Les services au niveau des hôpitaux qui ont vu leurs activités gelées depuis l’apparition du nouveau coronavirus en Algérie reprennent «petit à petit». Il en est de même pour les blocs qui avaient été ajoutés aux services dédiés aux malades Covid lorsque les nouveaux cas avaient dépassé les 500 cas et frôlé les 700 cas par jour au niveau du territoire national. Ils commencent à être libérés, eux aussi, au grand soulagement des médecins et des malades chroniques et autres qui avaient été pénalisés et privés de soins hospitaliers ou d’hospitalisation durant des mois.

Mais l’opération de reprise «n’est pas encore finie, cela est en train de se faire progressivement». C’est en substance ce qu’a déclaré le Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus en Algérie.
«Des services reprennent petit à petit leurs activités normales au niveau des hôpitaux, mais il faut comprendre qu’il y a une reprise progressive, car on vient juste d’avoir une décélération de la pression dans les hôpitaux par rapport au nombre de cas Covid qui a diminué et aussi par rapport au fait qu’il y a une nouvelle forme de traitement, dans la mesure où on recommandes aux cas qui ne sont pas très atteints, c’est-à-dire dont la charge virale n’est pas importante, de se soigner et se confiner chez eux», a indiqué Dr Bekkat Berkani, qui est également président du Conseil national de l’Ordre des médecins.
Dans les hôpitaux, il ne reste actuellement que «des cas très symptomatiques», selon notre interlocuteur. De même qu’il faut savoir qu’en général et comme cela a toujours été le cas, les opérations chirurgicales qui ne sont pas urgentes sont repoussées après le mois d’août, mois des grandes chaleurs, afin d’éviter les infections qui peuvent survenir lorsque la température est très haute. Dr Bekkat Berkani a, par ailleurs, noté que les malades chroniques ou autres qui se sont présentés au niveau des hôpitaux les mois passés et qui présentaient «un cas d’urgence ont toujours été reçus et traités, cela a toujours été une priorité». A la question de savoir si les problèmes de pénuries de tests PCR et autres produits nécessaires pour effectuer le dépistage au niveau des laboratoires persiste toujours, le membre du Conseil scientifique a répondu qu’on continue, parfois, d’assister à ce genre de situation. «C’est cyclique, parfois il y a un manque de réactifs ou autre, mais ça reste gérable, on arrive à s’en sortir. Il y a parfois un retard de quelques jours pour différentes raisons, mais ça finit par se régler», a-t-il dit, précisant que l’Algérie effectue actuellement entre 2000 et 2500 tests PCR par jour.

Entre 2000 et 2500 tests PCR par jour
Justement, à propos des tests PCR qui peuvent désormais être effectués par les laboratoires privés qui le souhaitent, le Dr Bekkat Berkani a fait savoir qu’il n’y en a que deux ou trois, à Alger et Batna. «Il n’y en pas beaucoup car cela nécessite un investissement lourd notamment pour l’achat des automates» que nombre de laboratoires ne peuvent certainement pas se permettre.
«Ces laboratoires pourraient venir en appoint aux trente stations de dépistage qui existent sur le territoire national», selon le président de l’Ordre des médecins qui estime, toutefois, qu’ils ont «un problème de prix». En d’autres termes, les prix qu’ils pratiquent sont «élevés». Mais l’avantage que présentent ces laboratoires privés aux prix chers, c’est que les tests qu’ils effectuent sont «fiables à 100%, car ce sont des tests PCR et ce sont, donc, les automates qui donnent les résultats, l’élément humain ne rentre pas en ligne de compte». «Ils sont fiables, il ne peut pas en être autrement, c’est pour ça qu’on parle d’investissement lourd, la machine coûte cher», a insisté Dr Bekkat Berkani.
Ainsi, les laboratoires privés qui effectuent les tests PCR ne sont pas nombreux en Algérie comparativement à ceux qui effectuent les tests rapides, mais dans les deux cas, les prix pratiqués restent élevés par rapport au pouvoir d’achat des citoyens. Dans ce cadre, le membre du Conseil scientifique a tenu à préciser que les tests rapides, contrairement aux PCR, ne présentent «pas la même fiabilité et sont plutôt des tests d’orientation diagnostic». D’ailleurs, les laboratoires privés qui les effectuent sont tenus de donner toutes les explications qu’il faut que le citoyen connaisse à ce sujet.

Tests : prix élevés dans les laboratoires privés
Pour soulager quelque peu la poche du citoyen et revenir à des prix plus raisonnable, Dr Bekkat Berkani a estimé que le ministère de la Santé pourrait avoir «un rôle à jouer en fixant le prix des dépistages aussi bien par PCR que par les tests rapides dans les laboratoires privés». A titre d’exemple, le test rapide revient entre 1500 et 4000 DA l’unité au citoyen, alors que son prix d’achat est très raisonnable, le produit étant fabriqué localement. «Le prix d’achat par les laboratoires oscille entre 600 et 900 DA l’unité», d’où la différence est «énorme», a fait savoir, pour sa part, le Pr Kamel Djenouhet, président de l’association des laboratoires centraux publics, appelant au «plafonnement des prix» afin de permettre à une plus large partie de la population d’y avoir accès.
Dr Bekkat Berkani a, également, appelé la tutelle à délivrer des autorisations aux laboratoires privés qui veulent investir dans le dépistage PCR pour les citoyens qui ont les moyens d’assumer leurs prix. Sur un autre chapitre, à savoir comment peut-on expliquer la baisse des contaminations alors que force est de constater qu’on est encore loin du respect des gestes barrières ou encore du port obligatoire du masque, le membre du Comité scientifique a estimé que, certes, il y a encore «des gens qui ne se conforment pas à ces règles», mais qu’en même temps, «nous sommes loin de la situation de déni qu’on a vécue avant. Les gens ont fini par voir que c’est une réalité». «Le constat est qu’il y a de plus en plus de gens qui portent les masques et respectent mieux qu’avant la distanciation physique. Il y a aussi le fait qu’ils ont vu qu’ils ne pouvaient pas entrer dans les magasins et autres lieux s’ils n’avaient pas de masques, etc. Aujourd’hui, même si on assiste encore à des défections, il faut aussi reconnaître qu’il y a une prise de conscience plus importante, car les gens ont eu peur quand ils ont vu les cas augmenter, quand ils ont vu le nombre de morts, et pas seulement en Algérie».
«Les gens ont compris et le résultat est palpable actuellement avec la baisse des cas, mais attendons pour voir, dans quelques jours, si cette baisse se poursuivra après l’ouverture des mosquées, des plages et autres lieux», a conclu Dr Bekkat Berkani. <