Les deux filières montage automobile et appareils électroménagers-électroniques sont en crise et appellent à un traitement urgent du gouvernement Djerad. L’enjeu est la pérennité de deux branches de l’économie, au potentiel d’exportation avéré, la préservation de dizaines de milliers d’emplois et la couverture des besoins domestiques à des coûts inférieurs aux produits importés.
La première filière a été plombée par l’incarcération des patrons des sociétés Sovac, TMC et GMI. Aucun assembleur local de véhicules de tourisme n’a été épargné par les scandales d’importations déguisées, blanchiment d’argent et financement présumé de campagne électorale. Une situation à l’origine de la panne de la filière auto. Pour la seconde branche, sa paralysie est due aux décisions du gouvernement Bedoui pour préserver les réserves de change du pays, rationnement des kits électroménagers, obligation de contracter un crédit fournisseur pour pouvoir importer les kits et le recours au pavillon national pour transporter les kits importés. Comment en est-on arrivé à cette situation de crise ? Il convient de pointer du doigt les politiques de l’époque des Premiers ministre Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia. Ces derniers restaient sourds aux suggestions de plusieurs experts qui appelaient à un modèle industriel plus rationnel, la construction de grandes usines -4 à 6 seulement- de montage de 100 000 à 200 000 véhicules et non pas des dizaines de petites usines. Ces grandes usines devaient être orientées vers l’exportation pour une bonne partie, le restant pour la couverture des besoins nationaux, le marché national étant limité – besoins de 200 000 à 400 000 véhicules annuellement. Avec ces volumes, ces grandes usines pouvaient avoir la taille critique pour pouvoir convaincre les équipementiers des constructeurs à s’installer en Algérie et contribuer à constituer un solide réseau de sous-traitance. Pis, en privilégiant certains concessionnaires au détriment d’autres plus anciens et plus professionnels, ils allaient encourager un système de corruption à l’origine des massives importations déguisées de véhicules qu’a connu le pays ces dernières années. Et qui expliquent pourquoi le véhicule monté localement était plus cher que le produit importé. Une source sûre, proche du marché automobile, raconte que les produits finis étaient démontés dans un pays du Moyen-Orient puis montés en Algérie. Le gain dans cette supercherie est estimé entre 3 000 et 5 000 euros par véhicule. Telle est la raison qu’un véhicule monté localement, ajoute la même source, coûte plus cher que celui importé. Tout cela invite à une enquête plus approfondie pour identifier les réseaux qui ont permis de telles fraudes et de telles surfacturations.
Un milliard de dollars de pertes fiscales dans quelques affaires dans l’électroménager
Tout s’est passé comme si les pratiques liées à la filière électroménager-électronique, qui ont défrayé la chronique dans les années 2000, ont été généralisées à la branche du montage automobile. Il faut savoir que plusieurs enquêtes menées au cours de cette période ont été «étouffées».

Dans un rapport transmis à l’ex-président de la République, en 2002, et aux deux institutions de lutte contre la corruption plus tard, mais sans suite, sont mentionnées plusieurs affaires d’importation de produits finis présentés comme montés sous formule SKD ou CKD en vue de bénéficier de droits de douane réduits.
La première concerne des climatiseurs à l’état complet, la seconde, des réfrigérateurs produits finis présentés comme éléments devant être montés en Algérie, la troisième, des produits électroménagers et électroniques. Le préjudice subi par le Trésor concernant les affaires mentionnées est estimé à 10 000 milliards de centimes, soit environ 1 milliard de dollars, lit-on dans le document. Ces affaires pointent du doigt la complicité de hauts fonctionnaires chargés du contrôle et des opérateurs fraudeurs.
Réviser la politique SKD-CKD pour séparer le bon grain de l’ivraie
Tout cela a semé la méfiance à l’égard des opérateurs des filières électroménager-électronique et de l’automobile et conduit le Président Abdelmadjid Tebboune à vouloir réviser la politique SKD-CKD.
Cela passe, comme l’a déclaré le nouveau ministre de l’Industrie, par la révision du modèle industriel qui prévaut dans la filière automobile et l’établissement d’un nouveau cahier des charges beaucoup plus précis en matière d’intégration et beaucoup plus strict en matière de respect des taux d’intégration. Cette révision invite à une définition plus précise du taux d’intégration privilégiant le caractère industriel du montage automobile. «Le nouveau cahier des charges devrait encourager de manière intelligente les opérateurs qui font des efforts dans l’intégration de leurs produits. Le délai de passage du SKD semi-montage au CKD (taux d’intégration plus élevé) devrait être précisé et ne pas dépasser trois ans lorsque les opérateurs ont déjà deux ans de montage au moins sous formule SKD», dira Mohamed Kessel, spécialiste financier, proche du secteur automobile. Quant à la filière électroménager-électronique, son assainissement devient une priorité. Il convient de séparer le bon grain de l’ivraie, ceux qui ont fait des efforts d’intégration et ceux qui font dans l’importation déguisée. Les premiers devront être également assujettis à un nouveau cahier des charges qui oblige à atteindre des taux d’intégration plus élevés.