Il ne serait certainement pas judicieux de procéder à l’ouverture des écoles en ces temps de pandémie de Covid-19 qui continue d’être un réel danger menaçant la santé de tous les peuples du monde. C’est l’avis Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus en Algérie, qui s’est exprimé hier sur les dernières mesures prises par le gouvernement concernant la reprise de certaines activités commerciales.
En réponse à un éventuel retour des enfants à l’école et une reprise des cycles scolaires, Dr Bekkat Berkani a estimé qu’il ne s’agit pas d’une bonne idée, précisant qu’il s’agit là d’un avis strictement personnel, cela d’autant qu’il y a un grand débat sur les écoles actuellement. Il donne ensuite son avis de médecin. «Comme on le sait tous, les enfants sont des porteurs sains, le problème est de savoir comment faire pour que lorsqu’ils rentrent à la maison, ils ne contaminent pas les parents, les grands-parents… C’est toute la problématique», a-t-il déclaré sur les ondes de la Radio nationale. «A mon avis, il faut sauver les examens de fin d’année comme le baccalauréat, le BEM et la 6e, car c’est le gage de la continuité des études», préconise-t-il, en poursuivant qu’il y a des pays qui parlent de la nécessité d’instaurer une distanciation sociale à l’école. «Mais comment peut-on parler aux enfants de distanciation pendant la récréation ?», se demande Dr Berkani avant de souligner à ce propos : «Je pense qu’il faut bien préparer la rentrée de septembre et, surtout, de sauver les examens qui se passent traditionnellement en juin». S’exprimant sur les dernières mesures de permettre la reprise de nombre d’activités, il a tenu à préciser qu’«il ne s’agit pas d’un déconfinement» mais que le gouvernement a pris des «mesures rendues nécessaires pour certaines activités au vu de la détresse d’un certain nombre de nos concitoyens, notamment, sur le plan économique, dans un souci de ne pas ajouter à une crise sanitaire une crise économique, surtout, en ce mois de ramadhan».

«Une deuxième vague de Covid-19 sera plus meurtrière»
Néanmoins, ces mesures qui constituent une sorte d’«aération» doivent se tenir «sous condition des mesures barrières». «C’est une mesure salutaire pour toute la catégorie de professions concernées, mais il ne faut pas oublier que la crise est toujours patente et d’actualité dans le pays», tient à souligner le président du Conseil de l’ordre des médecins.
Interrogé sur le déconfinement sécurisé, il déclare que «personne ne possède le bon mode d’emploi pour assurer la réussite d’un déconfinement sécurisé», soulignant que «c’est une spécificité de chaque pays qui doit procéder en fonction de l’efficience du nombre de cas, etc.», en somme, des données de la maladie qui lui sont propres. Donc «chacun réfléchit à comment procéder à un déconfinement sans risquer d’avoir une deuxième vague de la maladie qui sera plus meurtrière que la précédente».

«La crise n’est pas derrière nous»
A la question de savoir «comment réagir face à des situations de violation des mesures de prévention comme on l’a vu au premier jour de l’ouverture des commerces dimanche – ruée sur les traditionnels gâteaux et sucreries de ramadhan, etc. – pour que les citoyens prennent conscience et restent vigilants», l’invité de la Chaine 3 a répondu : «En effet, les citoyens doivent rester vigilants. La responsabilité est individuelle et collective. Il faut que les citoyens puissent définitivement savoir que la crise n’est pas derrière nous. Que la maladie n’est pas encore passée. Que nous enregistrons tous les jours des cas et malheureusement des décès. Plus d’une trentaine de malades est sous réanimation». L’invité de la Radio a noté que si le pays a réussi au début de faire obstacle à la maladie par la prise de nombreuses décisions qui ont été d’ailleurs saluées en disant que l’Algérie a été pionnière avec certaines mesures (comme l’arrêt des transports, la fermeture des écoles et universités, etc.), ce n’est cependant «pas le moment de relâcher la pression sur la maladie». «Il faut que nos concitoyens sachent que ramadhan est un mois sacré mais que cette année il faut en faire un mois de sacrifice en ces temps de pandémie. Par conséquent, la distanciation sociale, la distanciation entre les individus est plus que jamais recommandée ainsi que les masques, recommande-t-il, avant de regretter qu’on continue «malheureusement d’assister à des comportements irresponsables».

«La sécurité passe par le respect des règles par tous»
«La sécurité d’une population passe par le respect des règles en vigueur de tout un chacun», soutient Dr Berkani, affirmant que «si on veut tourner vite la page de cette maladie qui nous est tombée dessus comme le reste du monde et heureusement nous sommes passés entre les mailles du filet grâce aux mesures que nous avons prises, il faut absolument faire preuve de discipline et écouter toutes les recommandations des autorités».
A la question de comment faire respecter la distanciation sociale, Dr Berkani en appelle encore une fois «à la conscience du peuple algérien qui a déjà montré sa conscience par le passé. Tout le monde sait que le Covid-19 est dangereux et qu’il tue. Par conséquent, il faut faire preuve de discipline», a-t-il, dit donnant l’exemple de la ville chinoise de Wuhan où les habitants ont respecté le confinement pendant deux mois, ce qui a fini par donner des résultats.
Invité à s’exprimer sur l’éventualité d’un déconfinement total les prochains jours, il a répondu que celui-ci relève d’«une décision politique, celle du président de la République, du Premier ministre, du gouvernement, qui repose sur des données épidémiologiques. On peut déconfiner de façon partielle ou définitive à condition qu’il y ait une compliance de la population. Tout dépend de la population», a-t-il conclu.<