Pour le premier Conseil des ministres, qu’il préside aujourd’hui depuis son retrait médical, le président de la République va-t-il mettre de l’ordre dans le dossier automobile confié au ministre de l’Industrie ? En tous les cas, l’intervention de Abdelamdjid Tebboune est attendue sur ce chantier sans visibilité aucune, d’autant que cette première réunion du genre depuis deux mois et demi aura lieu alors que la toute fraîche sortie de Ferhat Aït Ali Braham continue à faire des vagues de mécontentement chez le citoyen, les députés ainsi que chez les analystes socio-économiques.

En effet, ils sont nombreux à s’interroger sur les motifs du « cavalier seul » dont fait preuve un membre de l’Exécutif, quitte à marcher sur les plates-bandes des ministres des Finances et du Commerce qui ont leur mot à dire à propos de tout ce qui touche au marché de la voiture.
A l’exemple du dossier des véhicules des moins de trois ans qui, a priori, devrait relever d’abord des prérogatives de Aymen Benabderrahmne et Kamel Rezig, mais que M. Aït Ali semble vouloir en faire une affaire du ressort de son seul département. C’est du moins ce qu’il a laissé entendre lundi dernier en déclarant que ce dossier « n’est pas applicable et ne sert pas l’économie nationale ». Sauf que quelques jours avant cette nouvelle déclaration du ministre de l’Industrie, s’opposant à l’importation de ce type de véhicules autorisée par la loi de Finances 2020, le ministre des Finances avait déclaré que les textes ouvrant la voie à ce type de transactions étaient fins prêts et qu’ils devaient être publiés incessamment.
La contradiction dans le discours du gouvernement est aisément détectable par certains députés de l’APN, dont des membres de la Commission des finances et du budget sont montés au créneau au lendemain des déclarations de Ferhat Aït Ali pour dénoncer une attitude « anticonstitutionnelle », soulignant que l’annulation de l’importation des véhicules de moins de trois est une mesure qui obéit à leur approbation ou à une ordonnance du président de la République. Mais si les députés se sentent blessés dans leur égo de parlementaires par qui les projets de loi doivent obligatoirement transiter, des citoyens, des concessionnaires et des analystes s’en prennent surtout à ce qu’ils considèrent comme « un excès d’autorité » chez le ministre de l’Industrie, en référence notamment à sa déclaration sur l’importation des véhicules neufs. Alors que l’année 2020 comptait ses derniers jours sans marché de l’automobile, et que les demandeurs d’agrément pour le métier de concessionnaire attendaient depuis près de trois mois la réponse des services concernés, le premier responsable du secteur leur a lancé une réponse que personne n’attendait. En déclarant que la priorité des pouvoirs publics était accordée à l’industrie automobile, Ferhat Aït Ali aura apporté une réponse au moins partielle aux questions que se posent aussi bien les opérateurs que les observateurs sur cette lenteur qui caractérise la démarche concernant l’attribution des agréments aux concessionnaires. En effet, alors que le marché automobile souffre d’une pénurie inédite depuis la fin de l’année dernière, suite à l’arrêt des usines d’assemblage, le gouvernement ne juge pas urgent de répondre aux candidats à l’activité de concessionnaires, réhabilitée pourtant depuis le mois de mai dernier par voie de loi de finances complémentaire 2020. Bien au contraire, les services concernés par ce dosser semblent se plaire à jouer aux prolongations, alors que c’est une durée de 30 jours qui est fixée par le nouveau cahier des charges pour l’examen du dossier déposé.
Un scénario qui rappelle la longue et lente période ayant précédé la finalisation et la publication du cahier des charges portant importation de véhicules neufs. Ce qui avait, rappelons-nous, poussé le président de la République à interpeller plusieurs fois son ministre de l’Industrie, l’instruisant d’accélérer la procédure. Il aura fallu tout de même attendre jusqu’à la mi-août pour voir le texte atterrir sur la place publique. Mais depuis, rien n’a concrètement évolué. L’année 2020 s’est achevée sans importation de véhicules neufs. Et ceux qui sont appelés à le faire pour 2021 attendent toujours leur agrément.