Même si des pays de l’Asie tentent de sortir la tête de l’eau, alors qu’en Europe le déconfinement s’accélère et les plans de soutien à l’économie commencent à prendre corps, l’Amérique du Sud s’enlise dans la crise sanitaire et, partout, le coût social et économique de la pandémie, s’ajoutant au terrible coût humain, apparaît chaque jour davantage. La barre des 350 000 morts dans le monde (plus des trois quarts en Europe et aux Etats-Unis) a été franchie hier mercredi. La crise ne semble épargner aucun Etat et certains redoutent des lendemains de chaos. Même dans les pays dans lesquels les systèmes de santé ont résisté, les indicateurs économiques et sociaux sont au rouge. Selon l’ONG Oxfam, la crise sanitaire pourrait précipiter 500 millions de personnes dans la pauvreté.
En Algérie, cette crise arrive alors que l’activité économique était déjà au ralenti, durement affectée par les conséquences du choc pétrolier de la mi-2014, suivi d’une incertitude politique qui a plombé les ailes de nombre d’entreprises. Les quatre premiers mois de l’année se sont soldées par une récession de -2,4%, à en croire le ministre des Finances, qui présentait, mardi, le Projet de loi de finances 2020 à l’Assemblée, alors que les prévisions pour l’ensemble de l’année s’établissent à -5,2%, d’après les dernières données communiquées par le Fonds monétaire international (FMI). Le taux de chômage pourrait grimper fortement, alors que les faillites et les pertes d’emplois en cascade guettent l’économie du pays.
Le taux de chômage devrait croître fortement cette année pour atteindre 15,1% avant de baisser à 13,9% en 2021 contre 11,4% en 2019, à en croire les experts du FMI. Le pays devrait enregistrer ainsi sa plus importante récession depuis la décennie 1990, alors qu’un taux de chômage de 15% n’a pas été constaté depuis la fin des années 1990 et début des années 2000. Le pays fait face désormais à un double déficit abyssal ; le déficit budgétaire s’élèverait cette année à -1 976,9 milliards de dinars, soit -10,4% du Produit intérieur brut (PIB), contre une prévision initiale de -1 533,4 milliards de dinars, soit -7, 2% du PIB contenue dans la Loi de finances 2020. La balance des paiements devrait à son tour enregistrer un solde négatif de -18,8 milliards de dollars, contre 8,5 milliards de dollars dans la Loi de finances préliminaire. Le déficit du Trésor culminerait à 2 954,9 milliards de dollars, soit -15,5% du PIB.
La hausse du déficit de la balance des paiements pourrait se solder par une contraction importante des réserves de change ; celles-ci pouvant atteindre 30 milliards de dollars à la fin de l’exercice si les prix du pétrole venaient à se perpétuer dans la fourchette des 35-40 dollars le baril. Le risque de défaut de paiement guette le pays, car à 30 milliards de dollars, les réserves pourraient s’évaporer complètement en 2021, étant donné que le solde de fin 2020 équivaudrait à moins d’une année d’importation. L’Argentine et le Liban se sont déjà déclarés en défaut de paiement, les experts du G20 craignent que la pandémie ne provoque, avant la fin de l’année, une contagion de défaillances chez les pays émergents, incapables d’honorer les remboursements de leurs dettes. Les faillites qui menacent les entreprises affectées par le double choc coronavirus-tensions financières risquent de précipiter nombre de ménages dans la pauvreté, alors que le pouvoir d’achat des petites et moyennes bourses est sérieusement laminé. Le double choc coronavirus-baisse des cours du brut risque d’être de grande ampleur sur les perspectives macroéconomiques, mais aussi sur les paramètres microéconomiques, dont le coût social et économique s’aggraverait dans les mois à venir si les plans de soutien à l’économie se révélaient insuffisants et/ou inefficients. Le Projet de loi de finances complémentaire n’a révélé jusqu’ici aucun plan de soutien à l’économie. Il faudra probablement attendre la fin des opérations d’évaluation menées par le gouvernement. n