Le public oranais est venu en nombre, vendredi soir, découvrir la pièce de théâtre tunisienne «Doukha» (vertige), qui porte un autre regard sur la «révolution du jasmin» et qui a été écrite durant les événements de tunisie en 2011.

Ecrite et mise en scène par Zahra Zemmouri, «Doukha» participe à la 9e édition du Festival du théâtre arabe, dédiée au comédien et metteur en scène algérien Azzeddine Medjoubi, qui se déroule à Oran et Mostaganem du 10 au 19 janvier. Placée dans la catégorie «off», «Doukha» ne figure, toutefois, pas parmi les huit pièces en lice pour le prix Soltane Ben Mohammed Al Kacimi. «Doukha» est une œuvre psychologique qui porte un autre regard sur la révolution tunisienne, appelée «révolution du jasmin». Elle essaie de comprendre et d’analyser les comportements et le psyché de plusieurs personnages de la société tunisienne qui ont vécu les événements en question, à travers leurs motivations, ce qu’ils pensent, ce qu’ils disent et, surtout, ce qu’ils cachent. Zahra Zemmouri tente d’apporter quelques éclairages sur les dits et non-dits d’une révolution qui a bouleversé son pays sur tous les plans, social et politique notamment. D’emblée, le ton est donné. Des gens courant dans tous les sens fuyant quelque chose, puis des personnages, membres d’une seule famille s’opposant les uns aux autres, se disputant, vociférant, sans raison apparente. Une colère latente qui éclate soudain au grand jour. Les uns parlent des «révolutionnaires invisibles», que tout le monde connaît, mais que personne n’a encore vus, les autres posent la grande question : «Qui a fait la révolution» ? ou «Qui n’a pas fait la révolution» ? Et des clashs opposent les participants à cette révolution et les non-participants, au sein d’une même famille divisée.

Et pour réduire la tension, d’autres membres de la famille transposent le problème sur un autre registre, posant une nouvelle question, plus philosophique : «Qui de la révolution et du coup d’Etat est meilleur» ? Et pour compliquer le tout, les membres de cette famille ne savent plus différencier entre les uns et les autres, surtout que chacun d’eux cache quelque chose. Dans ce contexte, le spectateur est confronté au visible qu’il perçoit à travers les comportements et les dires des personnages et à l’invisible qui lui est suggéré. Et puis, la pièce passe des disputes à la joie, à la fête, à la liesse populaire, ou plutôt à une caricature de la fête. La pièce s’achève à cet instant, sur un sentiment d’inachevé. Les comédiens ont eu droit à une standing ovation de la part d’un public conquis. Dans la présentation de son oeuvre, Zahra Zemmouri a indiqué qu’elle a consacré énormément de temps à l’écriture de cette pièce, soulignant que «Doukha» a été écrite en plusieurs étapes, durant les événements de la révolution du jasmin. La metteure en scène tunisienne, tout en rejetant le terme «révolution», a souligné que la pièce de théâtre, avec ces quatre personnages, tente de traiter l’idée du visible et de l’invisible dans la vie d’un être humain, les valeurs cachées et dissimulées qui ne peuvent mener au bonheur, ni au progrès. La pièce essaie de projeter cette problématique, ce dilemme, sur les quatre personnages en dévoilant leurs certitudes et incertitudes, leurs paradoxes et contradictions. Zahra Zemmouri tente de comprendre les événements de Tunisie sur le plan psychologique, voire psychanalytique. Dans ce contexte, la metteure en scène a souligné que ce que la Tunisie a vécu ou vit actuellement n’est qu’une étape vers un avenir meilleur. Source: APS