Après deux années marquées par de fortes tensions jusqu’à la rupture du dialogue entre les syndicats de la santé et leur tutelle, le ton semble à l’apaisement depuis la nomination du nouveau ministre de la Santé Abdelhak Saihi.

Par Sihem Bounabi
Dès sa prise de fonction, il a souligné l’importance de la prise en charge des préoccupations des professionnels de la santé et la reprise du dialogue avec les partenaires sociaux. Fait nouveau, le ministère de la Santé a mis à contribution les syndicats du secteur pour l’enrichissement de sa nouvelle feuille de route, nous apprend Dr Abdelhamid Salah Laouar, président du Syndicat national des médecins généralistes (SNMG) et porte-parole de la Fédération national des syndicats de la santé (FNSS) : «La grande nouveauté est que la majorité des syndicats de la santé ont reçu la feuille de route du ministère où sont précisées les priorités du ministère. Il nous a été ainsi demandé, sur la base de cette feuille de route, de faire des propositions pour l’enrichir et la compléter.» Il tient à souligner que «c’est une grande nouveauté, les syndicats de la santé n’ont pas été habitués à être directement informés des intentions du ministre en ce qui concerne ses priorités ni à y être associés. De ce fait, force est de constater que cette démarche est une bonne chose pour la relation entre les partenaires sociaux et la tutelle».
Le syndicaliste, tout en confiant que pour le moment il n’y a pas eu encore d’invitation du département de la santé pour la reprise concrète du dialogue, affirme que «nous sommes confiants quant à la reprise du dialogue car l’actuel ministre connaît très bien le secteur et de plus nous avions d’excellents rapports avec lui lorsqu’il était Secrétaire général du ministère de la Santé». «Il n’y a pas de raisons pour que cela change d’autant plus qu’il maîtrise la majorité des dossiers et préoccupations des professionnels de la santé», a-t-il ajouté. Dans l’attente d’une invitation pour pouvoir exposer au ministre de la Santé les préoccupations de la base, le porte-parole de la Fédération nationale des syndicats de la santé souligne : «Nous sommes disposés à apporter notre contribution et notre mobilisation autour des projets prioritaires du secteur et nous restons ouverts au dialogue, comme demandé par les professionnels de la santé et ordonné par le Président de la République».
Par ailleurs, en tant que président du SNMG, Dr Abdelhamid Salah Laouar souligne que les médecins généralistes sont dans l’attente de changements par rapport à leurs statuts, à leur carrière et aux promotions de la médecine générale en tant que spécialité à part entière : «Dans la médecine moderne et à travers le monde, la médecine générale est au centre du système de santé. Cette médecine est une médecine de proximité qui prend le malade dans son environnement et l’intégralité de ses problèmes de santé». Le président du SNMG réclame ainsi une véritable revalorisation en profondeur du statut de médecin généraliste concernant ses prérogatives, sa carrière et la spécialité en elle-même. Pour notre interlocuteur, «la médecine générale est une médecine qui dispense des soins globaux au malade et le médecin généraliste est le seul présent dans toutes les wilayas, dans les village et dechras les plus reculés et par voie de conséquence, il doit être bien formé et son statut social doit être valorisé à travers son salaire et une véritable prise en charge de ses préoccupations». Dr Abdelhamid Salah Laouar met également en exergue l’importance du médecin référent appelant à la mise en application des dispositions de la loi sanitaire 2018 relative au médecin référent.
Concernant les attentes communes aux différents syndicats, le porte-parole de la FNSS relève les différentes problématiques de l’augmentation des salaires, la carte sanitaire, la modernisation des services d’urgences, de la numérisation du secteur, de la formation des professionnels de la santé et de la mise en place du système d’évaluation.
Abordant la question de l’augmentation des salaires des professionnels de la santé, il insiste sur le fait que cette augmentation est un investissement rentable pour l’Etat en affirmant que «tous les spécialistes en économie affirment que lorsqu’on investit 1 $ dans le secteur de la santé, il y a un retour d’investissement de 12 $. De ce fait on peut dire que le secteur de la santé est un secteur extrêmement rentable et par conséquent l’investissement dans le secteur passe par l’investissement dans les infrastructures qu’il faudrait maintenir régulièrement avec une mise à niveau, d’une part, et d’autre part, par l’investissement dans les ressources humaines avec la mise à niveau du personnel de la santé ainsi que la revalorisation de leur salaire et de leurs conditions sociales».
Il exprime le souhait de voir les différents chantiers des «réformes profondes» de la santé rapidement mis en place. <