Donald Trump a réussi, avec ses alliés, à mettre en exécution son projet  de frapper la Syrie. Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni sont,  en effet, passés à l’acte en lançant, dans la nuit de samedi à dimanche, des frappes sur ce pays après avoir accusé Bachar al-Assad d’une « attaque chimique » dans la Ghouta orientale.

Selon le ministère russe de la Défense, plus de 100 missiles de croisière ont été tirés sur la Syrie, et «un nombre significatif » d’entre eux ont été interceptés par les forces syriennes. Avant les frappes, Washington avait déclaré avoir «la preuve» de l’utilisation d’armes chimiques par le régime, alors qu’après cette opération, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a estimé qu’«une bonne partie de l’arsenal chimique (syrien) a été détruite». De son côté, le président syrien Bachar El-Assad s’est dit, hier, plus déterminé que jamais à «lutter contre le terrorisme», considérant que ces frappes occidentales sont une « agression qui ne fait que renforcer la détermination de la Syrie à continuer de lutter et d’écraser le terrorisme sur chaque parcelle de territoire ».
La Russie n’a pas attendu, elle aussi, pour dénoncer l’opération des frappes occidentales contre l’allié syrien tout en se félicitant de l’efficacité de la défense antiaérienne syrienne que l’armée russe a grandement contribué à former. « La Russie dénonce avec la plus grande fermeté l’attaque sur la Syrie, où des militaires russes aident le gouvernement légitime à lutter contre le terrorisme », a déclaré le président russe dans un communiqué diffusé par le Kremlin. Les frappes occidentales, menées « sans l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU, en violation de la Charte des Nations unies, des normes et principes du droit international », constituent « un acte d’agression à l’encontre d’un Etat souverain » a estimé M. Poutine, qui a appelé à une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU. En annonçant les frappes tôt samedi, le président américain Donald Trump ne s’est pas empêché de faire usage de termes d’une rare dureté pour « dénoncer » le soutien de Moscou au président syrien, affirmant que « la réponse d’aujourd’hui est la résultante directe de l’échec de la Russie à tenir ses promesses ». Donald Trump faisait allusion à l’accord de démantèlement de l’arsenal chimique syrien passé en 2013 par son prédécesseur Barack Obama avec le président russe Vladimir Poutine. En échange, le président démocrate avait renoncé à bombarder le régime de Damas en dépit de la « ligne rouge » qu’il avait lui-même fixée. Si Moscou n’a pas réagi aux propos de Trump, l’ambassadeur russe à Washington, Anatoli Antonov, a jugé que les frappes occidentales revenaient à « insulter le président russe ».

Agression contre un Etat souverain
La Russie a néanmoins réussi à obtenir la réunion d’urgence du Conseil de sécurité qu’elle a réclamée. Peu avant cette réunion tenue l’après-midi, la diplomatie russe faisait circuler un projet de résolution demandant à l’ONU de condamner « l’agression » armée occidentale contre la Syrie. Ce projet de cinq paragraphes fait part d’une « grande inquiétude » face à « l’agression » contre un Etat souverain, qui viole, selon Moscou, « le droit international et la Charte des Nations unies». Auparavant, le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait réagi dès le début des frappes occidentales et a appelé au respect de la « légalité internationale». «J’ai suivi de près les rapports faisant état de frappes aériennes en Syrie menées par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni. Il y a une obligation, notamment lorsqu’il s’agit de paix et de sécurité, d’agir conformément à la Charte des Nations unies et au droit international en général », a indiqué Guterres dans une déclaration publiée par l’ONU.
Vives condamnations
Les condamnations des frappes occidentales à l’adresse de la Syrie n’ont pas tardé à se manifester, hier, faisant rapidement le tour de la planète. L’Algérie, par la voix du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a regretté « ces frappes qui se sont déroulées cette nuit en Syrie au moment où toute la communauté internationale attendait plutôt l’envoi d’une commission d’enquête pour évaluer où vérifier toutes les informations relatives à l’usage (présumé) des armes chimiques que l’Algérie avait dénoncé ». L’Iran n’a pas hésité non plus à réagir à l’opération militaire menée par Washington et ses alliés contre le régime d’El-Assad en l’assimilant à un « crime ». « L’attaque menée ce matin contre la Syrie est un crime.
Je déclare franchement que le président américain, le président français et la Première ministre britannique sont des criminels (…) Ils n’obtiendront rien et ne tireront aucun bénéfice », a affirmé le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. « Les Etats-Unis et leurs alliés (…) sont responsables des conséquences régionales de cette action aventuriste », a prévenu Khamanei. La Chine s’est dite, elle aussi, « opposée constamment à l’usage de la force dans les relations internationales » et a appelé les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni à « revenir dans le cadre du droit international et à résoudre la crise par le dialogue et la négociation ».
Abondant dans le même sens de la dénonciation, le président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker, a désapprouvé cette escalade militaire contre la Syrie.
Dans une déclaration écrite, il a rappelé que la « Syrie a désespérément besoin d’un cessez-le-feu durable, respecté par toutes les parties, et qui ouvre la voie à une solution politique négociée dans le cadre du processus de Genève.
« Après toutes les souffrances qu’ils ont endurées, les Syriens ne méritent rien de moins que la paix », a-t-il appuyé. L’Irak, qui en sait quelque chose sur les plans diaboliques des Américains et leurs alliés, a considéré, par le biais de son ministère des Affaires étrangères, « les frappes occidentales en Syrie offrent au terrorisme une opportunité de se développer après avoir été détruit en Irak et largement repoussé en Syrie ». Ces frappes sont un développement « très dangereux » dont les « conséquences menacent la sécurité et la stabilité de la région », a prévenu dans un communiqué le porte-parole du ministère irakien, Ahmed Mahjoub, exhortant la Ligue arabe, qui réunit aujourd’hui en Arabie saoudite son sommet annuel, à « adopter une position claire » sur l’agression contre la Syrie. Pour le mouvement politique Hezbollah, « la guerre menée par les Etats-Unis contre la Syrie, contre les peuples de la région et les mouvements de la résistance (…) n’atteindra pas ses objectifs ».