La journée historique du 24 février, aujourd’hui, a toutes les chances d’être un moment politique. Le double anniversaire, commémorant la création de l’Union générale des travailleurs algériens (Ugta), en 1956, et la nationalisation du secteur des hydrocarbures, le 24 février 1971, intervient dans un contexte de confrontation à distance entre les partisans et les adversaires d’un 5e mandat du chef de l’Etat et, au milieu, des courants politiques qui appellent tout simplement au boycott du scrutin présidentiel du 18 avril prochain.

Par Wafia Sifouane
Dans ce contexte, tous les regards sont braqués aujourd’hui vers Adrar, où la centrale syndicale Ugta a choisi de commémorer la date anniversaire de la création de l’Union et de la nationalisation des hydrocarbures. S’il sera question d’histoire économique et politique de l’Algérie, celle en relation avec la récupération des richesses du sous-sol il y a quarante-huit ans, on devrait assister aussi à une démonstration de force en faveur d’un nouveau mandat du président de la République sortant. Et ce ne sera certainement pas un exercice comme on a eu l’habitude de voir depuis la déclaration de candidature de M. Bouteflika, le 10 février dernier, et les appels à son soutien, car tout a changé depuis les marches du vendredi 22 février.
Avant-hier, vendredi, le débat ne concerne plus uniquement les défenseurs et les adversaires de la candidature du chef de l’Etat pour un 5e mandat ou le courant qui milite pour un boycott de l’élection présidentielle.
Il a vu apparaître la rue comme donnée nouvelle et comme enjeu capital. En effet, après les manifestations du 22 février au cours desquelles des milliers d’Algériens ont exprimé leur hostilité à la perspective d’un 5e mandat, la rue a surgi comme un arbitre inattendu et, plus inquiétant encore, comme un terrain de confrontation possible.
Pour les courants opposés au chef de l’Etat, les marches réussies qui ont été organisées à Alger et dans de nombreuses villes algériennes, notamment du Nord, ont généré le sentiment que la rue est la planche de salut pour inverser un rapport de force présenté comme favorable à l’alliance politico-électorale formée autour de M. Bouteflika par les partis et les organisations se réclamant de son héritage et de son programme. Pour les supporters du président de la République, la rue est devenue un territoire à occuper et à conquérir après le sentiment d’y avoir été sérieusement ébranlé par les manifestants de vendredi dernier. Deux exemples pour étayer cette réalité : les réactions inquiètes et plutôt mal assumées du chef de TAJ, Amar Ghoul, et violentes et presque bellicistes du leader du FLN, Mouad Bouchareb (président de l’APN également) qui, depuis Oran où il s’exprimait, voit dans les marches des «fomenteurs de fitna». A côté de cela, il y a la décision du coordinateur du mouvement de Mouwatana de maintenir la protestation annoncée pour aujourd’hui à Alger.
Le rassemblement prévu, qui aura pour point de départ la place Audin, en plein cœur d’Alger, débutera à midi et prendra fin à 14h. Pour Soufiane Djilali, cette mobilisation est la suite logique des marches de vendredi. Elle servira à «maintenir la pression», a-t-il affirmé à Reporters. «Nous avons accompagné le mouvement du 22 février durant lequel nous avons assisté à une manifestation grandiose qui a démontré que les Algériens ont un grand sens de la responsabilité. Maintenant on essayera de maintenir la pression.»
«La première bataille a été gagnée, mais il ne faut pas que les Algériens s’arrêtent là», a souligné Soufiane Djillali, en ajoutant que «ce qu’il faut faire, c’est de continuer même sporadiquement et dans des lieux différents en attendant l’organisation d’une autre sortie grandiose».
Sur les capacités d’un mouvement comme Mouwatana à s’inscrire dans la durée, Soufiane Djilali se dit «optimiste ». Il semble ne pas avoir bien entendu le chef du FLN, hier, qui a dit la détermination de son parti à mener campagne pour un 5e mandat.<