Plusieurs activités commerciales seront rouvertes durant ce mois de ramadhan après que leur fermeture eut été dictée pour limiter la propagation du nouveau coronavirus (Covid-19) en Algérie. Comme à l’accoutumée, dès l’annonce du Premier ministre de l’ouverture des commerces à l’effet de réduire l’impact économique et social de la crise sanitaire induite par l’épidémie de coronavirus, cette dernière n’a pas manqué de faire réagir.


Elle a, en effet, suscité plusieurs réactions entre ceux qui ont bien accueilli cette décision – dont les commerçants ainsi qu’une partie de la population – et ceux qui ont fait montre d’une réelle appréhension face au risque de voir la propagation de Covid-19 reprendre de plus belle. A chacun ses propres arguments pour expliquer son accord ou son désaccord à propos de la reprise de certaines activités en ces temps de pandémie. Mais qu’en pensent les spécialistes de la santé qui sont à même de se prononcer sur la question de façon objective ? Joint hier, le Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus en Algérie, tient tout d’abord à remettre chaque chose dans son contexte en déclarant qu’il faut «laisser les responsabilités» à ceux qui doivent les prendre. Premièrement, dit-il, la décision de reprise de certaines activités relève de la «responsabilité politique» d’où, pour prendre sa décision, le Premier ministre a «visiblement tenu compte d’éléments multiples : situation sanitaire, situation économique et situation sociale».
«Deuxièmement, il a donc décidé de permettre la reprise de l’exercice d’un certain nombre de professions et d’activités qui sont, par ailleurs, très utiles et à la vie économique et à la vie sociale d’un pays», a ajouté Dr Berkani, avant de retourner au volet sanitaire. «Mais c’est vrai qu’il y a, par ailleurs, l’aspect de la crise sanitaire qui reste à prendre en considération vu toute l’importance qu’il revêt en ces temps de pandémie», a-t-il déclaré, non sans souligner que «le souci des autorités, par la remise en exercice de certaines activités économiques nécessaires, est de ne pas rajouter à la crise sanitaire une crise économique» et de préciser que «la mesure d’ouvrir certains commerces n’est pas un début de déconfinement puisque le confinement est toujours de rigueur à partir d’une certaine heure». «Il s’agit de la réouverture d’un certain nombre de commerces tout en maintenant le confinement en lui-même», a-t-il expliqué.
Aujourd’hui, selon Dr Bekkat, «nous vivons l’aspect de la crise sanitaire qui est là et que les autorités ont pris avec beaucoup de sérieux quand on déroule le fil des événements depuis le début avec la fermeture des écoles et universités, l’arrêt des transports aérien et maritime, la fermeture des mosquées qui n’a pas été facile, etc. Toutes ces mesures courageuses ont permis à l’Algérie d’éviter la catastrophe sanitaire au moment où nombreux étaient ceux qui nous prédisaient cette catastrophe et un scénario à l’italienne un mois après le début de la pandémie en Algérie».
Maintenant l’aspect sanitaire «nous démontre, à travers les chiffres rendus publics tous les jours, qu’il y a depuis un certain temps une certaine stabilité par rapport au nombre de cas confirmés et au nombre de décès, avec de légères fluctuations, ce qui est normal. Au niveau des responsables politiques, ils ont estimé qu’il était probablement le moment de desserrer un peu pression et permettre la reprise d’activités qui sont indispensables dans la vie de tous les jours», a poursuivi Dr Bekkat en donnant l’exemple de la profession d’un coiffeur qui reste «très utile à la communauté».

Ne pas baisser la vigilance !
Mais la prudence n’est pas pour autant mise de côté sachant que le danger de la propagation de la pandémie de coronavirus est toujours présent, comme n’ont eu de cesse de le rappeler les spécialistes de la santé. «Il est vrai qu’il y a reprise de certaines activités, mais ceci n’empêche pas que les gens n’en fassent pas une lecture comme lorsqu’ils ont vu le nombre de décès baisser, ils se sont dit ‘’tout est derrière nous’’. Absolument pas. Ils ne doivent pas baisser la vigilance comme on l’a vu au premier jour de ramadhan. Au contraire, ils doivent toujours penser à garder la distanciation sociale, à porter un masque qu’ils peuvent fabriquer même chez eux sans avoir recours aux masques chirurgicaux, à se laver les mains régulièrement… Il n’est nullement dit qu’ils doivent faire leurs courses en rentrant tous à la fois dans un magasin, il faut respecter la loi, sinon il y aura des mesures de protection légales, c’est-à-dire fermer ce magasin».
Le Pr Mustapha Khiati, président de la Forem, estime lui aussi que les annonces du Premier ministre sont une forme d’«oxygénation de la société et du tissu économique et que les données sanitaires encourageantes justifient la prise d’une telle décision. Il a rappelé, toutefois, que cette décision est associée à l’exécution, sur le terrain, de certaines mesures par les walis, dont le respect de la distanciation sociale, le port des masques par les clients et les commerçants, sinon il y a «l’intervention rapide en cas de non-respect des mesures de prévention».
Ainsi, pour Dr Bekkat Berkani, «ce que les Algériens doivent comprendre, c’est que ce qui les a sauvés au début, c’est le respect des mesures de prévention comme la distanciation sociale à laquelle ils faisaient très attention. Et c’est ce qu’ils doivent continuer de faire, car le virus est toujours là. Le coronavirus circule toujours et ils ne peuvent lui barrer la route qu’en adoptant les mesures barrières. Il y a une responsabilité individuelle et collective qui doit être assumée par tous», a-t-il affirmé. «Tous les Algériens connaissent aujourd’hui les mesures de prévention» et que si le gouvernement a pris la décision de permettre la reprise de certaines activités pour desserrer la pression, cela n’est pas synonyme de relâchement pour les citoyens car le virus circule encore», a-t-il conclut.<