Pour la commémoration du Printemps berbère et des évènements du 20 Avril 2001 (Printemps noir), ils étaient nombreux hier à sortir dans les rues d’Alger et d’autres régions du pays, notamment à Tizi Ouzou, Bouira, Béjaïa, Bordj Bou-Arréridj et Batna.

A la place de la Grande-Poste, ils étaient des dizaines à se rassembler tôt dans la matinée. Arborant l’emblème national et le drapeau amazigh, les manifestants ont entonné des chants patriotiques avant de scander des slogans hostiles au pouvoir, pour dire toute leur rage contre une injustice gravée dans l’histoire de l’Algérie contemporaine.
«Pouvoir assassin » et «Ulach Smah ulach », ont été les maîtres mots de ce sit-in. Les forces de l’ordre qui se sont déployées en grand nombre en prévision de la manifestation ont fini par se retirer. Les manifestants ont ensuite observé une minute de silence en hommage aux 127 victimes du 20 avril 2001, avant de se disperser dans le calme. A Tizi Ouzou, des milliers de citoyens ont participé à une marche pacifique qui a eu pour point de départ, l’université Mouloud-Mammeri. Face à un dispositif sécuritaire renforcé, les manifestants sont venus de partout, parés qui de l’emblème national, qui du drapeau amazigh (de l’académie berbère). Même les militants du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK, non agréé) étaient de la partie. Ils se sont constitués en carrés pour se distinguer les uns des autres. Des milliers de citoyens ont refusé de se mêler aux militants du MAK, préférant composer un carré à part. Emblème national et drapeau amazigh déployés et brandissant des portraits des victimes du Printemps noir et du chantre de l’amazighité et de la démocratie, Matoub Lounès, ils ont entamé la marche en scandant des slogans de dénonciation de l’assassinat de jeunes manifestants du printemps noir en avril 2001, et rappelant le combat pour la langue et la culture amazigh. Alors que ces premiers manifestants ont déjà atteint la rue Lamali-Ahmed (route du CHU Nedir-Mohamed), le reste des citoyens attendait encore devant le campus Hasnaoua I. Les forces de l’ordre public ont fini par quitter les lieux. Un deuxième carré de manifestants s’est alors détaché et a entamé sa marche suivie, quelques centaines de mètres plus loin, par la procession des membres du MAK, qui ont marché seuls. Hormis ces derniers qui ont terminé leur marche au centre-ville à la placette du Musée, les autres manifestants ont continué vers la placette de l’Olivier pour se rassembler au niveau du mémorial de la Bougie, dédié à la mémoire des martyrs de la wilaya de Tizi Ouzou, pendant la guerre de libération nationale.
Unité et fraternité
A Béjaïa, le double anniversaire Printemps berbère 1980 et Printemps noir 2001 a été célébré dans l’unité des rangs et la fraternité. Des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans le calme, à travers les principales artères de la ville des Hammadites, à l’occasion de la commémoration de ces deux dates historiques du combat identitaire, dont la région de Kabylie a payé un lourd tribut depuis la crise dite berbériste de 1949. Afin de marquer ces deux événements chers à la région, les Béjaouis ont manifesté dans une ambiance de fête et de dignité. En effet, une grandiose marche populaire a été organisée depuis l’esplanade de la Maison de la culture Taos-Amrouche jusqu’à la placette de la Liberté d’expression Saïd-Mekbel. C’est vers 11h00 que le coup d’envoi de la manifestation a été donné au niveau de la trémie d’Aâmriw, sous les cris «Mazalagh d-imazighen» (Nous sommes toujours des Amazighs), «Assa azekka, amenugh yella, yella» (Aujourd’hui et demain, le combat continue), «Ulac smah ulac» (Pas de pardon). Les étudiants de Béjaïa, qui voulaient initier une marche à partir du campus de Targa Ouzemour, ont finalement rejoint les manifestants qui se sont rassemblés devant la Maison de la culture. La manifestation qui s’est déroulée dans le calme, était transpartisane, puisqu’il y avait parmi la foule des cadres et militants politiques de différentes tendances, notamment ceux du FFS, RCD, Jil Jadid, MDS, PST, PT, UDS etc. A noter la présence aussi de militants des droits de l’Homme, des syndicalistes autonomes, des artistes, des journalistes, des étudiants, des femmes démocrates, des citoyens lambda… Les manifestants qui arboraient l’emblème national et le drapeau amazigh, scandaient tout au long de leur parcours, des slogans habituels, tels que «Assa azekka, Tamazight tella, tella», «Corrigez l’histoire, l’Algérie n’est pas arabe», «Pouvoir assassin», «Ulac smah ulac»… Certains animateurs associatifs, à l’image de Yanis Adjlia, ont insisté sur la nécessité d’exiger «le jugement des assassins des martyrs du Printemps noir», rappelant au passage que pas moins de 128 personnes ont été tuées,
5 000 blessées et 200 handicapés à vie, lors des événements tragiques du Printemps noir 2001. Ces derniers ont, par ailleurs, tenu à rendre un hommage aux militants du mouvement culturel berbère (MCB) d’avril 1980, qui étaient à l’avant-garde du combat identitaire et de la démocratie en Algérie. Après avoir sillonné le boulevard de la Révolution et la rue de la Liberté, les marcheurs investissent la place de la liberté d’expression Saïd Mekbel, où une exposition sur les événements des deux printemps (1980 et 2001), a été organisée par le collectif culturel des étudiants de la résidence Targa Ouzemour, dénommé Amazday Adelsan Inelmaden (AAI).
Pour un changement radical
Les militants de la cause amazigh ont aussi répondu présent à l’appel à Bordj Bou-Arréridj en prenant part aux festivités, organisées pour l’occasion à Djaâfra, au nord. Après avoir observé une minute de silence à la mémoire des victimes des événements des années 1980, 2001 et 2004, qui s’étaient soldés par des dizaines de morts, des militants du Mouvement culturel berbère MCB, anciens membres du mouvement de la citoyenneté en Kabylie, appelés également El Arouch, ont animé des conférences traitant de la langue et du patrimoine berbères, tout en se référant au symbole de l’amazighité, l’anthropologue Mouloud Mammeri. En fin des festivités, les animateurs ont tenu à inciter les citoyens de la cause berbère et du mouvement de protestation appelé Hirak, à mener le combat main dans la main. A Batna, l’heure était aussi à la commémoration. Des centaines de citoyens arborant l’emblème amazigh ont manifesté pour rendre hommage aux victimes du Printemps noir.
En plus de «pouvoir assassin» et ‘ulach smah ulach », les manifestants ont aussi scandé des slogans contre le système dont ils réclament le départ de tous ses symboles. A Bouira, face à la présence renforcée des forces de l’ordre, une marche imposante a été organisée pour l’occasion. Arborant côte à côte les deux emblèmes, national et amazigh, les marcheurs ont entonné l’hymne national ainsi que des chansons patriotiques en tamazight. Les manifestants ont aussi appelé au départ du système
et réclamé un changement radical. «Y en a marre de ce pouvoir», ont-ils scandé en chœur à Bouira.<