On se souvient qu’après son élection à la tête du pays, Abdelmadjid Tebboune avait promis de faire du volet social l’une de ses priorités, de sorte à «promouvoir le niveau de vie du citoyen algérien», avait-il souligné.
«La classe moyenne, et notamment la couche vulnérable, trouvera l’Etat à ses côtés, pour lui assurer une vie qui préserve sa dignité par la mise en œuvre de tous les engagements inscrits dans le programme électoral», s’était engagé le président de la République dans son discours d’investiture.
Plus d’une année après ce discours, la majorité des Algériens ne voient toujours pas venir les actes concrets de cet engagement. Les manœuvres très difficiles face à une situation économique du pays peu reluisante sont devenues encore plus compliquées, voire quasiment impossibles à opérer depuis l’arrivée du coronavirus, depuis bientôt une année.
Autrement dit, M. Tebboune, tout comme son Premier ministre et les ministres composant l’Exécutif ont été plutôt mal servis, même si parmi ces derniers, ils sont nombreux à détenir dans la crise sanitaire que traverse le pays une opportunité pour justifier leur incapacité à faire avancer certains dossiers pourtant frappés du sceau de l’urgence. En témoignent les tout récents rappels à l’ordre qui leur ont été lancés aussi bien par le Président que par le Premier ministre, sur fond de critiques révélatrices de l’insatisfaction grandissante au niveau des plus hautes autorités du pays.
Mais l’insatisfaction est en premier perceptible chez le citoyen qui suffoque sous l’insoutenable condition que les Algériens sont de plus en plus nombreux à partager. Ces derniers sont des contingents entiers à payer le prix fort d’une crise sanitaire à plusieurs déclinaisons néfastes pour leur équilibre socio-économique, sinon carrément pour leur dignité de citoyens.
Entre mise au chômage pour des dizaines de milliers de travailleurs, salaires qui tardent à venir pour ceux qui ont conservé leur emploi, ou encore des fiches de paie révisées à la baisse quand ces salaires arrivent, la Covid-19 a frappé fort en Algérie, comme partout ailleurs dans le monde. Sauf que dans notre pays, la flambée des prix qui s’est emparée des étals depuis des mois a fini par étouffer toute velléité d’espoir qui pouvait encore être osée dans pareille conjoncture. Cette flambée se poursuit en ce début d’année et interpelle plus que jamais les pouvoirs publics.
Les ingrédients de la grogne sociale sont donc réunis et celle-ci s’opère dans une sourde ébullition qui se fait entendre néanmoins dans les sorties des syndicats et organisations professionnelles. Ces derniers menaçant de convertir cette grogne en grèves, sit-in et autres marches pour faire aboutir des revendications socioprofessionnelles qui attendent d’être satisfaites depuis très longtemps, mais qui ne peuvent plus attendre dans cette configuration socio-économique inédite. Il est question notamment du dossier des salaires, secteurs public et privé confondus, et d’un pouvoir d’achat qui, faut-il le souligner, n’a de pouvoir que son appellation.
Et si le secteur privé n’a pas de syndicats pour montrer son désarroi auprès des interlocuteurs concernés, les travailleurs des entreprises publiques peuvent compter sur une représentation syndicale avec laquelle le gouvernement doit forcément composer. A l’exemple des 13 syndicats regroupés autour d’une Confédération des syndicats autonomes (CSA), qui ne dissimule pas son intention de réagir à la situation de fort stress social frappant actuellement le pays. Et qui se fait ressentir un peu plus dans certaines régions connues pour être des clusters du chômage, de l’absence du développement et de l’indigence économique bien avant l’arrivée de la crise sanitaire.
C’est le cas de Laghouat, où la contestation sociale s’est donnée rendez-vous samedi sur la grande place de la ville, rassemblant des femmes et des hommes de tous âges, criant leur ras-le bol d’une misère sociale qu’ils vivent et réclamant du travail, des logements ainsi que l’amélioration des prestations de santé et de la qualité de l’éducation.