Le conseiller de la Présidence, chargé de la question de la mémoire, s’est exprimé hier sur les ondes de la Radio algérienne. Le directeur des archives nationales Abdelmadjid Chikhi, dont la mission est notamment d’étudier le dossier de l’histoire de la colonisation et des relations entre la France et l’Algérie, a notamment abordé «l’avancement» de la «mission» travail mais aussi les demandes de l’Algérie en ce qui concerne la «restitution des archives». Le travail d’Abdelmadjid Chikhi s’effectue, pour rappel, en parallèle avec la mission similaire de «l’homologue» français, l’historien Benjamin Stora
Ainsi, le responsable dont les propos sont cependant apparus relativement pessimistes sur l’issue et l’étendue du travail de mémoire entre les deux pays, a fait savoir qu’il n’avait eu, depuis sa nomination en juillet dernier, que deux contacts téléphoniques avec l’historien Benjamin Stora : «Nous n’avons quasiment pas travaillé ensemble, nous avons eu deux contacts téléphoniques». L’historien, largement connu pour ses travaux sur l’Algérie, lui aurait, en effet, déclaré qu’il ne pourrait aborder le contenu de son étude qu’à l’issue de sa présentation officielle aux autorités françaises : «Il m’a dit qu’il travaillait sur un rapport à la demande du président Macron et qu’il ne pouvait pas en parler avant de l’avoir remis aux autorités françaises.»
Le conseiller de la Présidence ajoute que l’ouverture du dossier de la mémoire entre les deux pays avait aussi pour but de construire les relations algéro-françaises sur de nouvelles bases, «nous voulons construire des relations équilibrées avec tous les pays». Expliquant néanmoins que l’histoire commune entre l’Algérie et la France faisait de ses relations un «cas unique» au «vu du passé colonial de la France en Algérie, mais aussi de son influence culturelle et économique, le sujet demande davantage de soins». Le président Abdelmadjid Tebboune avait en ce sens expliqué, en septembre dernier, que la question de la mémoire était «une condition pour le rétablissement de bonnes relations paisibles et apaisées».
Quant à la question récurrente des archives, Abdelmadjid Chikhi indique que «nous demandons l’intégralité des archives d’avant-1962». Le sujet ne serait néanmoins pas à l’ordre du jour, ni même programmé dans un avenir proche, ajoute en substance l’intervenant : «La question des archives est un sujet distinct du dossier de la mémoire (…) il n’y a pas de commissions à ce sujet ni en France ni en Algérie. Ce qui a été fait est la nomination de deux personnes, ce n’est qu’ultérieurement que des commissions de travail seront créées.»
Le responsable nommé par la partie algérienne a, par ailleurs, été très clair sur la volonté et le cadre dans lequel il place la réouverture du dossier de la mémoire soulignant en ce sens que sa nomination comme interlocuteur de l’historien Benjamin Stora «portait plusieurs significations». La partie algérienne, explique le responsable «sait ce qu’elle veut et le Président l’a dit plusieurs fois, nous n’oublierons pas le passé. Nous pouvons l’aborder en fonction de nos intérêts».