant la problématique des salaires et des progressions de carrières démotivantes dans le secteur de la santé publique, Dr Lyes Merabet souligne que «ce n’est pas normal qu’un médecin généraliste, qui commence sa carrière aujourd’hui, avec un salaire de 50 000 dinars termine après 30 ans d’exercice à à peine 90 000 DA. C’est la même chose pour les spécialistes qui débutent avec un salaire de 60 000 DA, pour terminer à 130 000 DA». Estimant de ce fait, qu’ «il est ainsi difficile de les motiver à rester dans le public alors qu’ailleurs, le salaire est beaucoup plus intéressant, en plus d’avoir toutes les conditions matérielles et humaines pour travailler d’une manière optimale».
Il met également en relief les conditions de travail difficiles, dont le manque de moyens d’exploration, un réseau de prise en charge du malade qui se fait de manière discontinue, notamment à cause d’un déficit de personnel ou de matériel, des pannes récurrentes des équipements, de manque de médicaments et de réactifs. Il tient à ajouter l’émergence d’un autre élément qui pousse les médecins à partir. Le sentiment d’être de plus en plus abandonnés du point de vue de la protection juridique dans le cadre de l’exercice de ses fonctions.
Dr Lyes Merabet tient à préciser que ce départ massif des médecins vers l’étranger ne touche pas seulement les jeunes médecins fraîchement diplômés, mais, également, des médecins généralistes expérimentés, des professeurs, des maîtres-assistants, des spécialistes, qui travaillent depuis plus d’une dizaine d’années. Des médecins qui ont leur propre cabinet sont tentés par le départ à l’étranger en espérant s’installer et travailler.

Plusieurs alertes !
Face à l’ampleur du phénomène, il indique que «cela démontre à quel point le mal être est profond dans le secteur de la santé et qu’il y a vraiment urgence à trouver des solutions». Il rappelle que le SNPSP et d’autres syndicats de la santé ont régulièrement et à maintes reprises tiré la sonnette d’alarme afin d’attirer l’attention des responsables sur cet exode, et encore, récemment, lors de la rencontre avec le ministre de la Santé. «Pour faire en sorte que ces situations puissent se régler, on revient aux attributions du gouvernement qui doivent accompagner de manière concrète les différentes situations pour qu’elles puissent évoluer dans un sens plus ou moins positif».
Il souligne qu’il s’agit, à travers la mise en place de ces solutions, d’œuvrer au moins à «arrêter cette hémorragie qui touche surtout le corps médical». Estimant qu’«espérer faire revenir ceux qui sont déjà partis est vraiment utopique. L’urgence aujourd’hui est de travailler en amont pour que ceux qui sont encore là puissent constater qu’il y a des efforts déployés afin d’apporter des changements profonds pour l’amélioration de la situation et qu’ils soient tentés de rester».
Le président du SNPSP tient aussi à mettre en exergue qu’«il y a des spécificités telles, que ce secteur doit être accompagné et organisé dans une Fonction publique propre au secteur de la santé». Déplorant le fait que «malheureusement, les responsables jusqu’à présent n’arrivent pas à l’admettre. On reste confinés dans un statut de la Fonction publique qui n’arrive plus malheureusement à proposer des solutions efficaces pour préserver le secteur de la santé publique».
Il ajoute qu’il y a de multiples solutions et mesures à prendre dès maintenant, dont la prioritaire est une augmentation significative des salaires qui ne doit pas «se limiter à 20 /% mais bien au-delà». Il s’agit aussi de réorganiser efficacement le secteur et accélérer la mise en place de la nouvelle carte sanitaire en concertation avec les professionnels du secteur.

Révision des statuts, le statu quo
Concernant les révisions des statuts et des régimes indemnitaires, le président du SNPSP se désole que «malgré la bonne volonté affichée par le nouveau ministre de la Santé pour la reprise du dialogue et la concertation avec les syndicats et les partenaires sociaux, dans les faits, depuis la rencontre avec le ministre le 29 novembre dernier, rien n’a bougé.» Il enchaîne: «C’est le statu quo malgré les instructions données par le ministre pour organiser des réunions de concertation avec la commission concernée avant l’échéance de la fin de ce mois de décembre afin de finaliser les statuts en prenant en considération nos propositions, aucune réunion n’a été organisée. On appréhende le fait que l’on soit encore une fois mis devant le fait accompli sans avoir ratifié ce projet». Concluant que cela risque encore une fois de créer des tensions et des mouvements de protestations dans le secteur». <