Le directeur général des Archives nationales et Conseiller du président de la République, chargé des Archives nationales et de la mémoire nationale, Abdelmadjid Chikhi, s’est exprimé, jeudi, sur le travail d’histoire et de mémoire qu’il doit accomplir sur la séquence coloniale avec l’historien Benjamin Stora. Le responsable algérien a semblé délivrer deux messages à cette occasion.

Le premier message est que tout dans ce dossier est encore au stade de l’approche, voire de l’observation. «L’Algérie attend de savoir, a-t-il dit, les intentions françaises suite à la désignation de Benjamin Stora pour travailler sur le dossier de la mémoire avec l’Algérie». A moins d’une bévue, il faudra donc attendre que M. Stora formule «librement ses recommandations» selon la lettre de mission que lui a confiée l’Elysée, côté français, vendredi 24 juillet, pour avoir une idée qu’en aura le côté algérien et l’usage, forcément politique, qu’il en fera.
L’historien devra rendre, d’ici la fin de l’année, en effet, sa copie en vue de favoriser «la réconciliation entre les peuples français et algérien» et tenter de clore au niveau des Etats la question mémorielle entre Alger et Paris : un dossier en suspens depuis des décennies, mais qui a pris un aspect clairement contentieux depuis février 2005 au moins. L’Assemblée nationale française avait, cette année-là, adopté dans des conditions de vote pour les moins polémiques une loi sur le «rôle positif» de la colonisation, un texte dénoncé par d’éminents historiens français comme le regretté Claude Liauzu, puis abrogé en janvier 2006 par le défunt président Jacques Chirac.
La mission de M. Stora est de permettre de «dresser un état des lieux juste et précis du chemin accompli en France sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie, ainsi que du regard porté sur ces enjeux de part et d’autre de la Méditerranée», a indiqué il y a moins d’une quinzaine de jours la présidence française.
Pour son homologue algérien, M. Chikhi, il s’agira, selon la déclaration du président Tebboune sur sa nomination, de mener un travail de «vérité» sur les questions mémorielles entre les deux pays. Une formulation qui ne désigne pas tant la recherche historique que mèneraient ou parraineraient les Archives nationales algériennes sur la séquences coloniale que l’avis qu’aura à exprimer selon ses propos tenus jeudi son directeur général et conseiller à la Présidence sur l’usage que feront les autorités françaises des «recommandations» que l’auteur de «La Gangrène et l’oubli» aura à énoncer à la fin de l’année.

Ecriture commune de l’histoire : «ni souhaitable ni possible»
Le deuxième message est que, pour la partie algérienne, l’hypothèse d’une écriture commune de l’histoire n’est «ni souhaitable ni possible», a affirmé M. Chikhi. Le conseiller du chef de l’Etat a précisé que la partie algérienne attend de savoir «quel volet sera évoqué pour le lancement de ce travail commun», ajoutant dans ce qui semble être une réaction à une probable source française que «l’on parle d’une écriture commune de l’histoire, qui est, toutefois, ni souhaitable ni possible». «Benjamin Stora était à l’origine de l’initiative de l’écriture commune de l’histoire, mais il y a longtemps, en exprimant le souhait de voir des historiens, algériens et français, se rencontrer afin d’écrire l’histoire commune. Je pense qu’il a renoncé dernièrement à cette idée, lorsqu’il avait reconnu que c’était difficile», a dit le directeur des archives nationales, ajoutant qu’il s’agit de «motivations qui diffèrent d’une partie à une autre». Une différence ou une divergence qui ne manquera pas certainement de peser sur les discussions bilatérales et que M. Chikhi a expliqué : «Nous voulons une histoire nationale homogène et chronologique, alors qu’ils veulent une histoire fragmentée» et «il y a beaucoup de questions (….) qu’ils veulent peut-être dissimuler».
Abdelmadjid Chikhi a été désigné dans sa mission par le chef de l’Etat, le 19 juillet dernier en tant que représentant de l’Algérie pour mener le travail en cours avec l’Etat français sur les dossiers inhérents à la mémoire nationale et à la récupération des archives nationales. M. Tebboune a expliqué le choix du directeur des Archives nationales parce qu’il est «le plus informé» des dossiers devant être traités par les parties algérienne et française. <